Les Palestiniens enterrent leur poète Mahmoud Darwich

Publié le par Jihad WACHILL

Une cérémonie d’adieu avait eu lieu en Jordanie, en présence de nombreux dignitaires, avant le transfert de la dépouille du grand poète de 67 ans à Ramallah, en Cisjordanie.

« Le vent dans les amandiers en fleurs » était le véritable hymne palestinien pour Mah­moud Darwich.

Le grand poète, décédé le 9 août aux États-Unis, a été enterré hier à Ramallah lors de funérailles nationales, les plus imposantes depuis les obsèques de Yasser Arafat en 2004. Femmes voilées et jeunes filles cheveux au vent se pressaient sur son cercueil recouvert du drapeau palestinien dans l’enceinte de la Mouqqata, la présidence palestinienne. Son corps a ensuite été déposé dans une tombe creusée à la hâte, près du Palais de la culture, où il avait donné sa dernière lecture, le mois dernier. Un lieu finalement préféré à son village natal d’Al-Birweh, en Galilée, dans le nord d’Israël.

« Mahmoud Darwich n’est pas un homme ordinaire. Il est mon identité. Ses poèmes parlent de moi, de ma terre, de mes blessu­res, de l’occupation que je subis et de tout ce qui fait ma vie » , confie Ala, jeune Palestinien d’une ving­taine d’années, qui peine à retenir ses larmes. La mort de Mahmoud Darwich dans un hôpital de Houston a surpris les habitants de Ramallah qui avaient l’habitude de le croiser dans les cafés de la ville. « Sa mort laisse un grand vide. C’est l’un des derniers pères fondateurs de l’identité palestinienne qui disparaît après Yasser Arafat, Edward Saïd (1) ou Georges Habache (2) . Son départ nous laisse de plus en plus orphelins, aban­donnés à des dirigeants qui ne sont pas à la hau­teur dans un contexte de division où la perspective d’un État s’éloigne de plus en plus » , estime Hassan Balawi, journaliste pa­lestinien. « Nous n’avons pas d’État et nous vivons sous occupation, alors nous nous accrochons au symbole de notre exis­tence qu’était Mahmoud Darwich » , renchérit Abed Jobeh, le directeur du cen­tre culturel où le poète avait son bureau. Sa table de travail est telle qu’il l’avait laissée, encombrée de livres et de feuilles de papiers. « Il n’utilisait jamais d’ordi­nateur et changeait même de stylo à chaque poème. » Abed Jobeh se souvient que le poète était parfois « irrité par la surinterpréta­tion de ses écrits ». Il disait à propos du poème sur sa mère : « Les gens sont con­vaincus que je parle de la Palestine, mais je ne parle que de ma mère. »

Ces dernières années, l’auteur de la déclaration d’indépendance palesti­nienne de 1988, qui avait claqué la porte de l’OLP pour exprimer son dé­saccord avec les accords d’Oslo, prenait ses dis­tances avec la politique. «Nous sommes devenus des victimes déguisées en bourreaux » , écrivait-il à propos des affrontements interpalestiniens. « Il était très affecté par la division des Palesti­niens. Selon lui, le Hamas et le Fatah auraient dû présenter des excuses au peuple palestinien pour avoir brisé l’image de la Palestine aux yeux du monde » , se souvient Mah­moud Abou Hashhash, écrivain à Ramallah. «Ces derniers temps, sa poésie était devenue plus mature, plus personnelle. Il parlait davantage de la vie quotidienne avec des mots simples. Il avait atteint un sommet. »

Karim LEBHOUR dans la Croix du 14 août 2008

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Publié dans Machreck et Maghreb

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