Elections américaines: interview de Larry HOLMES
Larry HOLMES, candidat du Workers World Party –USA à la présidence en 1984 et 1988, dirigeant du mouvement pour la libération d’ Abu-Jamal et porte parole de la Coalition "Dehors l’Armée Maintenant" a répondu aux questions d’Initiative Communiste sur les élections américaines (propos recueillis par notre ami John Catalinotto).
Initiative Communiste : Pourquoi la campagne suscite-t-elle tant d’intérêt et d’émotion cette année ?
Larry HOLMES : Traditionnellement, la compétition se déroulait entre deux hommes blancs, plus ou moins conservateurs, capitalistes et, lors des toutes premières élections, propriétaires d’esclaves ! Jusqu’à peu, les candidats montraient une insensibilité très grande, sinon absolue, vis-à-vis du racisme, du sexisme ou de l’homophobie. Ils ont été élus président durant plus des 200 ans de l’histoire capitaliste américaine. Actuellement les prétendants à la direction du parti qui attirent le plus d’électeurs et le plus d’argent sont une femme et un homme noir. Quand vous voyez un Afro-américain nommé Barack Hussein Obama gagner les primaires dans des états dont les électeurs sont blancs à 95%, avant toute analyse politique, une partie de vous-même se dit : bon sang, c’est un bon signe ! On ne peut pas ignorer ce que signifie qu’un nombre impressionnant de Blancs votent pour un candidat noir - fait sans précédent dans ce pays.
Cela ne change certes rien aux vérités fondamentales des élections américaines. Le débat présidentiel reste fermement aux mains de la classe dominante et de ses politiciens dans les deux grands partis capitalistes - Républicains et Démocrates. Celui qui gagne dépend de la somme d’argent ramassée par les candidats, et donc des donateurs de la classe dominante. Clinton et Obama ont été les plus grands collecteurs de fonds. Au départ, le soutien blanc d’Obama était censé venir d’intellectuels jeunes et privilégiés. Mais lors des dernières primaires, il a empiété sur l’électorat de travailleurs blancs, en plus du soutien écrasant qu’il reçoit des masses noires, ce qui a changé la donne. Même ceux d’entre nous qui détestent le Parti Démocrate, qu’ils considèrent comme un piège de la bourgeoisie, doivent analyser ce moment historique : la possibilité que le représentant démocrate soit un Noir, et que ce Noir puisse être le président.
IC : Quelle relation y a-t-il entre la crise économique et politique et ces élections ?
Larry : L’ascension d’Obama est liée à la profonde crise économique, politique et militaire de l’impérialisme US, la plus grave depuis 75 ans - la grande dépression des années 30. Les travailleurs sont confrontés à une impitoyable diminution des salaires, due à la mondialisation et aux délocalisations. En ce moment même, les ouvriers de l’usine automobile American Axle sont en grève pour que leurs salaires et leurs primes ne soient pas divisés par deux ! La crise économique s’approfondit. Les gens perdent leur maison, leur emploi, leur couverture médicale et le reste. Et Obama et Clinton veulent gagner grâce aux votes des travailleurs. Ainsi, il est certain qu’Obama fera campagne contre l’ALENA (Accord de libre échange Nord-Américain).
Il doit bien y avoir des gens, dans la classe dominante, pour penser qu’il vaudrait mieux quelqu’un comme Obama pour gérer une période de grandes restrictions. Mais bien sûr, il doit y en avoir qui ne supportent pas l’idée qu’un Noir se retrouve au sommet de l’Etat…
IC : Quelles sont les différences entre les programmes de Clinton et Obama sur l’occupation de l’Irak ? Quels sont leurs projets pour résoudre les problèmes de santé ?
Larry : Les électeurs ne se préoccupent pas tant que ça des programmes. Ce sont des promesses que les candidats des grands partis capitalistes ne tiennent souvent pas.
Le projet de sécurité sociale de Clinton demande une participation individuelle, mais oblige tout le monde à y adhérer. Obama commence par faire des concessions aux compagnies d’assurance santé et n’oblige personne à souscrire. Sur le papier, le programme de Clinton est là légèrement plus progressiste que celui d’Obama.
Sur la guerre, beaucoup de militants voient que Clinton a soutenu la guerre d’Irak dès le début et n’a pas clarifié sa position. Elle a des contacts étroits avec les généraux. Obama promet de sortir d’Irak fin 2009. Les gens le perçoivent comme un opposant à la guerre, peut-être parce qu’il continue à dire qu’il négociera avec Ahmedinejad, Raul Castro et Chavez.
Clinton et Obama soutiennent tous deux la poursuite de l’occupation de l’Afghanistan et Israël, même quand l’armée israélienne tire sur des enfants Palestiniens. La principale conseillère sur la politique étrangère de Clinton est Madeleine Albright, porte-parole lors de la guerre en Yougoslavie. Celui d’Obama est Zbigniew Brzezinsky, un ancien de la guerre froide.
IC : Comment pensez-vous que les communistes doivent se positionner pour cette élection ?
Larry : Il faut d’abord veiller à ne pas induire en erreur la classe ouvrière. Nous ne pouvons pas dire : " Votez Obama et tout s’arrangera ". Mais nous devons également comprendre pourquoi énormément de gens, de Noirs, peuvent se sentir passionnés et très fiers de la candidature d’Obama. Des milliers de personnes assistent à ses réunions. Des jeunes gens font ainsi leurs premiers pas en politique. Il n’y a pas, aux Etats-Unis, une nette compréhension de l’idée d’un soutien critique. Par exemple, en France, lorsque Chirac était au second tour en face du raciste Le Pen, les progressistes dirent : " Votez pour l’escroc, pas pour le fasciste ". Ce n’était pas une bonne position pour la classe ouvrière, mais au moins il était clair que le vote Chirac ne valait pas l’approbation de son programme. La tradition pour la gauche ici, est de toujours soutenir un candidat de la bourgeoisie, habituellement le Démocrate. Malheureusement, cela élimine les positions politiques communistes indépendantes.
Nous nous attendons à ce que, pour battre Obama s’il était candidat, les Républicains lancent une campagne raciste. Si Clinton remporte les primaires, ce pourrait être une campagne misogyne. Ils attaquent déjà Obama sur son nom musulman. Même les Clinton cherchent à en tirer avantage.
Nous organisons une manifestation indépendante le 1er mai, avec un grand défilé de travailleurs et d’immigrés. Il y aura aussi des manifestations aux deux conventions Démocrates et Républicaines fin août début septembre. Ce sera l’occasion de placer dans l’élection un volet sur la classe ouvrière.
IC : Est-il possible pour des candidats réellement de gauche, de jouer un rôle dans l’élection ?
Larry : Dans certains pays européens, il y a une représentation proportionnelle : même avec une limite à 5%, il est possible pour des partis de gauche d’être représentés. Aux USA, le gagnant rafle tout. Sans publicité à la télé, il est pratiquement impossible d’être connu, et cela coûte cher. Les candidats de gauche n’ont pas assez d’argent. Parfois nous avons participé à des élections en notre propre nom, mais sans espérer un score important. Plutôt pour faire propager nos idées.
Traduction : François Vechart