Hugo FERNANDEZ ARAOZ : « Il faut respecter le verdict des Boliviens »

Publié le par Jihad WACHILL

Bolivie : Hugo FERNANDEZ ARAOZ est vice-ministre des Relations extérieures de Bolivie. Présent à la Fête de l’Humanité, il revient sur les raisons de la crise que traverse son pays.

Ces derniers jours le département de Pando a été le théâtre de violences, point culminant d’une crise politique qui ne cesse de s’aiguiser après les référendums d’autonomie et les consultations révocatoires. Comment l’expliquez-vous ?

Hugo Fernandez Araoz. On ne peut accorder la même valeur au référendum révocatoire et aux consultations dans les départements en faveur d’un statut d’autonomie. Légalement, ces consultations n’étaient pas valides et ont été marquées par une très forte abstention. Cette question des autonomies a été instrumentalisée pour mettre en échec les discussions sur la Constitution (soumise à référendum le 7 décembre NDLR). Et tous les prétextes ont été bons pour freiner ce processus. Par ailleurs, il faut lire dans les résultats du référendum révocatoire, à l’issue duquel Evo Morales a été ratifié par les deux tiers de la population, l’expression d’un appui majoritaire aux réformes mises en avant par le président. Celles-ci étaient déjà présentes dans le programme électoral du MAS qui, lui-même, a été approuvé par 54 % de la population lors de l’élection présidentielle. Il y a donc à chaque fois moins d’arguments pour empêcher le processus constituant. Le seul moyen est d’avoir recours à la violence. Il s’agit d’une violence excessive, très localisée dans des secteurs urbains et exécutés par des groupes de choc organisés. Le fait même d’appeler à recueillir le point de vue du peuple à travers des référendums révocatoires était une manière de ne pas entrer dans une escalade de violences. Comme dans tout régime démocratique, une fois que le peuple s’est exprimé, il faut accepter le verdict. Nous ne pouvons accepter que des groupes minoritaires s’arrogent le droit d’user de la violence pour imposer leur point de vue.

Et concernant l’expulsion de l’ambassadeur des États-Unis ?


Hugo Fernandez Araoz. L’ambassadeur des États-Unis a été expulsé au motif d’ingérence dans les affaires internes du pays. Cela ne veut pas dire qu’il est différent des autres ambassadeurs nord-américains que nous avons eus par le passé. Et qu’il a été le seul à le faire. L’ingérence des États-Unis est un fait constant, et pas seulement en Bolivie. Nous réclamons un changement d’attitude. L’opposition peut faire part de ses désaccords et avancer des alternatives mais l’insulte ne relève pas de la conduite démocratique. Nous ne pouvons tolérer qu’un ambassadeur ne sache pas faire cette distinction.

Sur quoi repose la nature du conflit ?

Hugo Fernandez Araoz. Nous sommes face à l’aveuglement d’une opposition qui n’a pas de proposition alternative aux réformes. Elles sont inévitables parce que soutenues majoritairement par la population. Dans un processus normal, nous pourrions discuter afin de trouver un compromis. Mais la négociation ne peut reposer sur un 50-50. Car l’expression populaire est de deux tiers en faveur du gouvernement et de un tiers pour l’opposition. Elle doit revoir ses demandes en fonction de ce qu’elle représente. Des particularités régionales peuvent exister si elles répondent à la volonté de la population. Mais les autonomies sont parties intégrantes d’un tout.

L’opposition en appelle à l’arbitrage de l’ONU. Croyez-vous que cela permettrait de surmonter la crise politique ?

Hugo Fernandez Araoz. Le pays connaît deux types de crise. L’une touche principalement l’opposition, qui est de plus en plus isolée. Elle sait qu’il va lui falloir renoncer à ses privilèges avec la mise en place de la nouvelle Constitution. Le recours à la violence est un moyen de résoudre ses problèmes internes et dans le même temps d’empêcher le gouvernement d’avancer dans ses réformes. Cela provoque une crise dans le pays. Pour le gouvernement, cette seconde crise doit être réglée par la voie de la négociation. Les Boliviens ont la capacité de résoudre par eux-mêmes leurs affaires internes. Nous avons appelé un groupe de pays dits « les amis de Bolivie », à savoir l’Argentine, le Brésil et la Colombie, à agir de manière active pour faciliter ce dialogue. L’Organisation des États américains a également réitéré des appels en ce sens. Nous estimons l’expression de sympathie de l’ONU à notre égard mais le problème n’est pas celui d’une pacification. Il s’agit de volonté politique à dialoguer.

Entretien réalisé par Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 16 septembre 2008
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Publié dans Amérique latine

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