Volte-face de Rachida DATI sur le mariage annulé de Lille: l'appel du Parquet, remède pire que le mal?

Publié le par Jihad WACHILL

"L’annulation d’un mariage par le tribunal de grande instance de Lille [pour mensonge sur la virginité de l'épouse] a provoqué un vif débat de société. Cette affaire privée dépasse la relation entre deux personnes et concerne l’ensemble des citoyens de notre pays, et notamment les femmes", a expliqué la Chancellerie. "C’est pourquoi la Garde des Sceaux "souhaite que la juridiction collégiale d’appel puisse être amenée à se prononcer à nouveau", ajoute la Chancellerie…

Celles et ceux qui sont vent debout contre cette décision depuis quelques jours parlent de "victoire" à propos de ce revirement. Vraiment? Personnellement, j’ai plutôt l’impression de voir Ponce Pilate, et son fameux "je m’en lave les mains", se déchargeant de ses responsabilités sur la Cour d’appel. Au prix d'une entorse gênante au principe de séparation des pouvoir qui pourrait bien se retourner contre ses promoteurs et conduire à transformer cet appel en "victoire à la pyrrhus".

Car c'est au contraire si cette affaire devait arriver jusqu'à la Cour de cassation qu'on risquerait que cette décision fasse jurisprudence. En effet dans le fonctionnement de nos institutions judiciaires, plus la juridiction qui tranche est haut placé dans la hiérarchie, plus ses décisions ont de valeur pour le reste du corps judiciaire. Cet appel risque donc de se retourner contre ceux qui l'ont réclamé à cors et à cris : une telle décision prise en première instance pouvait encore être considérée comme un cas d'espèce ; à un niveau plus haut il risque d'en être autrement. Et les juges détestent, ce qui est compréhensible, qu'on cherche à leur "forcer la main" surtout s'ils se sont contentés d'appliquer la loi. Or, c'est bien le cas ici.

De plus, pour ceux qui invoquent ici la laïcité, celle-ci ne saurait signifier s'immiscer dans la vie privée de personnes pour décider à leur place comment elles doivent conduire leur vie. La laïcité, c'est avant tout sur le plan des croyances la séparation entre la sphère publique et la sphère privée. On peut penser tout le mal qu'on veut de l'attitude de cet homme, néanmoins qu'est-ce qui ressort le plus de sphère privée que la liberté de se marier ou non ?

Une liberté qui correspond à la rencontre de DEUX volontés (en cela le mariage a des aspects contractuels qui ont des conséquences en droit), accord qui ne saurait s'exprimer pleinement que de manière éclairée, c'est-à-dire sans que le consentement d'un des époux ait été "vicié". Cet homme estime avoir été floué par le mensonge de son épouse sur sa virginité et affirme qu'il n'aurait sans doute pas contracté ce mariage en toute connaissance de cause. Il y a donc bien vice du consentement ici, quoi qu'on pense sur un plan extra-juridique de l'attitude de cet homme.

Une attitude qui me laisse à titre personnel un goût amer et me met mal à l'aise sur ce qu'elle révèle aussi dans certains secteurs de notre société au niveau des relations de couple. Mais ma réprobation morale ne saurait m'autoriser à m'immiscer dans la vie privée de ce couple afin d'imposer mon point de vue à cet homme concernant son propre mariage. Et c'est le principe même de laïcité, c'est à dire en matière de croyances de séparation entre la sphère privée et la sphère publique, qui me l'impose. Dans l'esprit, on serait d'ailleurs dans pareil cas pas loin de l"atteinte à la vie privée" (délit pénal).

Enfin, il convient de mesurer que si la Cour d'appel devait revenir sur l'annulation, cela signifierait tout simplement décider… que le mariage est maintenu ! Et ce avec l'ensemble des devoirs conjugaux" qui en découlent, jusqu'à prononcé d'un éventuel divorce. La fin du "caractère indissoluble des liens sacrés du mariage" (indissolubilité toujours revendiquée par l'église catholique et posée par l'ancien droit canonique) est une acquis laïc de la Révolution française. Au regard de l'Histoire, il me semble donc pour le moins paradoxal de s'opposer (au nom de la laïcité qui plus est...) à la volonté partagée de deux époux de se séparer, même si c'est sous la forme atypique de l'annulation. Est ce vraiment rendre service à cette femme ou même à la cause féministe ? Je ne le pense pas.

Pour une analyse juridique plus détaillée, je vous conseille le blog http://jprosen.blog.lemonde.fr/

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Publié dans France - Société

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J
Le mariage est aussi un contrat (en tout cas sur tous les domaines qui ne sont pas encadrés directement pas la loi et c'est bien ça dont il est question ici). Et oui...
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J
Le mariage est une institution sociale: il ne peut être indifférent à la loi. Au demeurant le tribunal n'aurait eu à se prononcer si il n'avait pas été saisi par le mari "trompé". <br /> <br /> Guy
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J
J'avoue ne pas comprendre ton discours, Guy. <br /> <br /> Enfin disons que c'est du discours "classique" comme on le rabâche dans l'Huma jusqu'à ce que tu soulèves, très justement, que "la laïcité est la liberté de religion maintenue dans la sphère privée et l'indifférence à celles-ci dans la sphère publique". Or, qu'est-ce qui est plus de la sphère privée qu'un mariage? Il ne s'agit donc absolument pas de prise en compte de la religion dans la sphère publique mais au contraire de faire respecter la sphère privée pour moi. <br /> <br /> Et je ne pense pas bon qu'il soit bon de trop légiférer en matière de vie privée au nom de la laïcité justement, et de la relativité des modes de vie, en particulier en matière d sexualité, à partir du moment où on rentre dans la sphère privée. Dans certains couples, la notion de fidélité elle-même n'a aucun importance jusqu'à aller en couple dans des "clubs échangistes", pour d'autres c'est "pas avant le mariage" (y compris pour l'homme parfois, contrairement à un discours un peu facile sur la question). Je ne juge pas ici, mais constate juste la subjectivité des comportements en matière de mariage, de moeurs et de sexualité. <br /> <br /> Pas de dérive, je pense, ou alors une tendance à l'empiètement de la notion de laïcité dans la sphère privée qui me semble préjudiciable à la notion elle-même.
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J
du point de vue de la laïcité, la virginité ou non virginité sont, pour la République au nom de laquelle le jugement est prononcé,<br /> totalement étrangère à la loi. Reste la question du "mensonge" qui selon le tribunal rentrerait dans la catégorie des tromperies sur la qualité de la personne prévue par la loi .<br /> <br /> Cette interprétation est absolument abusive Pour éviter qu'elle fasse jurisprudence, il convient à mon avis que le législateur précise cla nature des tromperies pour éviter la répétition d'un tel abus d'interprétation. Le divorce par consentement mutuel est toujours possible si l'épousée le souhaite mais il peut entraîner des obligations que l'époux ne souhaite pas remplir d'où sa demande d'annulation, ce qui n'est pas la même chose.<br /> <br /> je crois que l'on est enprésence d'une dérive qui confond la laïcité avec la prise encompte indifférente de toutes les religions par la cité (conception anglo-saxonne) alors que la laïcité est la liberté de religion maintenue dans la sphère privée et l'indifférence à celles-ci dans la sphère publique; c'est une originalité française à valeur universelle et reconnue comme telle par les progresistes du monde entier, un apport de notre république à l'humanité auquel il ne faut pas renoncer.<br /> <br /> Guy
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J
A mon avis, ce n'est pas par des mesures bureaucratiques, administratives, judiciaires que l'on va "règler" les différences de culture et/ou de religion Je ne vois pas quels marxistes pourraient le prétendre, j'y vois plutôt le maintien d 'un esprit colonialiste, de supériorité d'une culture sur une autre, de croyance en une universalité des cultures qui, même si elle pouvait advenir, ne serait pas souhaitable.<br /> <br /> Comment alors "arbitrer" en conséquence des différends de ce genre ? Plutôt que le recours aux "grands principes", abordons de semblables cas avec beaucoup d'humanité, de délicatesse, de respect des personnes humaines dans ce qu'elles ont de plus profond dans leurs identités respectives sans en rajouter sur le "choc" que peut constituer la "transplantation" d'une civilisation dans une autre, d'une culture dans une autre, d'identités dans d'autres identités !<br /> <br /> Au nom de la liberté de penser et de croire que je porte dans ma laïcité !<br /> <br /> Michel PEYRET (ancien député communiste de Gironde)
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