33 milliards d’euros d’exonérations

Publié le par Jihad WACHILL

Sous prétexte de défendre emploi et compétitivité, le patronat réclame sans cesse, et obtient régulièrement des gouvernements, de nouveaux allégements du coût du travail. Les exonérations de cotisations patronales à la Sécu ont été multipliées par dix en quinze ans : de 3,2 milliards d’euros en 1993, elles se sont élevées à 27,8 milliards en 2007 et devraient atteindre 32,3 milliards cette année.

Plusieurs rapports officiels ont mis en doute la pertinence et l’efficacité économique de ces dispositifs. De fait, ces exonérations, dont l’impact positif sur l’emploi est très contesté, et qui ont contribué à tirer les salaires vers le bas, ont surtout permis de répondre à l’exigence de rentabilité financière des actionnaires, au détriment de la valorisation du travail et de l’économie réelle. Soit, précisément, le processus à l’origine de la crise d’aujourd’hui.

Alors qu’elles sont jalousement défendues par le MEDEF, la Cour des comptes, dans son dernier rapport, a recommandé qu’elles soient limitées aux salaires jusqu’à 1,3 SMIC (au lieu de 1,6 SMIC aujourd’hui). Jeudi dernier, dans son discours de Toulon où il défendait le capitalisme, le chef de l’État avait écarté toute remise en cause des exonérations de « charges », prétendant que ce serait « contribuer à détruire de l’emploi ». Hier, le ministre du Budget, tout en concédant une évaluation de ces dispositifs trois ans après leur création, a annoncé qu’elles augmenteraient encore, à 33 milliards d’euros, en 2009, et seraient maintenues à ce niveau jusqu’en 2012. En précisant qu’elles seraient compensées par l’État à la Sécurité sociale à hauteur de « plus de 92 % ». Ce qui signifie que, pour près de 8 %, la Sécu y sera de sa poche…

Yves HOUSSON dans l'Humanité du 30 septembre 2008
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