Jacqueline FRAYSSE : « Ces drames sont le résultat prévisible des choix du gouvernement »

Publié le par Jihad WACHILL

La députée communiste Jacqueline FRAYSSE dénonce une politique de destruction de l’hôpital public, au bénéfice du privé.


Une série d’événements dramatiques viennent de frapper l’hôpital public. Qu’ont-ils en commun, selon vous ?


Jacqueline Fraysse
. Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, ces événements ne sont ni une surprise ni un hasard ni un malheureux concours de circonstances. C’est le résultat prévisible d’une politique de restriction des moyens, de fermetures d’hôpitaux, dont le gouvernement porte l’entière responsabilité. Malgré les alertes réitérées, notamment des professionnels de santé, mais aussi des élus, le gouvernement ne tient pas compte de ce qui est dit, il poursuit et amplifie sa politique de destruction de l’hôpital public. J’ai été très choquée d’entendre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qualifier les syndicats d’« indignes ». Si ces drames survenaient sous un ciel serein, peut-être le propos de madame la ministre Bachelot serait-il recevable. Si les syndicalistes et les professionnels de santé ne commençaient à parler que le jour du drame, on pourrait le leur reprocher. Mais c’est loin d’être le cas. Les urgentistes, par exemple, sont en grève depuis trois semaines. Ces professionnels sont des gens sérieux, on ne les écoute pas, et on ose les qualifier d’« indignes » ! Ce qui est indigne, c’est l’attitude du gouvernement. Au-delà des urgentistes, depuis des mois, des années, les professionnels tirent la sonnette d’alarme. Il faut saluer en particulier les chefs de service hospitalier, tels que le professeur Grimaldi, qui ont lancé des pétitions, les personnels soignants, leurs syndicats, des élus, qui refusent les fermetures d’hôpitaux, dénoncent une situation devenue insupportable, voire dangereuse. Tous ces gens, le gouvernement les ignore.


Roselyne Bachelot présente son projet de réforme, « hôpital, santé, patients, territoires », qui sera débattu au Parlement en janvier, comme le remède à la crise…


Jacqueline Fraysse
. Ce projet de loi va en réalité aggraver encore plus la situation, par exemple en sanctionnant les hôpitaux publics qui seraient déficitaires. Maintenant, on somme les établissements de gagner de l’argent, avec la mise en place de la tarification à l’activité (T2A), sous peine de réduction d’activité ou même de fermeture pure et simple. Et pendant ce temps, les cliniques privées fleurissent, elles sont cotées en Bourse, et même le prochain texte de loi prévoit de leur confier des missions de service public, moyennant des financements publics. Ainsi on ferme des hôpitaux publics en expliquant qu’ils coûtent trop cher, et on envisage, dans la prochaine loi, de payer des cliniques privées pour qu’elles assurent un service public ! C’est un choix libéral tout à fait préoccupant. Ces cliniques privées n’assureront pas un service public digne de ce nom parce que ce n’est pas leur vocation : ce sont des établissements à but lucratif, qui ne sont pas chargés de la santé publique. Les services hospitaliers, de réforme en réforme, manquent cruellement de personnel, travaillent à flux tendu toute l’année, à la limite du possible et du supportable. Et je ne suis pas surprise de constater qu’en période de congés, cette limite est dépassée, ce qui conduit à des drames, pour les patients et leurs familles, mais aussi pour les professionnels eux-mêmes. Plutôt que d’insulter les syndicats et les professionnels de santé, le gouvernement serait mieux inspiré de les écouter.


Dans un entretien au Figaro, la ministre de la Santé « s’inscrit en faux » contre l’idée d’un manque de moyens de l’hôpital public…


Jacqueline Fraysse
. Mme Bachelot ment, puisque les deux tiers des hôpitaux publics sont aujourd’hui en déficit. On nous explique que les hôpitaux ont des moyens, qu’ils sont mal gérés… Il faudrait donc admettre que les deux tiers des directeurs d’hôpitaux en France sont des incapables ? Avec les moyens qui leur sont alloués aujourd’hui et avec la mise en place de la T2A, les hôpitaux ne peuvent équilibrer leur budget.


Quel changement préconisez-vous pour que l’hôpital puisse remplir pleinement ses missions ?


Jacqueline Fraysse
. Il faut changer de logique, partir des besoins, appréciés collectivement : pas par le directeur de l’agence régionale d’hospitalisation tout seul, mais avec l’ensemble des personnels soignants, des élus, des syndicats, des associations d’usagers. Examiner le maillage, la complémentarité des différents services ? Veiller à ne pas gâcher l’argent public ? Bien sûr. Mais il faut cesser de nous dire qu’il n’y a pas assez d’argent pour faire tourner les établissements publics. De l’argent, il y en a, le problème, c’est son utilisation, c’est de savoir qui décide de l’utilisation de cet argent et où on le met.


Entretien réalisé par Yves HOUSSON et paru dans l'Humanité du 30 décembre 2008

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article