L’OTAN s’invite de nouveau dans le Caucase
C’est presque devenu un rituel. Chaque fois que l’UE négocie un accord avec Moscou pour dégager une solution à la crise russo-géorgienne, l’OTAN pointe le bout du nez comme pour bien signifier les limites que l’UE ne doit pas dépasser. Le 13 août, Moscou et Tbilissi signaient le plan en six points présenté par Nicolas Sarkozy au nom de l’UE. Moins de cinq jours après, le 19 août à Bruxelles, à la demande de Washington, la réunion des ministres des Affaires étrangères des 26 pays membres de l’OTAN s’est traduite par deux mesures : d’une part, l’adoption d’une déclaration appuyant la Géorgie et condamnant l’usage de la force par Moscou dans son différent avec Tbilissi et, d’autre part, la création d’une commission OTAN-Géorgie, afin de resserrer les liens entre l’OTAN et Tbilissi. Reste que cette intrusion de l’OTAN dans la crise russo-géorgienne a surtout permis aux États-Unis de se replacer dans la crise du Caucase et de ne pas laisser l’UE s’enferrer dans un tête-à-tête avec Moscou sans qu’ils aient leur mot à dire ! Le 9 septembre, au terme d’une visite à Moscou et Tbilissi, juste après la réunion du Conseil européen du 1er septembre, Nicolas Sarkozy convient avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, d’un accord portant sur un calendrier de retrait des forces russes de Géorgie (hors Ossétie et Abkhazie) d’ici au 10 octobre.
Hier, moins d’une semaine après, une délégation de l’OTAN, comprenant les ambassadeurs des 26 pays membres, conduite par son secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, est arrivée à Tbilissi et a tenu la première réunion de la commission OTAN-Géorgie. Dans un entretien au Financial Times, Scheffer n’a pas manqué de relever que l’accord conclu le 9 septembre par Nicolas Sarkozy autorisant une présence militaire russe en Ossétie du Sud et en Abkhazie allait à l’encontre de celui signé le 13 août dernier. Comprendre : l’OTAN n’est pas satisfaite de l’accord conclu avec la Russie sous l’égide de la France, la présence des forces russes dans les deux ex-provinces géorgiennes est qualifiée d’inacceptable par l’OTAN. « Je ne considère pas qu’il s’agit d’un retour au statu quo », a martelé le secrétaire général de l’OTAN.
Cette nouvelle intrusion de l’OTAN dans la crise du Caucase n’a pas été du goût de Moscou. Son ambassadeur à l’OTAN, Dmitri Rogozine, qui a vainement appelé l’Alliance à annuler une visite qui risquait, selon lui, d’être « interprétée par le président Saakachvili comme un soutien politique et militaire total », ne s’y est pas totalement trompé. Côté géorgien, Alexandre Lomaïa, secrétaire du Conseil national de sécurité, n’a pas manqué de relever que, « la marche de la Géorgie vers l’OTAN est irréversible » et que « la Russie a manqué l’objectif de son agression qui était d’empêcher la Géorgie d’intégrer l’Alliance ».
Certes, pour l’heure, il n’est pas question du MAP (plan en vue de l’adhésion) qui accorde le statut formel de candidat à Tbilissi, mais pour Moscou, c’est tout comme. Vendredi, le président russe, Dmitri Medvedev, a prévenu que la Russie aurait agi contre la Géorgie même si celle-ci avait obtenu le MAP !
Quoi qu’il en soit, le séjour de la délégation de l’OTAN en Géorgie ravive dangereusement la tension dans la région. Ébranlé par la réaction brutale de Moscou aux premiers jours du conflit, contraint par l’UE de signer un accord de paix qui ne le satisfaisait pas, le président géorgien, Édouard Saakachvili, n’en attendait pas tant. Le voilà remis en selle par la volonté de George Bush dont le nom a été donné à la voie rapide reliant l’aéroport international à la capitale géorgienne, et par celle du bras armé des États-Unis, l’OTAN. Car Washington n’a pas renoncé à faire main basse sur le Caucase et, partant, sur l’Asie centrale, que Moscou considère comme sa profondeur stratégique.
Hier, après avoir reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et celle de l’Abkhazie, le président russe a annoncé qu’il allait signer des accords de coopération militaire avec ces deux régions où la Russie maintient 7 600 soldats.
Hassane ZERROUKY dans l'Humanité du 16 septembre 2008