L’État au secours des promoteurs

Publié le par Jihad WACHILL

L’Élysée a annoncé vouloir racheter 30 000 logements, à un prix « décoté », non encore construits parce que ne trouvant pas d’acquéreurs sur plan.

Pour soutenir la construction de logements en France, Nicolas Sarkozy a décidé, mercredi soir dernier, d’adresser un signal fort au marché de l’immobilier. Autrement dit, de se porter au secours des promoteurs et du BTP qui ressentent nettement les premiers effets de la crise. À l’issue d’une réunion impromptue à l’Élysée, en présence des ministres de l’Économie, du Budget et du Logement, la présidence de la République a fait connaître une série de mesures saluée de « positive » par la Fédération des promoteurs-constructeurs, en attendant « d’en connaître les modalités ».

Décision emblématique : l’État va racheter à un prix décoté plus de 30 000 logements dont les travaux n’ont pas été lancés faute de certitude sur les ventes. Selon l’Élysée, « cette intervention » évitera « l’annulation ou le report d’opérations » et permettra de « soutenir la construction de logements en France ». Il s’agit, en fait, d’acheter des logements dont le permis de construire est acquis mais dont la construction n’a pas commencé parce qu’ils n’ont pas été suffisamment prévendus. Aucun détail sur l’opération n’a été avancé pas plus que sur son financement.

Le terme « décote » a inquiété Michel Sapin (PS) qui a affirmé se méfier « de mécanismes, que je ne connais pas encore dans le détail, de rachat de biens pourris, qui consisteraient en fait à aider plus le spéculateur immobilier que l’accédant à la propriété ». À l’Union sociale pour l’habitat (USH), fédérant les organismes HLM, la décision est prudemment reçue. Dominique Dujols, une des directrices, souhaite que l’initiative serve effectivement le social et qu’elle « n’empêche pas les prix de baisser ». Pour ce faire, ces 30 000 logements doivent « correspondre aux besoins, dans leur localisation géographique », et « passer dans le logement social », ce qui suppose de « revoir à la hausse le budget de l’État » consacré au logement. La Fondation Abbé-Pierre s’inquiète de la localisation de ces logements qui n’ont pas trouvé preneur et qui pourraient « participer à la fragilisation de familles », avant de conclure : « Ce n’est certainement pas un soutien masqué à la promotion immobilière (un secteur, certes important, mais qui ne s’est pas appauvri ces dernières années…) qui permettra de rassurer la population dont l’inquiétude est à la mesure de la gravité de la crise… »

Une crise grave ? Christine Boutin, en digne émule de sa collègue à l’économie, a lâché, hier matin à Paris : « La France ne connaît pas de problème immobilier », avant de reconnaître, arrivée à Avignon, que « la situation n’est pas bonne » et de revoir à la baisse sa prévision du nombre de mises en chantier de logements neufs en 2008 en France.

Dany STIVE dans l'Humanité du 3 octobre 2008
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Publié dans France - Logement

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