Les retraités victimes de maltraitance budgétaire

Publié le par Jihad WACHILL

PROTECTION SOCIALE . Outre l’allongement à quarante et un ans de la durée de cotisation, et la perspective d’une retraite à soixante-dix ans, le projet de budget 2009 de la Sécurité sociale refuse l’augmentation de 25 % du minimum vieillesse aux personnes âgées vivant en couple.

Dans l’exercice consistant à monter de mauvais coups en douce, loin des projecteurs, l’UMP s’est surpassée lors de l’adoption du budget 2009 de la Sécurité sociale (PLFSS). L’amendement rendant possible la retraite à soixante-dix ans, voté dans la nuit de vendredi à samedi dernier, dans un Hémicycle en grande partie déserté, a été très largement perçu comme une provocation. Une autre disposition du PLFSS, qui était presque passée inaperçue, n’est pas moins choquante. L’article 51 prévoit d’augmenter le minimum vieillesse de 25 %, progressivement, d’ici à 2012. A priori, il s’agit de la traduction d’une des promesses faites par le candidat Sarkozy afin, disait-il, de « donner des conditions de vie décentes aux personnes âgées ». Rien de renversant en vérité puisque, même après un tel coup de pouce, ce minimum social, versé aux personnes âgées de 65 ans et plus, les plus démunies demeureraient au-dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, et comme souvent, ainsi que l’expérience d’un an et demi de sarkozysme l’a amplement montré, le gouvernement, à l’heure de passer aux actes, a encore rabaissé la - modeste - portée de son engagement. C’est ainsi que, selon le PLFSS, la hausse de 25 % sera limitée aux seules personnes isolées. « L’effort consenti concerne effectivement les personnes seules, considérées comme les plus fragiles. C’est envers elles que nous avions pris les engagements les plus forts pendant la campagne », a tenté de justifier le ministre du Travail, Xavier Bertrand, lors de la discussion de l’article, dans la même nuit de vendredi à samedi dernier.

Un talent d’illusionniste

Selon les derniers chiffres officiels, quelque 600 000 personnes bénéficiaient du minimum vieillesse en 2006. 70 % d’entre elles vivaient seules, les autres en couple, mariés, pacsés ou concubins. Si l’article 51 devait être finalement adopté dans sa version actuelle, plus de 100 000 personnes ne verraient pas la couleur de la promesse de Nicolas Sarkozy. Une injustice flagrante, doublée d’une étonnante première car, comme l’a noté dans le débat la députée Verts Martine Billard, « si c’était le cas, nous verrions, pour la première fois dans notre pays, une politique favoriser les personnes seules au détriment des couples ». Son collègue Patrick Roy (PS) relevait, lui, le talent d’« illusionniste » de la majorité, consistant à donner « l’impression d’accomplir de vraies avancées sociales alors qu’en fait, quand on y regarde de près, on s’aperçoit qu’il n’y a que de timides progrès sur de petits sujets ». L’affaire est si peu défendable que le député UMP Denis Jacquat, rapporteur de la commission des Affaires sociales, a lui-même pris ses distances avec cette disposition, en rejetant l’argument, sous-jacent, du problème de financement que poserait l’extension de la hausse de 25 % à tous les bénéficiaires du minimum vieillesse : « Si l’on commence à raisonner en termes de surcoût, ce n’est même pas la peine de chercher une solution. Je refuse qu’on raisonne en coût », déclarait-il, hier, dans le Parisien.

Même la pension de reversion

Une autre illustration de l’hypocrisie gouvernementale en matière sociale a été apportée durant le même débat sur le budget de la Sécu. Le projet prévoit l’augmentation de la pension de réversion de 54 % à 60 %, comme promis, là aussi, par Nicolas Sarkozy en 2007. Mais dans les faits, « elle est hélas conditionnée par un niveau de ressources tellement bas que très peu de veuves et de veufs y auront droit », a dénoncé le député PCF Roland Muzeau.

Ces mauvais coups sont à l’image du PLFSS tout entier, largement déterminé par le refus de garantir à la Sécu le financement nécessaire pour qu’elle puisse répondre aux besoins des assurés. Un PLFSS qui restera ainsi, avant tout, marqué, en matière de retraite, par l’allongement à quarante et un ans de la durée de cotisation qui, en l’état du marché du travail, se soldera par un nouvel ajustement, à la baisse, du niveau des pensions. Adopté mardi en première lecture par l’Assemblée, le projet doit maintenant être examiné par le Sénat.

Yves HOUSSON dans l'Humanité du 6 novembre 2008
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