Equateur : La longue attente des oubliés de l’or noir
Les multinationales s’étaient accaparé les ressources pétrolières. Aujourd’hui les Équatoriens commencent à bénéficier des richesses d’un sous-sol sur lequel leur souveraineté a été réaffirmée.
Correspondance particulière.
Quito, une ville tout en longueur enserrée entre les deux chaînes de la cordillère des Andes. Avec son 1,5 million d’habitants, la capitale de l’Équateur s’étend sur des dizaines de kilomètres, autour d’un centre historique classé au patrimoine mondial de l’humanité que domine le volcan Pichincha - haut lieu, en 1820, de la bataille décisive de la guerre d’indépendance. En bas, lorsqu’on remonte vers le nord « bourgeois », de grandes avenues avec aux feux rouges vendeurs de filets de mandarines, jongleurs, équilibristes, cracheurs de feu, tous très jeunes, qui, en quelques dizaines de secondes, montrent leur savoir-faire pour quelques pièces de monnaie. Ici, très peu de mendiants. On se débrouille comme on peut pour la grande majorité dans l’économie « informelle ». D’autres basculent dans le chapardage ou le cambriolage plus ou moins violent, parfois même le braquage d’un bus. Ce qui pousse à la multiplication des sociétés privées de sécurité (90 000 employés surarmés mais mal payés : le double des effectifs de la police). Pour tous, il s’agit de survivre.
Pourtant, l’Équateur n’est pas démuni. Au contraire, outre les importants atouts agricoles, halieutiques et touristiques que lui offre l’exceptionnelle variété du relief et du climat, son sous-sol recèle aussi du pétrole. Les Équatoriens auraient dû en bénéficier mais les profits ont été détournés par les multinationales - notamment Texaco-Oxy (États-Unis) et Repsol (Espagne) - avec la complicité des gouvernements précédents. Tous ont appliqué la politique des compagnies pétrolières, du FMI et de la Banque mondiale. « Jusqu’en 2006, explique un ancien président du comité d’entreprise de la société nationale Petroecuador, Henry Llanes Suarez, le capital international s’est approprié 3 barils de pétrole sur 4 que l’on a extraits. »
L’un des initiateurs du Front patriotique pour la souveraineté pétrolière, Mariano Santos Narvaez, dénonce ces cadeaux offerts aux sociétés, une « véritable orgie d’affaires, d’escroqueries et de vols ». Pour lui, « tout cela se passe alors que des millions d’Équatoriens ont été obligés d’émigrer pour travailler comme esclaves à l’étranger (où des milliers sont morts), que des centaines de milliers d’enfants et de jeunes ne sont pas inscrits à l’école ou au collège du fait de la misère dans laquelle se débattent les parents, que le pourcentage de sans-emploi ou de sous-employés dépasse les 60 % ».
Dans la région amazonienne, le pétrole a engendré, en trente-cinq ans d’exploitation, autour de 48 milliards de dollars. Actualisés, cela équivaut à 80 milliards. Une partie des revenus du pétrole est allée aux compagnies étrangères, l’autre, sur les pressions du FMI et de la Banque mondiale, a servi au paiement de la dette externe. Cette dette extérieure - en grande partie illégitime - a déjà été remboursée plusieurs fois mais, par le jeu des intérêts, le pays se trouve lourdement endetté, « légalement » jusqu’en 2025.
Tranchant avec ses prédécesseurs, Rafael Correa s’est donc employé à réviser de façon radicale les contrats avec les sociétés étrangères. Aujourd’hui, l’Équateur et les Équatoriens bénéficient des richesses d’un sous-sol sur lequel a été réaffirmée leur souveraineté. Les grands travaux d’infrastructures de l’État, comme les programmes sociaux en matière d’éducation et de santé, sont financés par les revenus pétroliers. Ce n’est pas tout. Relayant les communautés indiennes, l’État équatorien poursuit devant les juridictions internationales la Texaco, qui a ravagé l’environnement en Amazonie.
En juillet, Rafael Correa et le président vénézuélien Hugo Chvez ont annoncé la cons- truction - avec l’aide du Venezuela - d’une raffinerie de grande capacité qui permettra au pays de ne plus réimporter au prix fort l’essence qu’il exporte à bas prix comme pétrole brut. Elle sera construite à Manta, ville de la côte où les États-Unis ont installé une des plus grandes bases militaires d’Amérique du Sud qui devra fermer ses portes en 2009…
Paul EZIERE dans l'Humanité du 27 septembre 2008
Correspondance particulière.
Quito, une ville tout en longueur enserrée entre les deux chaînes de la cordillère des Andes. Avec son 1,5 million d’habitants, la capitale de l’Équateur s’étend sur des dizaines de kilomètres, autour d’un centre historique classé au patrimoine mondial de l’humanité que domine le volcan Pichincha - haut lieu, en 1820, de la bataille décisive de la guerre d’indépendance. En bas, lorsqu’on remonte vers le nord « bourgeois », de grandes avenues avec aux feux rouges vendeurs de filets de mandarines, jongleurs, équilibristes, cracheurs de feu, tous très jeunes, qui, en quelques dizaines de secondes, montrent leur savoir-faire pour quelques pièces de monnaie. Ici, très peu de mendiants. On se débrouille comme on peut pour la grande majorité dans l’économie « informelle ». D’autres basculent dans le chapardage ou le cambriolage plus ou moins violent, parfois même le braquage d’un bus. Ce qui pousse à la multiplication des sociétés privées de sécurité (90 000 employés surarmés mais mal payés : le double des effectifs de la police). Pour tous, il s’agit de survivre.
Pourtant, l’Équateur n’est pas démuni. Au contraire, outre les importants atouts agricoles, halieutiques et touristiques que lui offre l’exceptionnelle variété du relief et du climat, son sous-sol recèle aussi du pétrole. Les Équatoriens auraient dû en bénéficier mais les profits ont été détournés par les multinationales - notamment Texaco-Oxy (États-Unis) et Repsol (Espagne) - avec la complicité des gouvernements précédents. Tous ont appliqué la politique des compagnies pétrolières, du FMI et de la Banque mondiale. « Jusqu’en 2006, explique un ancien président du comité d’entreprise de la société nationale Petroecuador, Henry Llanes Suarez, le capital international s’est approprié 3 barils de pétrole sur 4 que l’on a extraits. »
L’un des initiateurs du Front patriotique pour la souveraineté pétrolière, Mariano Santos Narvaez, dénonce ces cadeaux offerts aux sociétés, une « véritable orgie d’affaires, d’escroqueries et de vols ». Pour lui, « tout cela se passe alors que des millions d’Équatoriens ont été obligés d’émigrer pour travailler comme esclaves à l’étranger (où des milliers sont morts), que des centaines de milliers d’enfants et de jeunes ne sont pas inscrits à l’école ou au collège du fait de la misère dans laquelle se débattent les parents, que le pourcentage de sans-emploi ou de sous-employés dépasse les 60 % ».
Dans la région amazonienne, le pétrole a engendré, en trente-cinq ans d’exploitation, autour de 48 milliards de dollars. Actualisés, cela équivaut à 80 milliards. Une partie des revenus du pétrole est allée aux compagnies étrangères, l’autre, sur les pressions du FMI et de la Banque mondiale, a servi au paiement de la dette externe. Cette dette extérieure - en grande partie illégitime - a déjà été remboursée plusieurs fois mais, par le jeu des intérêts, le pays se trouve lourdement endetté, « légalement » jusqu’en 2025.
Tranchant avec ses prédécesseurs, Rafael Correa s’est donc employé à réviser de façon radicale les contrats avec les sociétés étrangères. Aujourd’hui, l’Équateur et les Équatoriens bénéficient des richesses d’un sous-sol sur lequel a été réaffirmée leur souveraineté. Les grands travaux d’infrastructures de l’État, comme les programmes sociaux en matière d’éducation et de santé, sont financés par les revenus pétroliers. Ce n’est pas tout. Relayant les communautés indiennes, l’État équatorien poursuit devant les juridictions internationales la Texaco, qui a ravagé l’environnement en Amazonie.
En juillet, Rafael Correa et le président vénézuélien Hugo Chvez ont annoncé la cons- truction - avec l’aide du Venezuela - d’une raffinerie de grande capacité qui permettra au pays de ne plus réimporter au prix fort l’essence qu’il exporte à bas prix comme pétrole brut. Elle sera construite à Manta, ville de la côte où les États-Unis ont installé une des plus grandes bases militaires d’Amérique du Sud qui devra fermer ses portes en 2009…
Paul EZIERE dans l'Humanité du 27 septembre 2008
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