Un prêtre sandiniste à la tête de l'Assemblée générale de l'ONU

Publié le par Jihad WACHILL

NEW YORK (NATIONS UNIES) CORRESPONDANT

Le nouveau président de l'Assemblée générale des 192 Etats membres de l'ONU, le Nicaraguayen Miguel d'Escoto, s'est rappelé à la mémoire des Etats-Unis dès son discours d'ouverture, le 16 septembre. Accusant "certains membres du Conseil de sécurité" d'une "accoutumance à la guerre", le prêtre sandiniste a ajouté : "Le privilège du veto semble leur être monté à la tête." Ironie de l'histoire, c'est ce vieil ennemi de Washington qui a, mardi 23 septembre, donné la parole au président George Bush, pour son dernier discours devant l'ONU.

Ministre des affaires étrangères du Nicaragua de 1979 à 1990, Miguel d'Escoto a fait, selon son gouvernement de l'époque, l'objet, en 1983, d'une tentative d'assassinat de la CIA, qui lui aurait envoyé une bouteille de Bénédictine empoisonnée au thallium, un métal inodore. Aujourd'hui âgé de 75 ans, le prêtre ne veut pas s'attarder sur l'incident. Ses propos récents lui ont déjà valu une explication "franche" avec le représentant américain et il tient, dit-il, à avoir
"une relation fructueuse avec les Etats-Unis".

Il n'a toutefois pas fallu longtemps à la presse pour retrouver un entretien réalisé en 2004 et dans lequel Miguel d'Escoto accusait George Bush d'être le "fils spirituel" du "boucher" Ronald Reagan. L'ancien président américain avait soutenu les contras contre les révolutionnaires de gauche du Front sandiniste de libération nationale qui, en 1979, avaient chassé du pouvoir le dictateur Anastasio Somoza.

C'est le président nicaraguayen, Daniel Ortega, revenu au pouvoir en novembre 2006, qui a tiré Miguel d'Escoto de son travail dans les bidonvilles pour le propulser sur le plus haut siège de l'Assemblée générale de l'ONU, avec le soutien des pays de la région, et sans que Washington puisse grand-chose. M. Ortega a, par le passé, soutenu l'Iran et la Corée du Nord contre Washington et a été le seul président à reconnaître avec Moscou l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

Malgré la surdité qui le guette, et une voix chancelante, Miguel d'Escoto se fait combatif à l'évocation des chantiers qui l'attendent : lutte contre la pauvreté, contre le changement climatique... "Nous devons sortir de ce bourbier, sinon, c'est l'extinction de la race humaine", prédit-il, promettant de revitaliser les débats, souvent stériles, de l'Assemblée générale, en s'attirant les services des "meilleurs cerveaux de la planète", Prix Nobel ou experts. Ses propos au vitriol contre Washington compliquent-ils la coopération avec les puissances occidentales ? "Je suis au bout de mon parcours et je ne m'inquiète de satisfaire qu'une seule personne", répond-il, en pointant un index vers le ciel.

Philippe BOLOPION dans le Monde du 25 septembre 2008

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Publié dans International

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