La crise mondiale s’invite aux législatives canadiennes
Ottawa . Alors que le parti conservateur du premier ministre sortant, Stephen HARPER, était donné grandissime favori du scrutin anticipé de ce mardi, le krach est venu jouer les trouble-fête.
Montréal (Canada), envoyé spécial.
Lorsqu’il a décidé de provoquer des élections anticipées, en septembre, le premier ministre canadien, le conservateur Stephen Harper, était au plus haut dans les sondages et son principal opposant politique, le parti libéral, mal en point. Il s’attendait sans doute à être en mesure de former un gouvernement majoritaire à l’issue du scrutin du 14 octobre. L’économie, en s’invitant dans la campagne, aura modifié quelque peu la donne. Quelques chiffres sont tombés qui éclairent d’un jour nouveau la situation du pays.
Les exportations ont diminué de 1,6 %
Ainsi, les exportations ont diminué de 1,6 % pour se chiffrer à 43,1 milliards de dollars, ce qui a constitué le premier recul observé depuis décembre 2007. Et ce sont plus particulièrement trois secteurs traditionnels de l’économie canadienne qui sont touchés : les produits énergétiques (- 9,7 % entre juillet et août 2008), les produits forestiers (- 2,5 %) et ceux de l’automobile (- 2,6 %). Le professeur Léo-Paul Lauzon, titulaire de la chaire d’études socio-économiques de l’ESG UQAM (université de Montréal), s’insurge : « Nous sommes le seul pays au monde où les ressources naturelles ne nous appartiennent pas : nous les avons privatisées et cédées à des investisseurs étrangers. »
De surcroît, un traité de libre-échange lie le Canada aux États-Unis qui sont ainsi fournis en matières premières dans des conditions favorables. Dans ce contexte, poursuit l’universitaire, « le Canada n’a plus le contrôle sur son pétrole ni sur son gaz et est devenu un pays colonisé ». Amir Khadir, porte-parole du parti provincial Québec solidaire, s’inquiète lui aussi de cet état des faits : « La structure économique du Canada est entièrement tournée vers l’acheminement des ressources vers le géant américain. » Et pour cause : les trois quarts des exportations canadiennes se font vers les États-Unis.
Malgré tout, la crise financière, partie des États-Unis, semble épargner, pour l’instant, le Canada. Et le gouvernement Harper met cet élément en avant dans sa campagne. Léo-Paul Lauzon comme Amir Khadir ne se font toutefois pas d’illusion : le pays sera probablement touché. « Même si les institutions canadiennes sont moins déréglementées qu’aux États-Unis, la crise risque de nous contaminer, avec décalage. Et la capacité du Canada à soutenir son économie est limitée », affirme le porte-parole de Québec solidaire.
Coût de la guerre en Afghanistan
Un autre chiffre est venu semer l’inquiétude pendant la campagne : celui du coût de la participation à la guerre en Afghanistan. Un rapport du directeur parlementaire du Budget, Kevin Page, fait état de coûts beaucoup plus élevés que les évaluations connues : la guerre en Afghanistan coûtera au bas mot de 14 à 18 milliards de dollars canadiens d’ici à 2011, soit le double de la somme de 8 milliards de dollars qu’avançait le gouvernement de Stephen Harper. M. Page pense même qu’il faudra sans doute revoir ces coûts car il a dû se baser sur des évaluations étant donné le manque de transparence du gouvernement. Les dépenses, qui totalisent 200 millions de dollars par mois d’ici à la fin de la mission en 2011, représentent 1 500 dollars par ménage, d’après les calculs de l’officier du Parlement.
Dans un contexte de crise, ces éléments pourraient peser dans les choix des électeurs. Le pari de Harper se révélera-t-il plus hasardeux qu’escompté ? Réponse dans les urnes.
Fabien PERRIER dans l'Humanité du 14 octobre 2008
Montréal (Canada), envoyé spécial.
Lorsqu’il a décidé de provoquer des élections anticipées, en septembre, le premier ministre canadien, le conservateur Stephen Harper, était au plus haut dans les sondages et son principal opposant politique, le parti libéral, mal en point. Il s’attendait sans doute à être en mesure de former un gouvernement majoritaire à l’issue du scrutin du 14 octobre. L’économie, en s’invitant dans la campagne, aura modifié quelque peu la donne. Quelques chiffres sont tombés qui éclairent d’un jour nouveau la situation du pays.
Les exportations ont diminué de 1,6 %
Ainsi, les exportations ont diminué de 1,6 % pour se chiffrer à 43,1 milliards de dollars, ce qui a constitué le premier recul observé depuis décembre 2007. Et ce sont plus particulièrement trois secteurs traditionnels de l’économie canadienne qui sont touchés : les produits énergétiques (- 9,7 % entre juillet et août 2008), les produits forestiers (- 2,5 %) et ceux de l’automobile (- 2,6 %). Le professeur Léo-Paul Lauzon, titulaire de la chaire d’études socio-économiques de l’ESG UQAM (université de Montréal), s’insurge : « Nous sommes le seul pays au monde où les ressources naturelles ne nous appartiennent pas : nous les avons privatisées et cédées à des investisseurs étrangers. »
De surcroît, un traité de libre-échange lie le Canada aux États-Unis qui sont ainsi fournis en matières premières dans des conditions favorables. Dans ce contexte, poursuit l’universitaire, « le Canada n’a plus le contrôle sur son pétrole ni sur son gaz et est devenu un pays colonisé ». Amir Khadir, porte-parole du parti provincial Québec solidaire, s’inquiète lui aussi de cet état des faits : « La structure économique du Canada est entièrement tournée vers l’acheminement des ressources vers le géant américain. » Et pour cause : les trois quarts des exportations canadiennes se font vers les États-Unis.
Malgré tout, la crise financière, partie des États-Unis, semble épargner, pour l’instant, le Canada. Et le gouvernement Harper met cet élément en avant dans sa campagne. Léo-Paul Lauzon comme Amir Khadir ne se font toutefois pas d’illusion : le pays sera probablement touché. « Même si les institutions canadiennes sont moins déréglementées qu’aux États-Unis, la crise risque de nous contaminer, avec décalage. Et la capacité du Canada à soutenir son économie est limitée », affirme le porte-parole de Québec solidaire.
Coût de la guerre en Afghanistan
Un autre chiffre est venu semer l’inquiétude pendant la campagne : celui du coût de la participation à la guerre en Afghanistan. Un rapport du directeur parlementaire du Budget, Kevin Page, fait état de coûts beaucoup plus élevés que les évaluations connues : la guerre en Afghanistan coûtera au bas mot de 14 à 18 milliards de dollars canadiens d’ici à 2011, soit le double de la somme de 8 milliards de dollars qu’avançait le gouvernement de Stephen Harper. M. Page pense même qu’il faudra sans doute revoir ces coûts car il a dû se baser sur des évaluations étant donné le manque de transparence du gouvernement. Les dépenses, qui totalisent 200 millions de dollars par mois d’ici à la fin de la mission en 2011, représentent 1 500 dollars par ménage, d’après les calculs de l’officier du Parlement.
Dans un contexte de crise, ces éléments pourraient peser dans les choix des électeurs. Le pari de Harper se révélera-t-il plus hasardeux qu’escompté ? Réponse dans les urnes.
Fabien PERRIER dans l'Humanité du 14 octobre 2008
Publicité