Un général colombien sur la touche mais pas la guerre sale
Bogota : La démission du général Mario MONTOYA n’efface pas le caractère massif des exactions commises par l’armée au prétexte de la lutte contre la guérilla.
Il fallait un fusible et c’est le commandant de l’armée, le général Mario Montoya, qui a fait office de… Mardi, celui qui, hier encore, incarnait, aux yeux d’une certaine opinion publique, les prétendus exploits enregistrés par l’état-major, a présenté sa démission, dans une vaine tentative d’étouffer le scandale des exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité. Ces exactions, plus connues sous le nom de « faux positifs », consistent à enlever des jeunes socialement défavorisés, à les exécuter puis à les revêtir d’habits de guérilleros tués au combat. Encore plus froidement : ils visent à gonfler les chiffres de l’armée dans le cadre de sa lutte contre la guérilla.
Au cours de sa conférence de presse, Mario Montoya s’est borné à déclarer que ses hommes avaient toujours agi en conformité avec la loi et les directives présidentielles en matière de respect des droits de l’homme. Ce même jour, il devait également témoigner devant la deuxième commission du Sénat sur « l’assassinat de Soacha ». L’origine du scandale remonte à septembre dernier, lorsqu’une vingtaine de jeunes issus de ce quartier pauvre de la banlieue de Bogota sont retrouvés dans des fosses communes, dans le nord-ouest du pays. L’armée mais également les autorités multiplient alors les déclarations contradictoires selon lesquelles ces jeunes gens sont des trafiquants de drogue, puis des paramilitaires, pour enfin les présenter comme guérilleros morts au combat. Les expertises médicales ont, depuis, prouvé qu’ils ont été assassinés quelques jours seulement après leur disparition, contredisant ainsi la version officielle.
Rappel à l’ordre de l’ONU
Manière pour le chef de l’État de montrer patte blanche : le 29 octobre, Alvaro Uribe a destitué 27 militaires, dont trois colonels, impliqués dans l’affaire. Des sanctions « pour l’exemple », au moment même où le haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Navi Pillay, en visite en Colombie, faisait part de sa « préoccupation » quant au nombre « très alarmant » des exécutions extrajudiciaires.
Selon la commission Colombie-Europe-États-Unis, 13 634 personnes ont été tuées hors combat, entre juillet 2002, année d’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, et décembre 2007. Sur les 8 049 cas dont l’auteur du crime est connu, 75,4 % sont attribués à l’État. Depuis janvier 2008, la force publique a commis 535 exécutions extrajudiciaires ; 58 % de ces victimes étaient mineures.
« La destitution des 27 membres des forces armées (…) et la démission du général Montoya sont des mesures administratives qui laissent en l’état l’impunité en Colombie », estime le président de la Confédération unitaire des travailleurs, Tarsicio Mora, qui rappelle que les syndicalistes sont des cibles de choix de cette guerre sale.
Auditionné également par la commission du Sénat, le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a reconnu l’existence de ces exécutions, mais il a surtout défendu bec et ongles la politique de sécurité démocratique du président. C’est pourtant elle, une fois de plus, qui se trouve au coeur de ce nouveau scandale. Ces dernières années, prétextant la guerre totale contre le « terrorisme », le gouvernement a offert aux militaires décorations, vacances et autres récompenses en échange de guérilleros tués. Et l’appât du gain de se comptabiliser en crimes d’État.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 6 novembre 2008
Il fallait un fusible et c’est le commandant de l’armée, le général Mario Montoya, qui a fait office de… Mardi, celui qui, hier encore, incarnait, aux yeux d’une certaine opinion publique, les prétendus exploits enregistrés par l’état-major, a présenté sa démission, dans une vaine tentative d’étouffer le scandale des exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité. Ces exactions, plus connues sous le nom de « faux positifs », consistent à enlever des jeunes socialement défavorisés, à les exécuter puis à les revêtir d’habits de guérilleros tués au combat. Encore plus froidement : ils visent à gonfler les chiffres de l’armée dans le cadre de sa lutte contre la guérilla.
Au cours de sa conférence de presse, Mario Montoya s’est borné à déclarer que ses hommes avaient toujours agi en conformité avec la loi et les directives présidentielles en matière de respect des droits de l’homme. Ce même jour, il devait également témoigner devant la deuxième commission du Sénat sur « l’assassinat de Soacha ». L’origine du scandale remonte à septembre dernier, lorsqu’une vingtaine de jeunes issus de ce quartier pauvre de la banlieue de Bogota sont retrouvés dans des fosses communes, dans le nord-ouest du pays. L’armée mais également les autorités multiplient alors les déclarations contradictoires selon lesquelles ces jeunes gens sont des trafiquants de drogue, puis des paramilitaires, pour enfin les présenter comme guérilleros morts au combat. Les expertises médicales ont, depuis, prouvé qu’ils ont été assassinés quelques jours seulement après leur disparition, contredisant ainsi la version officielle.
Rappel à l’ordre de l’ONU
Manière pour le chef de l’État de montrer patte blanche : le 29 octobre, Alvaro Uribe a destitué 27 militaires, dont trois colonels, impliqués dans l’affaire. Des sanctions « pour l’exemple », au moment même où le haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Navi Pillay, en visite en Colombie, faisait part de sa « préoccupation » quant au nombre « très alarmant » des exécutions extrajudiciaires.
Selon la commission Colombie-Europe-États-Unis, 13 634 personnes ont été tuées hors combat, entre juillet 2002, année d’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, et décembre 2007. Sur les 8 049 cas dont l’auteur du crime est connu, 75,4 % sont attribués à l’État. Depuis janvier 2008, la force publique a commis 535 exécutions extrajudiciaires ; 58 % de ces victimes étaient mineures.
« La destitution des 27 membres des forces armées (…) et la démission du général Montoya sont des mesures administratives qui laissent en l’état l’impunité en Colombie », estime le président de la Confédération unitaire des travailleurs, Tarsicio Mora, qui rappelle que les syndicalistes sont des cibles de choix de cette guerre sale.
Auditionné également par la commission du Sénat, le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a reconnu l’existence de ces exécutions, mais il a surtout défendu bec et ongles la politique de sécurité démocratique du président. C’est pourtant elle, une fois de plus, qui se trouve au coeur de ce nouveau scandale. Ces dernières années, prétextant la guerre totale contre le « terrorisme », le gouvernement a offert aux militaires décorations, vacances et autres récompenses en échange de guérilleros tués. Et l’appât du gain de se comptabiliser en crimes d’État.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 6 novembre 2008
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