L’UMP ouvre la voie à la retraite à 70 ans

Publié le par Jihad WACHILL

Protection sociale : L’Assemblée a voté hier le budget 2009 de la Sécu, qui prépare le terrain à un recul de l’âge réel du départ en retraite. La gauche a dénoncé une provocation.

Le vote du projet de budget 2009 de la Sécurité sociale (PLFSS) a donné lieu, hier à l’Assemblée nationale, à une nouvelle passe d’armes entre gouvernement et opposition au sujet de l’amendement UMP rendant possible la retraite à 70 ans. Cette disposition relevant de 65 à 70 ans l’âge auquel l’employeur peut mettre un salarié d’office à la retraite a été introduite dans le PLFSS dans la nuit de vendredi à samedi par la majorité. L’âge légal ouvrant droit au départ « reste à 60 ans », a insisté le ministre du Travail, Xavier Bertrand, plaidant vouloir seulement « laisser les Français choisir » de « travailler plus longtemps ».

La parade du ministre du travail

Pas un mot, bien sûr, dans le discours ministériel, sur les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par les assurés, du fait des précédentes réformes, pour accéder à une retraite à taux plein à 60 ans. Difficultés qui peuvent les conduire, non à « choisir », mais à chercher, contraints et forcés, à prolonger leur activité professionnelle. Dans ces conditions, l’amendement UMP « prépare le terrain pour que l’on repousse toujours l’âge légal de la retraite et que l’on augmente le nombre d’annuités de cotisations nécessaires pour avoir une retraite pleine », a défendu la porte-parole des députés PS Aurélie Filipetti. Déjà le PLFSS entérine le passage des 40 aux 41 annuités, à compter de 2009, contre l’avis unanime des syndicats, superbement ignoré par le gouvernement.

« De quelle liberté parle-t-on ? Celle de choisir entre partir avec une retraite de misère ou s’épuiser à la tâche après 60 ans ? » a renchéri le député PCF Michel Vaxès, rappelant la situation des millions de salariés astreints à des travaux pénibles qui aspirent, eux, non à retarder leur départ, mais à prendre une retraite anticipée. S’il est vrai que l’on vit plus longtemps en bonne santé, l’espérance de vie des ouvriers reste en effet inférieure de sept ans à celle des cadres. Le gouvernement s’est avéré jusqu’alors incapable d’ouvrir la perspective d’un nouveau droit au départ anticipé pour travaux pénibles, pourtant prévue par la réforme Fillon de… 2003. Michel Vaxès a réclamé l’ouverture d’un débat pour examiner « toutes les propositions alternatives » permettant de financer la retraite sans porter atteinte aux droits des assurés, mais, au contraire, en les améliorant.

« 70 ans, ça fait tilt dans une période où le chômage est en train de remonter, c’est une sorte d’insulte à ceux qui cherchent un emploi », a observé de son côté le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault. En guise de parade, le ministre du Travail a indiqué que, lors de l’examen de l’amendement par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée, les députés PS « n’ont rien dit ». « Seul le groupe communiste s’est exprimé », a-t-il ajouté.

Une taxe sur les mutuelles

Adoptée, sans surprise, par 315 voix (UMP et Nouveau Centre) contre 217 (PS, PCF, PRG, Verts) hier après-midi, le PLFSS 2009 est également marqué par une atteinte indirecte aux droits en matière d’assurance maladie, sous la forme d’une taxe sur les mutuelles qui, avertit Aurélie Filipetti, « va se répercuter sur les assurés ». Comme pour faire bon poids, le gouvernement a introduit un amendement consistant à soumettre aux cotisations sociales les parachutes dorés des patrons à partir de 1 million d’euros. Une pichenette qui n’a pas fait trembler les PDG du CAC 40, dont le gros des privilèges, stock-options, retraites chapeaux et actions gratuites, restent exonérés de toute contribution sociale.

Yves HOUSSON dans l'Humanité du 5 octobre 2008
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