Pour son budget, le gouvernement joue les aveugles
Feignant d’ignorer les prévisions de croissance en baisse, l’équipe FILLON maintient cadeaux fiscaux aux privilégiés de la fortune et coupes claires dans les dépenses d’intérêt général.
Le véhicule va droit dans le mur, le chauffeur le voit, mais il refuse mordicus de changer sa trajectoire. C’est à peu près l’image que donnait le gouvernement au moment où il commençait, hier, à défendre son projet de budget 2009 devant les députés. Ce projet avait été bâti sur une prévision de croissance économique de 1 % l’an prochain. Crise financière et ses dommages collatéraux sur l’« économie réelle » obligent, la plupart des instituts de conjoncture tablent désormais sur 0,5 % d’augmentation du PIB. Certains prévoient carrément une récession. La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, n’ignore pas la tendance : « Les prévisions que nous avons faites il y a maintenant deux mois (…) très clairement, elles sont fragilisées par la crise financière », admettait-elle hier matin. Et pourtant, hier, à l’Assemblée, elle devait s’accrocher au scénario d’une croissance à 1 %… « puisque, expliquait-elle, c’est comme ça que le budget a été bâti ». On l’aura compris - et c’est une nouvelle illustration spectaculaire du dogmatisme qui règne dans les sphères dirigeantes -, rien ne pourrait remettre en question les choix gouvernementaux en matière budgétaire.
Le ministre du Budget, Eric Woerth, martelait, hier dans un entretien au journal « les Échos » : « Nous n’avons donc pas de raisons, à ce stade, de changer le budget ». Et d’ajouter, la main sur le coeur :« Ce que l’on dit clairement, c’est que, si la croissance tombe à 0,5 % ou à 0,2 % et que les recettes sont moins bonnes que prévu, il n’y aura ni hausse d’impôt ni mesures rectificatives sur les dépenses ». La solution ? « Nous constaterons en toute transparence la dégradation du déficit », tranche le ministre. Comme si de rien n’était, le gouvernement présente donc un projet de loi de finances (PLF) qui perpétue, malgré le recul prévisible des recettes, les cadeaux fiscaux aux ménages les plus nantis, sous la forme notamment du « bouclier fiscal ». Un « bouclier » qui apparaît pourtant, aujourd’hui plus que jamais, comme symbole de la « priorité donnée à l’argent fou, (…) à ceux qui représentent le capitalisme financier qui n’a été productif de rien du tout », comme le pointait hier le secrétaire national du PS, Bruno Le Roux.
De même, le PLF maintient-il la dépense de 32 milliards d’euros d’argent public pour compenser les exonérations de cotisations sociales patronales, alors même que l’efficacité, le bien-fondé de ce dispositif sont mis en doute de toutes parts. Autre incohérence, à tout le moins, du texte budgétaire : les coupes claires prévues dans les crédits pour le logement et la rénovation urbaine « alors que ces dépenses stimulent l’activité du bâtiment et sont socialement nécessaires », comme le note le président de la commission des Finances de l’Assemblée, Didier Migaud (PS). Ou encore « le coup de frein donné au budget de l’emploi et aux dotations en faveur des collectivités territoriales », un « contresens » quand on sait que ces collectivités réalisent « 73 % des investissements publics ». Au total, le gouvernement Fillon risque ainsi de cumuler déficit record des finances publiques (le rapporteur général du budget Gilles Carrez prévoit 14 milliards d’euros d’ici fin 2009) et déficit social aggravé.
La crise financière, le ralentissement de l’activité économique et son corollaire, la dégradation de la situation sociale, justifieraient plutôt une reconfiguration du PLF pour en faire un instrument au service de la protection sociale des citoyens et de la relance économique. C’est l’opinion des députés communistes, qui ont réclamé, hier, « le retrait » du PLF et « une refonte complète de ce texte, pour qu’il réponde aux besoins des femmes et des hommes en matière de pouvoir d’achat, de formation, d’emploi et permette à notre pays de retrouver le chemin de la croissance ».
Yves HOUSSON dans l'Humanité du 21 octobre 2008
Le véhicule va droit dans le mur, le chauffeur le voit, mais il refuse mordicus de changer sa trajectoire. C’est à peu près l’image que donnait le gouvernement au moment où il commençait, hier, à défendre son projet de budget 2009 devant les députés. Ce projet avait été bâti sur une prévision de croissance économique de 1 % l’an prochain. Crise financière et ses dommages collatéraux sur l’« économie réelle » obligent, la plupart des instituts de conjoncture tablent désormais sur 0,5 % d’augmentation du PIB. Certains prévoient carrément une récession. La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, n’ignore pas la tendance : « Les prévisions que nous avons faites il y a maintenant deux mois (…) très clairement, elles sont fragilisées par la crise financière », admettait-elle hier matin. Et pourtant, hier, à l’Assemblée, elle devait s’accrocher au scénario d’une croissance à 1 %… « puisque, expliquait-elle, c’est comme ça que le budget a été bâti ». On l’aura compris - et c’est une nouvelle illustration spectaculaire du dogmatisme qui règne dans les sphères dirigeantes -, rien ne pourrait remettre en question les choix gouvernementaux en matière budgétaire.
Le ministre du Budget, Eric Woerth, martelait, hier dans un entretien au journal « les Échos » : « Nous n’avons donc pas de raisons, à ce stade, de changer le budget ». Et d’ajouter, la main sur le coeur :« Ce que l’on dit clairement, c’est que, si la croissance tombe à 0,5 % ou à 0,2 % et que les recettes sont moins bonnes que prévu, il n’y aura ni hausse d’impôt ni mesures rectificatives sur les dépenses ». La solution ? « Nous constaterons en toute transparence la dégradation du déficit », tranche le ministre. Comme si de rien n’était, le gouvernement présente donc un projet de loi de finances (PLF) qui perpétue, malgré le recul prévisible des recettes, les cadeaux fiscaux aux ménages les plus nantis, sous la forme notamment du « bouclier fiscal ». Un « bouclier » qui apparaît pourtant, aujourd’hui plus que jamais, comme symbole de la « priorité donnée à l’argent fou, (…) à ceux qui représentent le capitalisme financier qui n’a été productif de rien du tout », comme le pointait hier le secrétaire national du PS, Bruno Le Roux.
De même, le PLF maintient-il la dépense de 32 milliards d’euros d’argent public pour compenser les exonérations de cotisations sociales patronales, alors même que l’efficacité, le bien-fondé de ce dispositif sont mis en doute de toutes parts. Autre incohérence, à tout le moins, du texte budgétaire : les coupes claires prévues dans les crédits pour le logement et la rénovation urbaine « alors que ces dépenses stimulent l’activité du bâtiment et sont socialement nécessaires », comme le note le président de la commission des Finances de l’Assemblée, Didier Migaud (PS). Ou encore « le coup de frein donné au budget de l’emploi et aux dotations en faveur des collectivités territoriales », un « contresens » quand on sait que ces collectivités réalisent « 73 % des investissements publics ». Au total, le gouvernement Fillon risque ainsi de cumuler déficit record des finances publiques (le rapporteur général du budget Gilles Carrez prévoit 14 milliards d’euros d’ici fin 2009) et déficit social aggravé.
La crise financière, le ralentissement de l’activité économique et son corollaire, la dégradation de la situation sociale, justifieraient plutôt une reconfiguration du PLF pour en faire un instrument au service de la protection sociale des citoyens et de la relance économique. C’est l’opinion des députés communistes, qui ont réclamé, hier, « le retrait » du PLF et « une refonte complète de ce texte, pour qu’il réponde aux besoins des femmes et des hommes en matière de pouvoir d’achat, de formation, d’emploi et permette à notre pays de retrouver le chemin de la croissance ».
Yves HOUSSON dans l'Humanité du 21 octobre 2008
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