Un général colombien arrêté pour ses liens avec les paramilitaires
Le général Del Rio a commandé la 17e brigade de l'armée, à Mutata, dans la région d'Uraba (département d'Antioquia), entre 1995 et 1997. Cette zone bananière et d'élevage était âprement disputée entre les guérillas d'extrême gauche, les groupes paramilitaires et l'armée. Le rôle du général a été mis en cause par trois chefs des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui fédéraient les milices d'extrême droite. Son nom a été cité par Salvatore Mancuso, le leader des AUC, extradé en mai vers les Etats-Unis pour trafic de drogue, par Ever Veloza, dit "HH", qui vient d'avouer "quelque 3 000 crimes", et par Jorge Ivan Laverde. Ces chefs des AUC ont dû passer aux aveux pour bénéficier des peines réduites prévues par la loi dite de "justice et paix".
Des proches des victimes et des habitants d'Uraba assurent que les paramilitaires sévissaient dans la région en étroite collaboration avec les troupes de la 17e brigade. D'après Salvatore Mancuso, le commandant de l'unité militaire a participé à une réunion à San Pedro de Uraba, avec Carlos Castano, à la tête des AUC à l'époque, et avec Freddy Rendon, dit "l'Allemand". Le sujet de la rencontre était le "nettoyage" de la région. Selon M. Mancuso, le général Del Rio est arrivé sur les lieux dans un hélicoptère civil, mais portant l'uniforme. Dans sa déposition, le chef des AUC citait deux autres généraux, Ivan Ramirez et Martin Orlando Carreno.
NOMBREUX HOMICIDES
L'action des paramilitaires à Uraba s'est soldée par de nombreux homicides, des disparitions forcées et le déplacement de populations. Trois mille Noirs et indigènes originaires de la région ont fui la terreur suscitée par les méthodes employées au nom de la lutte contre les guérillas. Le procureur général, Mario Iguaran, a déclaré que le général Del Rio devra s'expliquer notamment sur l'assassinat d'un paysan, Marino Lopez, décapité par des paramilitaires.
Le général avait été placé dans le cadre de réserve par le président Andres Pastrana en 1999, à la suite de pressions des Etats-Unis, qui avaient privé l'officier de visa. Un hommage avait néanmoins été rendu au "pacificateur d'Uraba" dans un grand hôtel de Bogota, par des hommes politiques, dont l'actuel président Alvaro Uribe, alors gouverneur du département d'Antioquia. Une plainte à l'encontre du général avait été classée en 2004, faute de preuves.
Paulo A. PARANAGUA dans le Monde du 6 septembre 2008