La reprise chez GOODYEAR, en attendant les avocats
Pneumatique . Si le travail peut reprendre aujourd’hui, les syndicats majoritaires vont faire valoir leur droit d’opposition aux 4 × 8.
Une trentaine de CRS sautent des cars et s’alignent avec fracas le long du portail d’entrée. Il est 5 heures, Goodyear s’éveille. « On n’est pas des voyous ! » entend-on crier parmi les grévistes qui ont tenu le piquet toute la nuit. Appelées par la direction, les forces de l’ordre sont venues s’assurer en ce mardi matin de la libération des accès à l’usine. La veille au soir, le tribunal de grande instance d’Amiens a ordonné la levée du blocage du site, sous peine d’une astreinte de 2 000 euros par personne et par infraction. Un jugement que les salariés de l’entreprise de pneumatiques ont du mal à digérer : « C’est la direction qui a fermé le portail à clé et interdit l’accès au site depuis le début de la semaine… » Parmi les 250 salariés venus assister à l’assemblée générale du début d’après-midi, la première réaction est de voter la poursuite du mouvement. « Coûte que coûte ». D’autant qu’Olivier Rousseau, le PDG de Goodyear-Dunlop France, les a solennellement appelés par voie de presse à reprendre le travail en ce mercredi matin. « Il n’y a aucun dialogue, pourquoi il ne vient pas nous voir ? Il a peur de ses salariés ? »
Mais au fil de la journée, la position des syndicats évolue. Si SUD et la CGT s’opposent toujours au plan de réorganisation en quatre équipes (4 x 8) au lieu de cinq - accepté par 328 des 1 500 salariés lors d’un référendum fin juin et soutenu par deux syndicats minoritaires, la CFE-CGC et la CFTC -, une reprise du travail jeudi matin n’est plus à exclure. « On ne veut pas épuiser toutes nos forces, la bataille ne fait que commencer », lance Mickaël Wamen, délégué CGT à l’usine d’Amiens-Nord. « Nous avons montré notre détermination, maintenant, on va rentrer dans une nouvelle phase juridique », poursuit Virgilio Mota Da Silva, pour SUD. « Nous attendons juste la notification de l’accord. » En clair, la CGT et SUD ont l’intention de faire valoir leur droit d’opposition d’ici à huit jours. Ce qui rendrait le plan caduc.
Côté direction, Olivier Rousseau, lui, rappelle sa menace, faute d’accord. « Nous n’aurons pas d’autre choix que d’appliquer le plan de réduction de la production », entraînant 402 licenciements secs dès septembre et le gel des investissements sur le site. « Même si on accepte les 4 x 8, la direction a d’ores et déjà annoncé qu’elle supprimerait 478 postes sur trois ans, alors en vrai, on n’a pas le choix », affirme, quant à lui, un salarié, « écoeuré ». « Les salariés sont à cran, ça fait deux ans que ça dure, mais on est face à des dictateurs qui ne veulent rien entendre », explique le syndicaliste SUD. « Depuis 2006, on a fait une vingtaine de propositions alternatives à la direction, mais elle refuse de les étudier. Peut-être que depuis le début, ils veulent aller au plan social et que, dans cette grève, la direction voit le moyen de nous mettre, a responsabilité de la fermeture sur le dos. » En Grande-Bretagne, en Australie, au Texas… Plusieurs sites passés aux 4 x 8 ont fermé quelque temps après.
Accordé à Goodyear par la commune d’Amiens en 1960, le bail du terrain de l’usine arrive à son terme d’ici à 2010.
Christelle CHABAUD dans l'Humanité du 10 juillet 2008
Une trentaine de CRS sautent des cars et s’alignent avec fracas le long du portail d’entrée. Il est 5 heures, Goodyear s’éveille. « On n’est pas des voyous ! » entend-on crier parmi les grévistes qui ont tenu le piquet toute la nuit. Appelées par la direction, les forces de l’ordre sont venues s’assurer en ce mardi matin de la libération des accès à l’usine. La veille au soir, le tribunal de grande instance d’Amiens a ordonné la levée du blocage du site, sous peine d’une astreinte de 2 000 euros par personne et par infraction. Un jugement que les salariés de l’entreprise de pneumatiques ont du mal à digérer : « C’est la direction qui a fermé le portail à clé et interdit l’accès au site depuis le début de la semaine… » Parmi les 250 salariés venus assister à l’assemblée générale du début d’après-midi, la première réaction est de voter la poursuite du mouvement. « Coûte que coûte ». D’autant qu’Olivier Rousseau, le PDG de Goodyear-Dunlop France, les a solennellement appelés par voie de presse à reprendre le travail en ce mercredi matin. « Il n’y a aucun dialogue, pourquoi il ne vient pas nous voir ? Il a peur de ses salariés ? »
Mais au fil de la journée, la position des syndicats évolue. Si SUD et la CGT s’opposent toujours au plan de réorganisation en quatre équipes (4 x 8) au lieu de cinq - accepté par 328 des 1 500 salariés lors d’un référendum fin juin et soutenu par deux syndicats minoritaires, la CFE-CGC et la CFTC -, une reprise du travail jeudi matin n’est plus à exclure. « On ne veut pas épuiser toutes nos forces, la bataille ne fait que commencer », lance Mickaël Wamen, délégué CGT à l’usine d’Amiens-Nord. « Nous avons montré notre détermination, maintenant, on va rentrer dans une nouvelle phase juridique », poursuit Virgilio Mota Da Silva, pour SUD. « Nous attendons juste la notification de l’accord. » En clair, la CGT et SUD ont l’intention de faire valoir leur droit d’opposition d’ici à huit jours. Ce qui rendrait le plan caduc.
Côté direction, Olivier Rousseau, lui, rappelle sa menace, faute d’accord. « Nous n’aurons pas d’autre choix que d’appliquer le plan de réduction de la production », entraînant 402 licenciements secs dès septembre et le gel des investissements sur le site. « Même si on accepte les 4 x 8, la direction a d’ores et déjà annoncé qu’elle supprimerait 478 postes sur trois ans, alors en vrai, on n’a pas le choix », affirme, quant à lui, un salarié, « écoeuré ». « Les salariés sont à cran, ça fait deux ans que ça dure, mais on est face à des dictateurs qui ne veulent rien entendre », explique le syndicaliste SUD. « Depuis 2006, on a fait une vingtaine de propositions alternatives à la direction, mais elle refuse de les étudier. Peut-être que depuis le début, ils veulent aller au plan social et que, dans cette grève, la direction voit le moyen de nous mettre, a responsabilité de la fermeture sur le dos. » En Grande-Bretagne, en Australie, au Texas… Plusieurs sites passés aux 4 x 8 ont fermé quelque temps après.
Accordé à Goodyear par la commune d’Amiens en 1960, le bail du terrain de l’usine arrive à son terme d’ici à 2010.
Christelle CHABAUD dans l'Humanité du 10 juillet 2008
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