La santé est un luxe pour les pauvres
Deux Français sur cinq ont déjà retardé ou renoncé à des soins à cause de leur coût. À l’heure de la couverture maladie universelle (CMU) et de l’aide médicale d’État (AME), le constat tiré par le deuxième baromètre IPSOS-Secours populaire français, réalisé en août 2008, dresse un tableau de l’état de santé de nos concitoyens plutôt terrifiant. Une réalité vérifiée par les bénévoles du SPF dans leurs permanences. Alors que notre système de soins est considéré, par l’OMS par exemple, parmi les plus performants au monde, le sondage paru dans Alerte pauvreté révèle crûment combien ce système ne peut, à lui seul, corriger les inégalités sociales dans l’Hexagone.
Ainsi, 38 % des foyers dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 200 euros ont renoncé ou différé l’achat de prothèses dentaires, 40 % d’entre eux ont retardé ou annulé l’achat de lunettes ou de lentilles de contact ! Pas étonnant alors que, interrogés sur la perception de leur état de santé, les plus pauvres répondent à 22 % que celui-ci est peu satisfaisant. Ils sont 3 % parmi les foyers bénéficiant de plus de 3 000 euros de revenus mensuels, et 10 % dans l’ensemble de la population. Les soins ne sont, bien sûr, pas seuls en cause quand 30 % des personnes interrogées disent ne pas avoir les moyens financiers pour disposer d’une alimentation saine et équilibrée.
Didier Fassin, anthropologue et médecin qui dirige l’Institut interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, relève dans Alerte pauvreté que, si un pays a un bon système de soins, sa population n’est pas pour autant en bon état de santé. Niveau de vie, conditions de travail, caractéristiques de l’habitat, capital social… entrent en jeu. Pour « agir sur la santé, il faut améliorer les conditions de vie », pour « agir sur les inégalités de santé, il faut réduire l’ensemble des inégalités sociales ». S’appuyant sur les disparités (indiscutables) en terme d’espérance de vie, il conclut que les « inégalités sont étroitement liées à la hiérarchie sociale et inscrites au plus profond des corps en termes de maladie et de mort ». En écho, Marianne Berthod-Wurmser, chargée de mission à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), réfute qu’il existe des pathologies spécifiques à la pauvreté mais assure que « la position sociale joue sur la quasi-totalité des indicateurs d’état de santé comme sur les facteurs de risque ». Pour toute une partie de la population, engluée dans la précarité, le « souci de santé » est second. « En situation précaire, l’urgence est d’abord de vivre, ou de survivre… Les comportements à risques sont plus fréquents dans ces catégories sociales (…) de telle sorte que la santé n’a pas une place prioritaire dans la vision des urgences. »
Forfait hospitalier, franchise médicale, baisse des remboursements, dépassements d’honoraires ont ainsi une conséquence directe pour les plus précaires : ils renoncent aux soins. Motif d’inquiétude supplémentaire : le sondage du SPF montre que 85 % des Français redoutent que leurs enfants connaissent un jour une situation de pauvreté.
Alerte pauvreté : les inégalités ruinent la santé, 5 euros. SPF, 9-11 rue Froissart, 75140 Paris CEDEX 03.
CCP : 23 33 S Paris.
Dany STIVE dans l'Humanité du 25 septembre 2008