Bolivie : « Le gouvernement travaille dans un esprit de justice sociale »

Publié le par Jihad WACHILL

L’analyse de Celia PACHECO, députée du MAS de la province de l’Oruro.


Comment se présente le référendum de dimanche ?


Celia Pacheco. Le peuple bolivien réfléchit sur le processus de changements. Il a conscience que le gouvernement d’Evo Morales met en oeuvre des politiques sociales. L’opposition a cherché à le discréditer mais elle n’y est pas parvenue. C’est le peuple bolivien lui-même qui a mis en route cette révolution démocratique. C’est en ce sens que de très nombreux Boliviens diront « oui » à la nouvelle constitution politique de l’État. L’opposition a des droits mais nous sommes un pays souverain. Nous ne pouvons partager son choix d’entrer dans une guerre sale.


Quels sont les axes majeurs du texte soumis au vote ?

Celia Pacheco. La nouvelle constitution reconnaîtra tous les Boliviens, c’est-à-dire les 36 ethnies qui n’avaient jamais été prises en compte. Elle garantit l’existence d’un État plurinational, pluriculturel et plurilingue. En ce sens, cette constitution est incluante. Elle implique aussi des changements politiques. Pour avancer dans le socialisme, nous voulons assécher le néolibéralisme. Cela suppose de grands efforts. Il nous faut avancer vers la création d’un pays solidaire où les richesses sont réellement partagées entre tous. Jusqu’à présent, seulement quelques-uns ont profité des ressources, des terres et des entreprises. La nouvelle constitution garantit la propriété privée, mais elle inclut aussi un processus de récupération des entreprises bradées aux multinationales. Mais le gouvernement peut difficilement les sauver parce qu’il manque de réserves financières. Il s’agit d’entreprises qui agissent dans le domaine de l’eau, de l’énergie ou du ferroviaire. Nous ne perdons pas l’idée de les nationaliser parce que ce sont des biens basiques. Tous les Boliviens doivent pouvoir en bénéficier pour vivre en harmonie et en complémentarité.


L’Église a très vivement condamné la constitution. On critique également son caractère trop indigéniste…


Celia Pacheco. C’est d’autant plus triste que la nouvelle constitution et le gouvernement respectent l’Église. La population est majoritairement catholique. Hier encore, l’Église appuyait les pauvres. Aujourd’hui, elle leur tourne le dos en soutenant les grands propriétaires terriens. Ses attaques n’ont pas seulement contrarié le gouvernement mais également les gens.


Quant aux critiques qui accusent la constitution d’être trop indigéniste, je veux rappeler qu’elle prend effectivement en compte nos frères paysans, indigènes et originaires mais parce que, hier encore, ils étaient exclus de leur pays. Et puis les changements ne s’adressent pas qu’à eux. Ils impliquent les salariés, les étudiants, la classe moyenne. Qui plus est, ceux qui nous reprochent d’être trop indigénistes confondent la justice ordinaire et la justice communautaire, qui relève des us et coutumes de chaque municipalité et région. La nouvelle Constitution veut justement poser des normes à ces justices.


Une fois adoptée, la Constitution favorisera-t-elle un retour à la normale de la vie politique après trois ans de crise ?


Celia Pacheco. Malheureusement, nous craignons que l’opposition ne s’arrête pas là. Ce processus de changement est lent et elle a joué un rôle néfaste en empêchant l’action du gouvernement. Nous avons encore besoin de temps avant de parvenir à un nouvel État. Il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir même si la révolution a commencé. Le gouvernement va continuer de développer des politiques qui bénéficieront à tous. Beaucoup de questions nous attendent comme les fonds de pension des salariés, le logement et les salaires. Le gouvernement veut garantir le bien-être des Boliviens dans un esprit de justice sociale.


Entretien réalisé par Cathy CEÏBE et paru dans l'Humanité du 23 janvier 2009

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Publié dans Amérique latine

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