« On criait "liberté !" près des barbelés »

Publié le par Jihad WACHILL

Au Mesnil-Amelot, la controverse continue après la répression policière, samedi dernier, à l’intérieur du centre de rétention administrative.

« Gazés », « tabassés », les retenus du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) sont encore sous le choc des événements de samedi dernier. « Près des barbelés, on criait "liberté" avec les manifestants à l’extérieur, raconte un jeune Marocain, joint hier par téléphone. Ensuite, les policiers nous ont enfermés dans le stade et ont tabassé un mec. » Un autre raconte que son ami, gazé à bout portant, ne peut toujours pas ouvrir les yeux. À l’origine de ce déchaînement de violences policières, une manifestation à l’appel de l’association SOS soutien aux sans-papiers, devant le centre de rétention du Mesnil-Amelot et deux départs d’incendie dans la même journée. Hier, un bâtiment était encore inutilisable.

Pour la préfecture, les responsables sont tout trouvés. Dans un communiqué, elle estime que ce « mouvement a été incité de l’extérieur par une vingtaine de manifestants d’un collectif de soutien aux sans-papiers ». Une version des faits contestée par l’association SOS soutien aux sans-papiers. Pour Rodolphe Nettier, son président, « s’il y a eu émeutes et incendie, c’est parce que les forces de l’ordre empêchaient les retenus de manifester et donc d’avoir accès à leurs droits fondamentaux ». La semaine précédente, une tentative de rassemblement devant le CRA du Mesnil-Amelot s’était soldée par 18 interpellations (lire l’Humanité du 28 juillet).

Ces incidents ont fait l’objet d’une passe d’armes entre gouvernement et socialistes. Pour Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l’égalité, « la politique injuste du gouvernement crée des situations dangereuses tout à fait inacceptables, qui provoquent la révolte légitime des étrangers et de ceux qui défendent leurs droits ». En réponse, le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, demande que les « collectifs d’extrême gauche et autres groupuscules violents ne puissent plus manifester à proximité de ces centres, au risque de provoquer des actes de violence, mais qu’ils ne soient autorisés à le faire que devant les préfectures ».

Depuis la destruction du centre de Vincennes lors d’un incendie le 22 juin, le CRA de Mesnil-Amelot est le plus important de France, avec 140 places. « Les tensions s’accumulent, témoigne une intervenante de la CIMADE dans le centre. Les tentatives de suicide et les automutilations se font aussi quand il n’y a pas de manifestation… » Deux retenus, poursuivis pour « dégradation des biens publics par moyens dangereux et séjour irrégulier », ont été relaxés hier après leur comparution immédiate au tribunal de Meaux. Mais Rachida Dati a demandé au Parquet de faire appel.

Marie BARBIER dans l'Humanité du 5 août 2008
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Publié dans France - Société

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