Réchauffement des relations entre La Havane et Moscou
SAINT-DOMINGUE CORRESPONDANT
La Russie a été le premier pays à se porter au secours de Cuba, dévasté par les cyclones Gustav et Ike. Les images des avions-cargos russes déchargeant des matériaux de construction et de l'aide humanitaire ont été diffusées par la télévision cubaine, évoquant l'époque où Cuba était l'un des proches alliés de l'Union soviétique.
Après plusieurs années d'éloignement, les relations entre La Havane et Moscou sont à nouveau "prometteuses", selon le ministre cubain des relations extérieures, Felipe Pérez Roque. Le vice-premier ministre russe, Igor Sechine, s'est rendu une première fois à Cuba, fin juillet, où il était accompagné du secrétaire du Conseil de sécurité russe, le général Nikolaï Patrushev. Pour sa deuxième visite, à la mi-septembre, il a emmené une délégation de chefs d'entreprise.
Après La Havane, il s'est rendu au Venezuela, qui a acheté pour 4,4 milliards de dollars d'armements russes en trois ans, et où deux bombardiers viennent d'effectuer des vols d'entraînement. Une tournée achevée au Nicaragua, seul pays ayant reconnu l'indépendance de l'Ossétie du Sud après la Russie.
Riposte à la pression américaine dans le Caucase et au bouclier antimissiles que Washington veut installer en Europe orientale, l'offensive russe dans "l'arrière-cour" des Etats-Unis a fait resurgir le souvenir de la crise des missiles en 1962. "Nous augmentons notre présence en Amérique latine. Ce sont les pays de la région eux-mêmes qui le demandent. Il y a une grande puissance au nord, ils ont besoin d'un contrepoids", a expliqué le porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Igor Lyakin-Frolov, à l'agence Bloomberg.
La Russie est prête à aider Cuba à développer un centre spatial, a annoncé le directeur de l'agence spatiale russe Anatoly Perminov. Des discussions sont en cours pour l'utilisation à Cuba du système de navigation par satellite Glonass, alternative russe au GPS américain et à l'européen Galileo. La Havane fait preuve de prudence, insistant sur le caractère civil des projets de coopération avec la Russie. Malgré l'embargo et grâce aux achats de produits alimentaires, les Etats-Unis sont un partenaire commercial plus important que la Russie.
La réactivation du centre d'espionnage électronique de Lourdes n'a pas été évoquée publiquement. Construit en 1964 par les Soviétiques près de La Havane, il avait été fermé en 2001 sans consultation des Cubains. Fin juillet, Moscou avait démenti un projet d'installation d'une base de ravitaillement pour les bombardiers stratégiques russes à Cuba.
Jean-Michel CAROIT dans le Monde du 23 septembre 2008