Conseil municipal d’Amiens: Explication de vote d’élu-e-s communistes et apparenté-e-s concernant la motion "Tibet"

Publié le par Jihad WACHILL

A Amiens, les conseillers municipaux communistes ont refusé de voter lundi dernier un voeu voulu par le maire sur le Tibet. Et leur position semble parfaitement comprise de la population et du milieu associatif, voire même appréciée car donnant le signal que le PCF ne sera pas un parti de « béni oui oui » dans la nouvelle municipalité. Voici l'explication de vote, sur le contenu de laquelle je reviendrai en commentaire:

Monsieur le Maire,

Chèr-e-s Collègues,

Les groupes politiques ne sont pas à ce jour administrativement constitués, c’est donc au nom d’élu-e-s communistes et non du groupe que je vais expliciter le vote de mes camarades.

Notre pays et la ville d’Amiens se sont honorés dans les années passées et ils le sont chaque fois que nous devons nous associer à la défense des libertés, de quelques pays, de quelque horizon et de quelque régime que ce soit.

Pour les élu-e-s communistes, la lutte pour les libertés, contre la torture et contre la peine de mort est une position fondamentale issue d’une exigence de démocratie. Aujourd’hui je pourrai ajouter qu’il y a de quoi faire dans ce monde, y compris dans ce qu’on appelle chez nous des démocraties.

C’est pourquoi nous avons toujours approuvé des parrainages de personnalités et des actes solennels autour de ces principes.

C’est un principe élémentaire, d’abord parce qu’il nous faut défendre les droits de l’Homme partout dans le monde. C’est un principe, un engagement incontournable qui date de la constitution, il y a près de trente ans, et du comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde dont le président était communiste.

S’exprimer et agir pour les libertés, partout, c’est un effort que nous n’avons cessé de faire durant toutes les années qui ont suivi jusqu’aujourd’hui, et nous n’avons aucune raison d’abandonner ce choix essentiel.

Dans la situation actuelle au Tibet et en Chine, plusieurs principes nous guident :

Nous condamnons la répression et la torture au Tibet, comme nous nous élevons contre tout emprisonnement politique et toute violence commise de part et d’autre.

Toutes et tous nous connaissons la complexité historique des relations depuis des siècles entre le Tibet et la Chine, et personne de bonne foi n’ignore qu’il n’existe de solution autre que politique qui, félicitons nous, se sont engagées ce jour. Nous formulons des vœux d’espoir et d’aboutissement pacifique, laissant place à la raison, au respect et rejetant les diktats.

Nous serons donc vigilant, car nous observons avec la plus grande inquiétude la campagne mondiale actuelle qui pousse au déchaînement des nationalismes chinois comme tibétain.

On a vu ce que cela a produit dans les Balkans et au Proche Orient.

Quand il s’agit d’une zone du monde où il y a des milliards d’habitants, on se demande à qui profite ce genre de campagne.

Nous rappelons notre attachement aux J.O et nous trouvons que leur tenue en Chine est un évènement important pour la Chine et son évolution démocratique comme pour le monde.

Dans un premier temps nous partageons l’exposé du premier paragraphe de cette motion. Nous soutenons ceux, qui en Chine, défendent la liberté d’expression, la liberté syndicale, la liberté de conscience et plus généralement tous les droits inaliénables de l’Homme.

Cependant, nous ne pouvons taire des informations en provenance de Chine qui ne sont pas si claires qu’il y paraît à première vue, par exemple :

- Diffusion par le journal "le Monde" d’une photographie de moines matraqués qui a été prise en fait au Népal et non en Chine, mise sous silence de photographies et reportages témoignant de la violence des moines tibétains, brûlant les maisons, pillant les magasins et organisant des chasses à l’homme contre les Hans ou des Huis (musulmans). Ce qui je le réaffirme, ne saurait faire oublier les graves violations manifestes des droits de l’Homme commises par les autorités chinoises.

Il ne nous semble pas nécessaire de succomber à l’emballement médiatique. Quand Pékin a été choisie pour organiser les J.O, le monde entier connaissait les graves atteintes aux droits de l’Homme orchestré par ce gouvernement auprès duquel il nous faut maintenir une pression.

Nous comprenons votre démarche, nous la respectons et la partageons globalement, mais nous n’approuvons pas sa conclusion.

Parce que notre attachement profond à la laïcité nous conduit à nous méfier de toute forme de confusion entre le religieux et le politique.

Hisser le drapeau tibétain au sommet du Beffroi ne nous paraît pas judicieux. On peut montrer sa solidarité autrement qu’en brandissant un drapeau demandant implicitement l’indépendance du Tibet, ce que le DALAÏ-LAMA, lui même ne demande pas.

Ce chef religieux, nous tenons à le rappeler n’a pas de légitimité démocratique et ne se soucie pas du sort peu enviable de la femme tibétaine, parce que toujours dans le même sens, les propos exprimés par le DALAÏ-LAMA sur toutes les questions de société ne nous semblent pas aller dans le sens du progrès et de l’émancipation humaine.

Parce qu’enfin nous considérons que c’est au peuple tibétain lui-même de choisir ses représentants et que des principes de démocratie représentative doivent être mis en place.

Vous comprendrez par conséquent que des élu-e-s communistes s’abstiendront sur le vote de cette motion.

Nous aurions apprécié aussi que l’un des premiers acte de la nouvelle majorité se concrétise par un arrêté interdisant les expulsions locatives et les coupures d’eau et d’électricité ou encore un soutien actif aux sans papiers, aujourd’hui encore pourchassés dans notre ville.

Je vous remercie.

Intervention de Laurent BEAUVAIN, conseiller municipal communiste

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Publié dans Picardie

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J
Le commentaire que j'ai envoyé à Laurent BEAUVAIN à propos de son intervention:<br /> <br /> "Cher camarade, <br /> <br /> Si j'estime que la position prise est "globalement positive", je ne te cacherai pas des réserves, dont une très importante sur la question de la condamnation de la répression chinoise des émeutes racistes du Tibet. Evidemment, j'ai bien conscience par ailleurs des conditions dans lesquelles ce texte a du être rédigé, et des compromis qu'il a sans doute nécessité. <br /> <br /> D'abord, je constate et regrette une tendance à succomber à la rhétorique abstraite sur la liberté ("droit-de-l'hommisme" comme disent, pas totalement à tort, certains): "la liberté de chacun s'arrête là où commence celle du voisin" et, rien que de ce point de vue, la condamnation de la répression des émeutes violemment racistes de Lhassa me semble pour le moins hasardeuse (personnellement, ce sont plus ces émeutes et ce qu'elles véhiculaient de violence raciste qui me révulsent plutôt que leur répression par les autorités chinoises). <br /> <br /> Toujours sur la condamnation de ces émeutes, cette tendance au sein du PCF (encore plus grave sur le fond) à condamner par principe et a priori la violence me semble un révélateur regrettable de la dérive "petite bourgeoise" qu'a constitué dans les faits la "mutation": par boutade je m'interroge sur le fait de savoir si "le jour de la Révolution", le PCF la condamnerait parce que "la violence ce n'est pas bien"? De la même manière qu'il y a une "violence légitime" (le droit du Peuple à se révolter contre la tyrannie est, je te le rappelle, par exemple inscrite dans la 1ère Constitution républicaine française), il y a gradation dans l'usage de la violence, ce qui implique aussi possibilité de condamner non pas l'usage de la violence, mais l'usage EXCESSIF de la violence (encore que je n'ai pas l'impression que les Chinois en aient usé de manière disproportionnée au vu des circonstances). <br /> <br /> Ici, peut-on décemment condamner la répression chinoise au vu de la nature raciste et des excès destructeurs et sanglants des émeutiers? Trouver qu'ils ont eu la main lourde, passe encore (bien que peu d'éléments viennent corroborer une telle affirmation par ailleurs). Mais condamner la répression, c'est affirmer a contrario que les autorités chinoises n'auraient pas du réprimer, c'est-à-dire dans les faits auraient du laisser se poursuivre et se développer les pogroms racistes au Tibet comme si c'était là chose normale. Une position évidemment intenable car totalement irresponsable. On atteint la limite en pratique de cette condamnation de la répression chinoise: l'erreur des autorités chinoises est à mes yeux (position difficile a exprimer publiquement, je le consens) de ne pas être intervenues ASSEZ TOT, laissant les troubles se développer, prendre de l'ampleur et se répandre, plutôt que de les circonscrire immédiatement (ce qui aurait au passage évité une partie des dégâts comme des décès causés aussi bien par les émeutiers que par l'ampleur du déploiement policier et militaire qu'il a fallu pour les contrer et rétablir l'ordre). <br /> <br /> Enfin, de manière plus anecdotique, soutenir "ceux, qui en Chine, défendent la liberté d’expression, la liberté syndicale, la liberté de conscience et plus généralement tous les droits inaliénables de l’homme" sans discernement me semble pour le moins hasardeux. <br /> <br /> Fraternellement."
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