Bolivie : le conflit se désamorce ?

Publié le par Jihad WACHILL

La Paz : Après des mois de graves tensions, le gouvernement d’Evo MORALES et l’opposition sécessionniste de droite entament aujourd’hui des pourparlers.

Un premier pas vers la conciliation a été franchi, mardi, en Bolivie après la signature d’un préaccord de dialogue entre le gouvernement d’Evo Morales et l’autoproclamé Conseil national démocratique (CONALDE), regroupant les cinq préfets sécessionnistes de droite des riches provinces orientales. Les pourparlers, qui débutent aujourd’hui à Cochabamba, ont été encouragés par les voisins de la région, « unanimes (…) pour défendre la démocratie d’un peuple frère », a déclaré la présidente chilienne, Michelle Bachelet.

La crise politico-institutionnelle de ces derniers mois, entre le président socialiste et l’opposition ultralibérale, avait gravement dégénéré ces derniers jours avec la mort de 15 personnes, principalement des soutiens d’Evo Morales, dans le département de Pando. L’arrestation du préfet de cette province, Leopoldo Fernandez, a d’ailleurs fait craindre, dans un premier temps, une rupture des discussions. Selon les bases du document signé, les parties s’engagent à un processus de pacification devant conduire à la levée des barrages routiers et des occupations des administrations publiques ainsi que des installations pétrolières par les partisans de l’opposition.

Les négociations, qui se dérouleront en présence de médiateurs de l’Union des États sud-américains (UNASUR), de l’Organisation des États américains, de l’Union européenne, des Nations unies et de l’Église catholique, porteront sur trois questions, à l’origine de la crise : les autonomies régionales, la nouvelle constitution et l’impôt direct sur les hydrocarbures (IDH). Les parties devront s’entendre sur une nouvelle administration territoriale avec la mise en place de l’autonomie départementale mais dans le respect du cadre constitutionnel. Un point d’achoppement reste en raison du caractère illégal des référendums d’autonomie organisés ces mois derniers par les préfets frondeurs. Par ailleurs, l’adoption de la nouvelle constitution, prévue le 7 décembre prochain, devrait être encore repoussée d’un mois, a décidé le gouvernement en signe de bonne volonté.

Enfin, sur proposition de l’exécutif, un pacte fiscal devrait être signé afin de permettre aux départements de percevoir l’IDH, à la condition que les préfets garantissent le financement de la pension Dignité aux retraités grâce à cette levée. Cette réforme sociale avait largement alimenté les divisions entre La Paz et les régions orientales, ces dernières pourtant pourvues des principales ressources naturelles du pays refusant cette nouvelle redistribution des richesses.

En revanche, le gouvernement a annoncé qu’il n’y aurait pas d’impasse sur le travail de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les événements meurtriers survenus à Pando.

Ce début de dialogue garantit un retour à la « normale et à la tranquillité », a estimé le ministre du Gouvernement, Alfredo Rada. Mais il représente également selon lui « un grand échec » des actions contre la démocratie de la part de l’opposition. Il faut dire qu’au terme du sommet de l’UNASUR, réuni lundi à Santiago du Chili, tous les présidents sud-américains ont renouvelé leur soutien à leur homologue bolivien, isolant et discréditant par là même, les préfets sécessionnistes. De quoi conforter Evo Morales, après des mois de bras de fer.

Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 18 septembre 2008
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Publié dans Amérique latine

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