Le Maghreb au carrefour des luttes
Maroc : Le premier Forum social maghrébin, qui s’est déroulé les 25, 26 et 27 juillet à Al Jadida, a donné une visibilité aux mouvements sociaux de plus en plus nombreux.
Al Jadida, correspondance particulière.
Des émeutes algériennes d’Oran à la révolte des habitants de Sidi Ifni au Maroc, de la lutte dans le bassin minier tunisien de Gafsa à la grève de la faim d’enseignants contractuels depuis le 15 juillet à Alger, l’actualité maghrébine laisse entrevoir une multiplication des luttes sociales. C’est dans ce contexte aigu que deux mille personnes ont convergé du 25 au 27 juillet dans l’accueillante ville côtière d’Al Jadida, au Maroc, pour le tout premier Forum social maghrébin, dans le respect de la charte des Forums sociaux de Porto Alegre. Certes, le processus était en gestation depuis quatre ans, porté par un rêve de Maghreb des peuples, que la dynamique altermondialiste incitait à réactiver au niveau des sociétés civiles, cinquante ans après l’échec de l’unité du Maghreb proclamée en 1958 à Tanger par les partis de libération nationale. Mais, du fait des luttes en cours, ce premier « FSMaghreb » a pris une coloration intense. Pour le syndicaliste algérien autonome Achour Idir, du Conseil des lycées d’Algérie, la solidarité était double à Al Jadida : solidarité des luttes et solidarité historique de peuples frères. Du Forum il espère que naîtra « une véritable solidarité sur le terrain des luttes au-delà des débats théoriques ».
Révoltes locales souvent spontanées
À l’heure où les politiques euro-méditerranéennes promettent un nouveau tour de vis néolibéral ainsi qu’un renforcement des politiques sécuritaires et de contrôle des immigrés, les populations au sud de la Méditerranée s’organisent de fait de plus en plus pour protester contre leur sort et expérimentent de nouvelles formes de luttes, ce dont le Forum d’Al Jadida s’est fait l’écho : révoltes locales souvent d’abord spontanées contre la corruption et l’atteinte aux droits fondamentaux ou aux biens publics locaux, actions pacifiques de larges coordinations contre la vie chère ou de comités de diplômés chômeurs, grèves nombreuses et création de nouveaux syndicats à la marge des anciennes centrales trop rigides ou trop inféodées aux pouvoirs, campagnes pour les droits humains et socio-économiques, coordination euro-africaine contre la répression des migrants du fait de politiques étatiques coordonnées entre Maghreb et Europe… « Nul ne peut prévoir les révoltes qui naîtront encore de l’aggravation des conditions de vie, analyse Mustapha Hattab, cofondateur de la Coordination contre la cherté de la vie et la dégradation des services publics au Maroc, voilà pourquoi le but est aujourd’hui pour toutes nos organisations de porter et de structurer les revendications dans des fronts sociaux larges, à la fois localement et nationalement. » Mustapha Hattab, membre du comité de pilotage du forum, espère lui-même davantage d’échanges au niveau régional sur les mobilisations contre la flambée des prix…
Débats et polémiques
En dépit même de quelques provocations policières notamment libyennes et tunisiennes, les militants ont ainsi débattu activement, de façon parfois polémique et toujours intense. Au centre des débats, également : la diversité culturelle, notamment amazigh, la question sahraouie, le partenariat euro-méditerranéen, les mobilisations dans les quartiers populaires, le chômage massif des jeunes et les noyades en Méditerranée de jeunes candidats à l’immigration… La charte des peuples du Maghreb adoptée le dernier jour fut un moment de grande émotion, de même que les chants de protestation solidaire des jeunes participants marocains contre le président tunisien Ben Ali en raison de la grave répression des populations et des leaders syndicaux du bassin minier de Gafsa. Ce sont d’ailleurs les mouvements de jeunes Marocains qui ont porté l’essentiel de l’organisation du forum, ainsi que son animation culturelle, ensemble avec divers musiciens de tout le Maghreb.
Karine GANTIN dans l'Humanité du 30 juillet 2008
Al Jadida, correspondance particulière.
Des émeutes algériennes d’Oran à la révolte des habitants de Sidi Ifni au Maroc, de la lutte dans le bassin minier tunisien de Gafsa à la grève de la faim d’enseignants contractuels depuis le 15 juillet à Alger, l’actualité maghrébine laisse entrevoir une multiplication des luttes sociales. C’est dans ce contexte aigu que deux mille personnes ont convergé du 25 au 27 juillet dans l’accueillante ville côtière d’Al Jadida, au Maroc, pour le tout premier Forum social maghrébin, dans le respect de la charte des Forums sociaux de Porto Alegre. Certes, le processus était en gestation depuis quatre ans, porté par un rêve de Maghreb des peuples, que la dynamique altermondialiste incitait à réactiver au niveau des sociétés civiles, cinquante ans après l’échec de l’unité du Maghreb proclamée en 1958 à Tanger par les partis de libération nationale. Mais, du fait des luttes en cours, ce premier « FSMaghreb » a pris une coloration intense. Pour le syndicaliste algérien autonome Achour Idir, du Conseil des lycées d’Algérie, la solidarité était double à Al Jadida : solidarité des luttes et solidarité historique de peuples frères. Du Forum il espère que naîtra « une véritable solidarité sur le terrain des luttes au-delà des débats théoriques ».
Révoltes locales souvent spontanées
À l’heure où les politiques euro-méditerranéennes promettent un nouveau tour de vis néolibéral ainsi qu’un renforcement des politiques sécuritaires et de contrôle des immigrés, les populations au sud de la Méditerranée s’organisent de fait de plus en plus pour protester contre leur sort et expérimentent de nouvelles formes de luttes, ce dont le Forum d’Al Jadida s’est fait l’écho : révoltes locales souvent d’abord spontanées contre la corruption et l’atteinte aux droits fondamentaux ou aux biens publics locaux, actions pacifiques de larges coordinations contre la vie chère ou de comités de diplômés chômeurs, grèves nombreuses et création de nouveaux syndicats à la marge des anciennes centrales trop rigides ou trop inféodées aux pouvoirs, campagnes pour les droits humains et socio-économiques, coordination euro-africaine contre la répression des migrants du fait de politiques étatiques coordonnées entre Maghreb et Europe… « Nul ne peut prévoir les révoltes qui naîtront encore de l’aggravation des conditions de vie, analyse Mustapha Hattab, cofondateur de la Coordination contre la cherté de la vie et la dégradation des services publics au Maroc, voilà pourquoi le but est aujourd’hui pour toutes nos organisations de porter et de structurer les revendications dans des fronts sociaux larges, à la fois localement et nationalement. » Mustapha Hattab, membre du comité de pilotage du forum, espère lui-même davantage d’échanges au niveau régional sur les mobilisations contre la flambée des prix…
Débats et polémiques
En dépit même de quelques provocations policières notamment libyennes et tunisiennes, les militants ont ainsi débattu activement, de façon parfois polémique et toujours intense. Au centre des débats, également : la diversité culturelle, notamment amazigh, la question sahraouie, le partenariat euro-méditerranéen, les mobilisations dans les quartiers populaires, le chômage massif des jeunes et les noyades en Méditerranée de jeunes candidats à l’immigration… La charte des peuples du Maghreb adoptée le dernier jour fut un moment de grande émotion, de même que les chants de protestation solidaire des jeunes participants marocains contre le président tunisien Ben Ali en raison de la grave répression des populations et des leaders syndicaux du bassin minier de Gafsa. Ce sont d’ailleurs les mouvements de jeunes Marocains qui ont porté l’essentiel de l’organisation du forum, ainsi que son animation culturelle, ensemble avec divers musiciens de tout le Maghreb.
Karine GANTIN dans l'Humanité du 30 juillet 2008
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