La crise institutionnelle bolivienne ne connaît pas de trêve
La Paz : Le gouvernement d’Evo Morales plaide pour la tenue de référendums censés refonder le pays en dépit d’un avis défavorable de la Cour nationale électorale.
L’exécutif bolivien a décidément bien du mal à concrétiser la refonte du pays. En proie ces derniers mois au séparatisme droitier et raciste des riches régions de l’Est du pays, le gouvernement d’Evo Morales fait face désormais à une décision de la Cour nationale électorale (CNE) pour le moins curieuse. Réunie lundi en session plénière, la CNE a décidé de suspendre les référendums sanctionnant la nouvelle Constitution et la réforme agraire prévus le 7 décembre prochain, mais également l’élection des préfets de La Paz et de Cochabamba révoqués le 10 août dernier ainsi que celle des sous-préfets des 112 provinces. L’institution a également ordonné l’organisation d’un nouveau recensement national électoral. « Nous ne pourrons administrer ni exécuter » le référendum constitutionnel, a sommairement commenté le président du CNE, José Luis Exeni, estimant qu’il revenait au Congrès de convoquer une telle consultation.
Bien que non contraignante, la décision de la CNE a pris de court le gouvernement d’Evo Morales qui, le 28 août dernier, avait pourtant promulgué deux décrets appelant à la tenue de ces référendums. Depuis Téhéran où il effectue une visite officielle, le président bolivien n’a pas mâché ses mots, en parlant de choix « subordonnés à la droite libérale ». Il invoque un préjudice « au processus de changement et à l’administration de l’État dans sa recherche d’égalité entre les Boliviens ».
En gravant dans le marbre les nationalisations des ressources naturelles ou encore les réformes sociales au nom de la péréquation, la nouvelle Constitution, dont certaines parties sont matières à critiques, constitue une réelle rupture avec le modèle néolibéral. Son accouchement aura été plus que laborieux en raison de l’obstruction systématique de Podemos (droite). Le texte, censé refonder le pays en tournant la page à l’héritage colonialiste et inégalitaire, est sans nul doute l’une des mesures les plus attendues par les organisations sociales qui soutiennent le chef de l’État. Ces dernières, d’ailleurs, regroupées au sein de la coordination nationale pour le changement, se réunissaient, hier, à Santa Cruz, pour élaborer une stratégie commune de soutien aux référendums.
De son côté, le vice-président Alvaro Garcia, a annoncé que le cabinet se réunirait en urgence pour évaluer la décision de la CNE avant que le Parlement ne se prononce sur la question. Dans les rangs du MAS, le parti présidentiel, la crainte d’un regain de violence orchestré par les comités civiques des régions autonomistes de l’orient bolivien, n’était pas écartée. Le gouvernement a d’ailleurs dépêché l’armée à Santa Cruz et à Tarija, fiefs de l’opposition et berceaux des richesses naturelles, en vue de sécuriser les administrations publiques et les gisements gaziers et pétroliers à l’heure où les provinces frondeuses manifestent contre l’impôt sur les hydrocarbures (IDH), aujourd’hui gage d’avancée sociale pour les plus démunis.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 4 septembre 2008
L’exécutif bolivien a décidément bien du mal à concrétiser la refonte du pays. En proie ces derniers mois au séparatisme droitier et raciste des riches régions de l’Est du pays, le gouvernement d’Evo Morales fait face désormais à une décision de la Cour nationale électorale (CNE) pour le moins curieuse. Réunie lundi en session plénière, la CNE a décidé de suspendre les référendums sanctionnant la nouvelle Constitution et la réforme agraire prévus le 7 décembre prochain, mais également l’élection des préfets de La Paz et de Cochabamba révoqués le 10 août dernier ainsi que celle des sous-préfets des 112 provinces. L’institution a également ordonné l’organisation d’un nouveau recensement national électoral. « Nous ne pourrons administrer ni exécuter » le référendum constitutionnel, a sommairement commenté le président du CNE, José Luis Exeni, estimant qu’il revenait au Congrès de convoquer une telle consultation.
Bien que non contraignante, la décision de la CNE a pris de court le gouvernement d’Evo Morales qui, le 28 août dernier, avait pourtant promulgué deux décrets appelant à la tenue de ces référendums. Depuis Téhéran où il effectue une visite officielle, le président bolivien n’a pas mâché ses mots, en parlant de choix « subordonnés à la droite libérale ». Il invoque un préjudice « au processus de changement et à l’administration de l’État dans sa recherche d’égalité entre les Boliviens ».
En gravant dans le marbre les nationalisations des ressources naturelles ou encore les réformes sociales au nom de la péréquation, la nouvelle Constitution, dont certaines parties sont matières à critiques, constitue une réelle rupture avec le modèle néolibéral. Son accouchement aura été plus que laborieux en raison de l’obstruction systématique de Podemos (droite). Le texte, censé refonder le pays en tournant la page à l’héritage colonialiste et inégalitaire, est sans nul doute l’une des mesures les plus attendues par les organisations sociales qui soutiennent le chef de l’État. Ces dernières, d’ailleurs, regroupées au sein de la coordination nationale pour le changement, se réunissaient, hier, à Santa Cruz, pour élaborer une stratégie commune de soutien aux référendums.
De son côté, le vice-président Alvaro Garcia, a annoncé que le cabinet se réunirait en urgence pour évaluer la décision de la CNE avant que le Parlement ne se prononce sur la question. Dans les rangs du MAS, le parti présidentiel, la crainte d’un regain de violence orchestré par les comités civiques des régions autonomistes de l’orient bolivien, n’était pas écartée. Le gouvernement a d’ailleurs dépêché l’armée à Santa Cruz et à Tarija, fiefs de l’opposition et berceaux des richesses naturelles, en vue de sécuriser les administrations publiques et les gisements gaziers et pétroliers à l’heure où les provinces frondeuses manifestent contre l’impôt sur les hydrocarbures (IDH), aujourd’hui gage d’avancée sociale pour les plus démunis.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 4 septembre 2008
Publicité