« Des sous pour les retraites, pas pour les spéculateurs ! »

Publié le par Jihad WACHILL

Protection sociale . Plus de soixante mille personnes ont défilé hier, dans plusieurs dizaines de villes, à l’appel de l’ensemble des syndicats.

Visiblement, s’embrigader, sans broncher, comme l’a demandé le premier ministre, dans une « union nationale » autour du sauvetage de banques parties en vrille pour avoir joué à la spéculation, ce n’est pas leur truc. Les retraité(e)s ont répondu en masse, hier, à l’appel de leurs syndicats à manifester pour réclamer une hausse immédiate de leurs pensions. Selon un décompte provisoire réalisé hier après-midi à l’Union confédérale des retraités CGT, la participation aux 80 défilés et rassemblements prévus s’annonçait, selon les cas, au moins égale, et souvent supérieure, à celle enregistrée lors de la dernière grande journée de mobilisation, le 6 mars dernier. Quelque 60 000 personnes avaient alors battu le pavé pour le même motif.

Une crise financière sans précédent

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, une crise financière sans précédent déferle sur la planète, laissant craindre de douloureux lendemains pour les populations. Pourtant, force est de le constater, cela n’a pas découragé les retraités de revendiquer une pension d’un niveau « décent ».

Au contraire, il semble bien que le spectacle de la mobilisation de masses énormes de fonds publics pour éponger les ardoises laissées par les banquiers a stimulé leur combativité. « Quand on voit l’argent qu’on est capable de trouver et qu’on ne nous donne que 0,8 % de hausse, il y a un gros décalage », remarquait Yvette Tharreau, soixante-dix ans, de Toulon, dans le défilé marseillais réunissant 8 000 personnes, selon les organisateurs. « On en voudrait un peu nous aussi, on a travaillé toute notre vie », ajoutait cette retraitée de France Télécom syndiquée à la CGT.

« On nous prend pour des abrutis ! »

Même observation à Toulouse dans la bouche de Jean Fort, retraité CGT des transports urbains, qui participait, avec 2 500 personnes, à un pique-nique sur la place du Capitole : « Depuis des mois et des mois, on affirme que les caisses sont vides et d’un claquement de doigts on trouve 360 milliards. On a le droit d’en profiter. » La colère affleurait souvent dans les propos, comme chez Yvette Clément, ancienne surveillante d’un foyer de jeunes travailleurs, dans la manif parisienne : « On nous prend pour des abrutis, ça suffit ! Un de ces jours, on va se révolter ». Ou chez Josette Colasse, de la santé, à Lille : « Quand vous avez travaillé quarante-deux années et demie et que vous touchez 690 euros par mois, c’est indécent. »

Une autre avait fait un calcul simple, mais somme toute parlant : « Partageons les 360 milliards entre tous, soit environ 6 000 euros par personne, enfant compris, vous verrez l’économie repartir », pouvait-on lire sur le dos d’une manifestante toulousaine. Sachant qu’un retraité sur deux perçoit moins de 1 300 euros par mois, il y a peu de risques, en effet, qu’une revalorisation des pensions ait pour effet d’alimenter la spéculation… À la veille du débat parlementaire sur le budget 2009 de la Sécurité sociale, le message des retraités était clair.

Yves HOUSSON dans l'Humanité du 17 octobre 2008
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