Mourir pour Tbilissi ?
Avec le recul, on en vient à se dire que la France, l'Allemagne et quelques autres pays membres de l'Otan ont eu du flair au printemps dernier en prolongeant le séjour de la Géorgie dans l'antichambre de l'alliance militaire occidentale. Sans cette clairvoyance, l'Otan se trouverait aujourd'hui impliqué directement - au nom de l'assistance mutuelle que se doivent ses membres en cas de conflit - dans une guerre qui n'est pas la sienne. Car malgré toutes les prévenances qu'affiche le gouvernement américain à l'égard du régime de Tbilissi et de son imprévisible président, l'intérêt de l'Europe n'est pas dans un soutien aveugle à la Géorgie au prétexte que son grand adversaire, la Russie, nourrirait des visées régionales voire extrarégionales comme au temps de feu l'URSS.
Si le Kremlin considérait l'usage de la force comme l'alpha et l'oméga de l'apurement des passifs territoriaux de l'ex-Union soviétique, il aurait dans cette affaire les moyens militaires d'infliger une cuisante punition à son modeste voisin du Caucase. Or l'honnêteté consiste à reconnaître que, consciente de sa puissance et du rapport de forces très inégal entre les deux pays, la Russie a jusqu'ici dosé sa riposte afin de ne pas heurter plus qu'il n'était nécessaire les sensibilités internationales. Ni trop, ni trop peu. Mais assez tout de même pour réveiller des craintes assoupies depuis deux décennies chez ses voisins directs dont certains ne se sentent pas totalement protégés par leur appartenance à l'Union européenne et à l'Otan.
De toute évidence, le président géorgien a présumé de ses forces et de la solidarité de ses amis occidentaux en imaginant qu'il pouvait agacer impunément l'ours russe. Comme un vieux réflexe, le coup de patte n'a pas manqué mais sans prendre les proportions que connurent naguère certains " pays frères ". Du coup, les protestations diplomatiques sont elles aussi mesurées. Parce que personne en Occident n'a envie de mourir pour Tbilissi et parce qu'il n'y a rien à gagner à ostraciser la Russie. Et puis parce que le président géorgien n'est pas l'innocente victime qu'il prétend être. Rappelons que c'est lui qui, la semaine dernière, a rallumé la mèche d'un conflit latent depuis l'effondrement de l'Union soviétique. Et que s'il a gagné une réputation de réformateur avec l'ouverture à marche forcée de l'économie de son pays et ses succès dans la lutte contre la corruption, le président Saakachvili ne passe pas pour un fin stratège politique. Sa gestion fantasque, incontrôlable et, à l'occasion, provocatrice des rapports avec son voisin russe - avec les conséquences que l'on sait - en est une vivante illustration.
L'éditorial du quotidien économique la Tribune du 12 août 2008 par Pascal AUBERT
Si le Kremlin considérait l'usage de la force comme l'alpha et l'oméga de l'apurement des passifs territoriaux de l'ex-Union soviétique, il aurait dans cette affaire les moyens militaires d'infliger une cuisante punition à son modeste voisin du Caucase. Or l'honnêteté consiste à reconnaître que, consciente de sa puissance et du rapport de forces très inégal entre les deux pays, la Russie a jusqu'ici dosé sa riposte afin de ne pas heurter plus qu'il n'était nécessaire les sensibilités internationales. Ni trop, ni trop peu. Mais assez tout de même pour réveiller des craintes assoupies depuis deux décennies chez ses voisins directs dont certains ne se sentent pas totalement protégés par leur appartenance à l'Union européenne et à l'Otan.
De toute évidence, le président géorgien a présumé de ses forces et de la solidarité de ses amis occidentaux en imaginant qu'il pouvait agacer impunément l'ours russe. Comme un vieux réflexe, le coup de patte n'a pas manqué mais sans prendre les proportions que connurent naguère certains " pays frères ". Du coup, les protestations diplomatiques sont elles aussi mesurées. Parce que personne en Occident n'a envie de mourir pour Tbilissi et parce qu'il n'y a rien à gagner à ostraciser la Russie. Et puis parce que le président géorgien n'est pas l'innocente victime qu'il prétend être. Rappelons que c'est lui qui, la semaine dernière, a rallumé la mèche d'un conflit latent depuis l'effondrement de l'Union soviétique. Et que s'il a gagné une réputation de réformateur avec l'ouverture à marche forcée de l'économie de son pays et ses succès dans la lutte contre la corruption, le président Saakachvili ne passe pas pour un fin stratège politique. Sa gestion fantasque, incontrôlable et, à l'occasion, provocatrice des rapports avec son voisin russe - avec les conséquences que l'on sait - en est une vivante illustration.
L'éditorial du quotidien économique la Tribune du 12 août 2008 par Pascal AUBERT
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