Le moral des Français en solde
Bravant le froid, pas moins de trois ministres se déplaceront aujourd’hui aux Galeries Lafayette à Paris pour donner le coup d’envoi des soldes d’hiver. Un effort de communication pour tenter de montrer que la consommation des Français résiste à la crise. Hier sur l’antenne d’Europe 1, la ministre de l’Économie Christine Lagarde se montrait optimiste : « Les soldes semblent bien se présenter. » « Dans les trois départements (Meurthe-et-Moselle, Moselle et Meuse) où elles ont déjà commencé, les indications sont bonnes et le vendredi a été absolument exceptionnel », jubile-t-elle. « Les Français ont continué à consommer », a lancé la ministre, rappelant que la consommation des ménages avait augmenté de 0,3 % en novembre et que « les indications pour le mois de décembre sont plutôt favorables ». Pourtant, les commerçants sont obligés de consentir des rabais records, jusqu’à - 80 %, pour attirer les consommateurs qui ont gelé leurs achats en attendant les soldes. L’Institut français de la mode (IFM) le confirme, le prêt-à-porter ayant connu sa plus mauvaise saison en termes de chiffre d’affaires depuis le début des années 1990.
Bien que portée à bout de bras par les fêtes de fin d’année, la consommation est pour le moment atone et le moral des Français se dégrade. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), l’indicateur est reparti à la baisse. Il a perdu un point pour s’établir à - 44 points, trois points seulement au-dessus de son plus-bas historique de juillet 2008. Et ce malgré une baisse sensible des prix des carburants. « La peur de se retrouver au chômage ou de ne pas voir ses revenus augmenter tétanise les comportements de consommation, ce qui explique que les Français soient plus nombreux à estimer que le moment est opportun pour épargner, même s’ils pensent en avoir moins les moyens », analyse Alexander Law, chez Xerfi. « La crise s’est véritablement installée dans les esprits. (…) Cette persistance d’un moral au plus bas rappelle une des caractéristiques majeures d’une récession, à savoir son caractère auto-entretenu. À mesure que les acteurs de la vie économique se persuadent que la situation va empirer, ils modifient leur comportement en conséquence », analyse l’économiste.
Selon un sondage publié dans le Journal du dimanche, 7 Français sur 10 envisagent de réduire leurs achats en 2009. Or, le plan dit de « relance » en discussion aujourd’hui au Parlement ne propose rien pour le pouvoir d’achat pénalisé par les faibles revalorisations salariales. Interrogée sur le sujet, la ministre de l’Économie a estimé qu’il était d’abord nécessaire de soutenir l’investissement, comme le prévoit le plan gouvernemental de 26 milliards d’euros. Dans ce contexte et si aucune mesure en faveur de la consommation n’est prise, les soldes ne suffiront pas à stimuler ce traditionnel moteur de la croissance.
Clotilde MATHIEU dans l'Humanité du 7 janvier 2009