Hôpital, privé
Si la ministre de la Santé soigne sa com à coups de chaussures roses, tous ceux qui, des malades aux professionnels, sont concernés par l’avenir de notre système de soins risquent de voir rouge. Le texte intitulé Hôpital, patients, santé, territoire ne vise pas tant à lutter contre les inégalités d’accès aux soins, en particulier pour aider les plus démunis, tels les bénéficiaires de la CMU, comme les services de Mme Bachelot voudraient le faire croire. Ce projet de loi, bien plus vaste dans son objet, qui sera en discussion en octobre prochain, ne prépare pas davantage une médecine à « deux vitesses », déjà bien avancée dans les faits. Il constitue l’une des pièces mortelles pour la santé publique du dispositif que ce gouvernement compte mettre en place.
Signe des intentions de l’État et des limites de celles affichées par la ministre, le tout sera corseté avant même d’être mis en débat devant la représentation nationale. En effet, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui détermine les « marges de manoeuvre » de l’ensemble de notre système de soins et de protection sociale, sera, lui, discuté à l’Assemblée dès le 29 septembre prochain. Les choix budgétaires qui seront effectués à ce moment-là traceront le corset dans lequel le reste devra ensuite venir se couler. Les objectifs du ministère du Budget ne sont guère mystérieux : rationner tout ce qui peut l’être, ne pas toucher à l’inégalité fiscale et sociale, des grandes fortunes comme des entreprises, pour empêcher toute recette nouvelle et lancer un peu plus la chasse aux soins de qualité. On apprend ainsi, par la presse économique, que le gouvernement souhaiterait « contenir la progression rapide des prescriptions de médicaments onéreux tels les anticancéreux » et surveiller celles des médecins hospitaliers. Un système de restriction de crédit aux hôpitaux serait mis en place selon ce double critère.
Toutes celles et tous ceux qui luttent en ce moment pour préserver, qui son hôpital de proximité, qui sa maternité, qui son service de chirurgie, ne peuvent que craindre le remplacement des agences régionales de l’hospitalisation par des agences régionales de la santé. Celles-ci seraient amenées à chapeauter l’ensemble du champ de la santé, du médecin de famille à la carte sanitaire en passant par la protection sociale. Il s’agit là de l’attaque la plus frontale menée contre l’hôpital public et, plus largement, en faveur de la transformation pure et simple du soin des êtres humains en un vaste marché livré aux appétits privés, des structures d’hospitalisation à l’assurance maladie. Les premières, mises sous contrainte de rentabilité financière, laisseraient la part belle au privé dans et hors les murs de l’hôpital public. Les fonds de pension, qui raflent pendant ce temps en toute impunité les cliniques privées un peu partout en France, ne s’y trompent pas. La Sécu, elle, et ses organismes paritaires et régionaux, se verrait marginalisée par les compétences élargies de ces « ARS ».
Le rôle et la place des élus des personnels, des praticiens, syndicaux et locaux seraient eux aussi marginalisés. La volonté de substituer aux actuels conseils d’administration des hôpitaux publics des « conseils de surveillance » dit combien la démocratie bafouée va de pair avec la logique strictement comptable. Pour clore, si l’on peut dire, ce panorama d’un désastre social annoncé, ajoutons que les agences régionales de la santé auront à gérer, selon cette même logique implacable, le « cinquième risque », celui de la dépendance, qui, Nicolas Sarkozy l’avait promis, devait venir accompagner les autres branches de la Sécurité sociale. La santé de tous est menacée. Tous sont concernés par sa défense. Carrefour des luttes, la Fête de l’Humanité sera aussi le rendez-vous ce week-end dans ses débats de celles et ceux qui entendent défendre notre système de protection sociale et d’hôpital public contre cette importation de ce qu’il y a de pire et d’inhumain dans le modèle américain cher à nos dirigeants.
Editorial de l'Humanité du 10 septembre 2008 par Michel GUILLOUX