Solidaires avec SINE pour la liberté de la presse

Publié le par Jihad WACHILL

Pour la première fois, le 23 juillet dernier, la chronique du chroniqueur et caricaturiste Siné n’a pas eu les honneurs des colonnes de Charlie Hebdo. De quoi désemparer tous les fans de celui qui, depuis tant d’années, fait parler sa plume pour dézinguer par l’humour ceux qu’il estime mériter son ire. Pour ce numéro, la chronique soumise à son rédacteur en chef, Philippe Val, n’a pas eu l’heur de dégeler celui-ci : le « Siné et Mirabeau », poing levé, annonçant qu’il ne partira « que par la force des baïonnettes » n’a pas fait fléchir Philippe Val. L’hebdomadaire est sorti ce jour-là sans la prose de l’humoriste iconoclaste.

Pour trouver l’origine de cette affaire, il faut remonter au 8 juillet. Ce matin-là, Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, dénonce sur RTL « un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas ». Signé Siné, l’article en question tance la facilité avec laquelle « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter ». L’encre « gratouilleuse » de Siné continue en ces termes : « Le parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il (Jean Sarkozy) vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive, et héritière des fondateurs de Darty. » Jusque-là, rien qui vaille que l’on cloue au pilori son auteur.

Pourquoi alors taxer Siné d’antisémitisme ? Philippe Val, par peur d’un procès, a demandé au chroniqueur et caricaturiste de signer une lettre d’excuses dans Charlie Hebdo. « J’étais prêt à le faire, non auprès de Jean Sarkozy mais des lecteurs qui n’auraient pas compris que je m’en prenais à son opportunisme. Mais quand j’ai vu qu’un texte de la rédaction, une sorte de pétition contre moi, allait aussi être publié, j’ai refusé. » Siné est aussitôt viré par sa direction. L’affaire semble réglée, mais que nenni !

En réponse aux attaques en règle contre lui, entre autres par Bernard Henri Lévy et Laurent Joffrin, les soutiens au dessinateur se lèvent un peu partout. Dans la presse, et surtout sur Internet. Des personnalités comme Gisèle Halimi, Plantu, Guy Bedos… Tous prenant le parti de Siné et démontant une machination. Dans une lettre à Philippe Val, Gisèle Halimi se dit « en mesure d’affirmer - en spécialiste du droit de la presse - qu’il ne s’agit que d’un prétexte ».

Guy Bedos, pour sa part, apostrophe le rédacteur en chef de Charlie Hebdo : « Après t’être acharné sur Denis Robert, dont manifestement tu ne connais ni les livres ni les films, voilà que tu t’en prends à Bob Siné, que, brutalement, tu vires pour antisémitisme. » Et de conclure à l’adresse de Philippe Val : « Je pourrais te mépriser, je te plains. » Quant au dessinateur Plantu, il estime que « Charlie Hebdo est un journal de provocateurs » et qu’il convient d’accepter qu’il y ait des dérapages, « Siné a fait un dérapage ». Mais « on ne peut pas le taxer d’antisémite pour autant », dit-il, ajoutant que « Charlie Hebdo vient de faire la plus belle connerie qu’il a jamais faite ! »

Fernand NOUVET dans l'Humanité du 28 juillet 2008

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Publié dans France - Société

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