Le président URIBE face à la colère de la rue

Publié le par Jihad WACHILL

Colombie : Indiens, coupeurs de canne à sucre, fonctionnaires, le pays est le théâtre de grèves et de mouvements sociaux inédits depuis 2002.

Récupération de terres, hausses salariales, conditions de travail, respect des droits et des libertés fondamentales, rejet du traité de libre commerce avec les États-Unis… Depuis plusieurs semaines, la Colombie est le théâtre de manifestations et de grèves inédites qui ont pour ligne de mire la politique du président Alvaro Uribe. La principale confédération syndicale, la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), appelait aujourd’hui à une grève nationale de vingt-quatre heures à laquelle devaient participer quelque 500 000 salariés de l’éducation et de la santé, des douanes ou encore de l’état civil, entre autres.

La CUT entend protester contre « l’état de commotion intérieure » décrété par Alvaro Uribe pour une durée de quatre-vingt-dix jours pour briser la grève de dizaines de milliers de salariés de l’administration judiciaire. Celle-ci désormais suspendue, aura duré quarante-quatre jours consécutifs. L’état d’exception mis en place par le président est vécu comme un coup de force contre les droits et les libertés. Pour Fabio Arias, porte-parole de la CUT, ce 23 octobre est aussi une journée de solidarité avec les puissantes mobilisations des coupeurs de cannes à sucre et des communautés indiennes (3 % de la population). Les premiers ont cessé leur activité depuis le 15 septembre pour exiger la revalorisation de leurs salaires, paralysant ainsi un pan important de l’économie.

Quant aux seconds, après une semaine de blocages de routes durement réprimés - au moins trois manifestants tués et plus de 120 blessés - ils ont entamé une marche pacifique sur l’axe stratégique de la panaméricaine (reliant la Colombie à l’Équateur) en direction de Cali (sud-ouest), troisième ville du pays, contre la spoliation de leurs terres ancestrales. Partis à 10 000, les Indiens attendaient hier d’être rejoints par autant d’autres. Selon les porte-parole des organisations des communautés, près de 30 % des 30 millions d’hectares qui leur reviennent de droit sont actuellement hors de leur contrôle. « Nous espérons que le président Alvaro Uribe se montre », a averti Daniel Pinacué, l’un de leurs leaders, n’excluant pas l’idée de marcher sur Bogota, la capitale, en cas de fin de non-recevoir.

Les communautés veulent également interpeller « la conscience de la Colombie » sur les violations des droits de l’homme dont elles sont victimes. Depuis 2002, date de l’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, « on nous a assassiné 1 254 Indiens (20 ces quinze derniers jours) et expulsé de leur territoire au moins 54 000 autres tandis que 18 communautés sont en voie d’extinction », accuse un communiqué de l’Organisation nationale indigène de Colombie. « Comme si cela ne suffisait pas, parce que nous réclamons et rendons visible cette crise, on nous stigmatise comme guérilleros… », poursuit-elle en référence aux propos du chef de l’État qui a ouvertement accusé les manifestants d’être infiltrés par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Cet épouvantail, un vieux procédé cher au palais présidentiel pour criminaliser les revendications de la rue, a surtout eu pour effet de redoubler l’exaspération des grévistes.

Réélu en 2006 grâce à une minorité d’électeurs, Alvaro Uribe est rattrapé par le social. Ce grand absent des mandats présidentiels, pour cause de réformes libérales et de financements outranciers destinés à la surmilitarisation du pays, s’invite désormais dans le débat politique, en bousculant la stratégie uribiste de prétendue « sécurité démocratique ».

Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 23 octobre 2008
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Publié dans Amérique latine

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