Moscou prêt à revenir sur ses positions d’avant-guerre

Publié le par Jihad WACHILL

Géorgie : L’Élysée a confirmé hier une annonce du Kremlin, tandis que tout laisse penser que Washington et Berlin ne sont pas satisfaits par l’accord en six points négocié par la France.

Vingt-quatre heures après avoir signé l’accord en six points négocié par la France, « le président Medvedev a annoncé dans un entretien téléphonique au président Sarkozy que le retrait des troupes russes commencera ce lundi 18 août en milieu d’après-midi », a indiqué hier un communiqué de l’Élysée. Le président Sarkozy, précise le communiqué, « a mis en garde le président Medvedev contre les conséquences graves qu’une non-exécution rapide et complète de l’accord de cessez-le-feu aurait sur les relations de la Russie avec l’Union européenne ». Les deux chefs d’État se sont accordés « sur le déploiement dans les meilleurs délais d’observateurs internationaux de l’OSCE ». Le point 5 de cet accord stipule en effet que les forces russes doivent se retirer « sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités » du 6 août.

Un soutien international

La teneur de ce communiqué semble indiquer que Paris, qui a négocié avec les deux parties en conflit, a entendu le message de ses alliés et cherche de ce fait à ne pas perdre la main. En effet, juste après que la Russie et la Géorgie ont donné leur accord au plan en six points, Washington, qui était resté en retrait, est entré dans le jeu. Après des entretiens avec Nicolas Sarkozy, Condoleezza Rice s’est rendue à Tbilissi pour assurer le président Saakachvili du soutien des États-Unis et lui dire que la candidature géorgienne à l’OTAN était toujours à l’ordre du jour.

La secrétaire d’État, qui avait qualifié sans rire les opérations militaires russes de « disproportionnées », a estimé que la Russie doit retirer ses troupes de Géorgie. Lundi, avant de s’envoler pour Moscou afin de discuter du conflit russo-géorgien, Condoleezza Rice participera à une réunion ministérielle de l’OTAN sur la Russie, à Bruxelles, où la question de l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à l’Alliance atlantique sera évoquée. Angela Merkel, qui a devancé Rice à Moscou, avant de se rendre à Tbilissi, a affirmé devant le président russe que « le point de départ dans le règlement de la crise doit être l’intégrité territoriale de la Géorgie », y compris de l’Ossétie du Sud. Hier à Tbilissi, où elle était en visite, elle a déclaré contre toute attente que « la Géorgie sera membre de l’OTAN, si elle le veut, et c’est ce qu’elle veut », alors qu’en avril dernier, lors du sommet de l’Alliance atlantique, elle s’était opposée au lancement immédiat de son processus d’adhésion ainsi qu’à celui de l’Ukraine !

La montée au créneau de Washington et de Berlin, mais aussi de Londres qui a appelé à un réexamen des relations entre l’UE et la Russie, semble indiquer que les principales capitales occidentales ne sont pas satisfaites par l’accord en six points négocié par la France. À leurs yeux sans doute il ferait la part trop belle à la Russie et consacrerait de fait la nouvelle donne géopolitique en train de se dessiner dans le Caucase. Sinon comment expliquer le fait que ces capitales se soient soudainement mises en ordre de marche dès lors que Washington a donné le ton, allant jusqu’à menacer en des termes à peine voilés la Russie d’expulsion du G8 au cas où elle maintiendrait ses forces en Géorgie ?

Une signature accélérée

Il n’en reste pas moins que le conflit entre Moscou et Tbilissi a accéléré la signature de l’accord entre la Pologne et les États-Unis pour la mise en place du bouclier antimissile et précipité l’annonce de l’Ukraine du prêt de ses radars de défense antimissiles aux pays européens qui seraient intéressés ! En parallèle, le président ukrainien Viktor Iouch- tchenko a demandé à la Russie d’entamer des pourparlers sur la flotte de la mer noire basée à Sébastopol en Crimée.

S’en tenant à l’accord en six points qui ne stipule nulle part que les forces russes doivent se retirer de l’Ossétie du Sud, Moscou n’est pas prêt à obtempérer. D’autant que le point 6 de ces accords formule on ne peut plus clairement « l’ouverture de discussions internationales sur le statut futur et les modalités de sécurité durable en Abkhazie et en Ossétie du Sud ». En clair, les tensions provoquées par l’intervention militaire de Saakachvili en Ossétie du Sud ne sont pas près de se dissiper.

Hassane ZERROUKY dans l'Humanité du 18 août 2008
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Publié dans Europe orientale

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