Le sacre d’Alvaro Uribe III ?
Le président colombien tire les bénéfices politiques majeurs de cette libération. Une aubaine en vue de la présidentielle où il brigue un troisième mandat.
« Le président Alvaro Uribe, grand vainqueur du coup porté aux FARC. » La presse colombienne, et singulièrement le quotidien El Tiempo, propriété de la famille Santos, dont le vice-président Francisco et le ministre de la Défense, Juan Manuel, attribuaient tout naturellement le succès des opérations à celui qui dirige d’une main de fer la Colombie depuis août 2002. Précédant les déclarations internationales de félicitations. Pour Alvaro Uribe le triomphe est certain. Jouissant déjà d’une cote de popularité impressionnante, elle atteindrait désormais des sommets, pronostique-t-on à Bogota. Les libérations d’Ingrid Betancourt et des autres otages, l’immense joie et l’espoir, qu’elles ont, à très juste titre, soulevé, faisant foi.
Depuis six ans, la stratégie uribiste de « sécurité démocratique » a fonctionné à bloc, avec l’assentiment d’une majorité de Colombiens écoeurés et excédés des tentatives de paix avortées. Mais les points marqués ces dernières années sur la guérilla, bouc émissaire des frustrations cumulées ces dernières décennies, n’en font pas moins oublier que la guerre sale a toujours droit de cité, et que la guerre tout court sert à criminaliser les adversaires, ou présentés comme tels, de l’uribisme.
La Colombie est le pays où l’on assassine le plus de syndicalistes. L’opposition y est continuellement stigmatisée tandis que ses dirigeants sont la cible de menaces de mort. Les défenseurs des droits de l’homme figurent également parmi les premières victimes. Quatre millions de personnes ont été déplacées sous le feu croisé des acteurs. En dépit de statistiques officielles dithyrambiques, la pauvreté reste endémique, surtout dans les campagnes. Les réformes néolibérales ont continué d’aggraver la fracture sociale entre une élite toute puissante et une majorité de Colombiens privés de protection sociale. Les autorités se sont placées sous le contrôle des États-Unis qui les soutiennent à coup de milliards de dollars. Car, pour Washington, les ressources nationales et la situation géostratégique du pays ont primé sur toute autre considération, la lutte contre le terrorisme ou encore le narcotrafic servant uniquement de prétexte à une ingérence permanente. Sans obligation de résultat, au contraire. Les cultures de coca ont augmenté de 27 % entre 2006 et 2007, selon l’ONU. Enfin, en dépit de la quasi-impunité offerte aux milices d’extrême droite, à leurs chefs, coupables de crimes de lèse-humanité, les paramilitaires continuent de sévir.
L’instrumentalisation des dernières libérations n’est vraiment pas à écarter. Elle permettrait de détourner l’attention de la crise politico-institutionnelle que traverse le pays, et dont le premier responsable est Alvaro Uribe en personne.
Depuis deux ans, la justice poursuit plus de 60 députés, majoritairement issus des rangs uribistes, dont le cousin du chef de l’État, dans le cadre du scandale de la parapolitique, à savoir les connexions politico-mafieuses existant entre les paramilitaires d’extrême droite et la classe politique. Trente d’entre eux sont sous les verrous. Pis encore, en condamnant Yidis Medina, la Cour suprême de justice a révélé au grand jour le caractère illégal de la seconde élection d’Alvaro Uribe en 2006. Cette ex-parlementaire s’était vue en effet acheter son vote en faveur d’une réforme constitutionnelle autorisant Uribe à briguer un second mandat, alors que le texte fondateur le lui interdisait. Alvaro Uribe a, dans la foulée, exigé du congrès, pourtant discrédité, qu’il organise un référendum censé le relégitimer. Cette consultation plébiscite vise, dans les faits, à ouvrir la voie à une troisième élection en 2010. Un enjeu vital pour l’homme fort de Bogota. « La plus grande crainte d’Uribe (…) est de redevenir un simple civil. Les États-Unis possèdent d’importants dossiers sur les relations entre Alvaro Uribe, le paramilitarisme et le narcotrafic », rappelait récemment à l’Humanité le journaliste et écrivain colombien, Hernando Calvo Ospina.
Le dossier nº 82 de l’agence américaine de renseignement de la Défense est en effet très explicite : « Homme politique et sénateur colombien, collabore avec le cartel de Medellin (…). Uribe a été impliqué dans des activités de narcotrafic aux États-Unis. »
Mais, pour le moment, il ne court aucun danger. « Aujourd’hui, l’homme est utile à Washington dans sa stratégie contre la guérilla (…). Il lui sert également à déstabiliser les présidents vénézuélien et équatorien. (…) Tant qu’il sera leur cheval de Troie, Alvaro Uribe aura leur soutien », assure Hernando Calvo Ospina. Le principal obstacle pourrait bien venir de ses propres rangs divisés sur la question de la réélection. Depuis plusieurs mois, Juan Manuel Santos, le ministre de la Défense, s’est imposé comme le successeur naturel d’Uribe, en affichant une omniprésence.
Article paru dans l'Humanité du 4 juillet 2008
« Le président Alvaro Uribe, grand vainqueur du coup porté aux FARC. » La presse colombienne, et singulièrement le quotidien El Tiempo, propriété de la famille Santos, dont le vice-président Francisco et le ministre de la Défense, Juan Manuel, attribuaient tout naturellement le succès des opérations à celui qui dirige d’une main de fer la Colombie depuis août 2002. Précédant les déclarations internationales de félicitations. Pour Alvaro Uribe le triomphe est certain. Jouissant déjà d’une cote de popularité impressionnante, elle atteindrait désormais des sommets, pronostique-t-on à Bogota. Les libérations d’Ingrid Betancourt et des autres otages, l’immense joie et l’espoir, qu’elles ont, à très juste titre, soulevé, faisant foi.
Depuis six ans, la stratégie uribiste de « sécurité démocratique » a fonctionné à bloc, avec l’assentiment d’une majorité de Colombiens écoeurés et excédés des tentatives de paix avortées. Mais les points marqués ces dernières années sur la guérilla, bouc émissaire des frustrations cumulées ces dernières décennies, n’en font pas moins oublier que la guerre sale a toujours droit de cité, et que la guerre tout court sert à criminaliser les adversaires, ou présentés comme tels, de l’uribisme.
La Colombie est le pays où l’on assassine le plus de syndicalistes. L’opposition y est continuellement stigmatisée tandis que ses dirigeants sont la cible de menaces de mort. Les défenseurs des droits de l’homme figurent également parmi les premières victimes. Quatre millions de personnes ont été déplacées sous le feu croisé des acteurs. En dépit de statistiques officielles dithyrambiques, la pauvreté reste endémique, surtout dans les campagnes. Les réformes néolibérales ont continué d’aggraver la fracture sociale entre une élite toute puissante et une majorité de Colombiens privés de protection sociale. Les autorités se sont placées sous le contrôle des États-Unis qui les soutiennent à coup de milliards de dollars. Car, pour Washington, les ressources nationales et la situation géostratégique du pays ont primé sur toute autre considération, la lutte contre le terrorisme ou encore le narcotrafic servant uniquement de prétexte à une ingérence permanente. Sans obligation de résultat, au contraire. Les cultures de coca ont augmenté de 27 % entre 2006 et 2007, selon l’ONU. Enfin, en dépit de la quasi-impunité offerte aux milices d’extrême droite, à leurs chefs, coupables de crimes de lèse-humanité, les paramilitaires continuent de sévir.
L’instrumentalisation des dernières libérations n’est vraiment pas à écarter. Elle permettrait de détourner l’attention de la crise politico-institutionnelle que traverse le pays, et dont le premier responsable est Alvaro Uribe en personne.
Depuis deux ans, la justice poursuit plus de 60 députés, majoritairement issus des rangs uribistes, dont le cousin du chef de l’État, dans le cadre du scandale de la parapolitique, à savoir les connexions politico-mafieuses existant entre les paramilitaires d’extrême droite et la classe politique. Trente d’entre eux sont sous les verrous. Pis encore, en condamnant Yidis Medina, la Cour suprême de justice a révélé au grand jour le caractère illégal de la seconde élection d’Alvaro Uribe en 2006. Cette ex-parlementaire s’était vue en effet acheter son vote en faveur d’une réforme constitutionnelle autorisant Uribe à briguer un second mandat, alors que le texte fondateur le lui interdisait. Alvaro Uribe a, dans la foulée, exigé du congrès, pourtant discrédité, qu’il organise un référendum censé le relégitimer. Cette consultation plébiscite vise, dans les faits, à ouvrir la voie à une troisième élection en 2010. Un enjeu vital pour l’homme fort de Bogota. « La plus grande crainte d’Uribe (…) est de redevenir un simple civil. Les États-Unis possèdent d’importants dossiers sur les relations entre Alvaro Uribe, le paramilitarisme et le narcotrafic », rappelait récemment à l’Humanité le journaliste et écrivain colombien, Hernando Calvo Ospina.
Le dossier nº 82 de l’agence américaine de renseignement de la Défense est en effet très explicite : « Homme politique et sénateur colombien, collabore avec le cartel de Medellin (…). Uribe a été impliqué dans des activités de narcotrafic aux États-Unis. »
Mais, pour le moment, il ne court aucun danger. « Aujourd’hui, l’homme est utile à Washington dans sa stratégie contre la guérilla (…). Il lui sert également à déstabiliser les présidents vénézuélien et équatorien. (…) Tant qu’il sera leur cheval de Troie, Alvaro Uribe aura leur soutien », assure Hernando Calvo Ospina. Le principal obstacle pourrait bien venir de ses propres rangs divisés sur la question de la réélection. Depuis plusieurs mois, Juan Manuel Santos, le ministre de la Défense, s’est imposé comme le successeur naturel d’Uribe, en affichant une omniprésence.
Article paru dans l'Humanité du 4 juillet 2008
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