Goodyear, la direction contrainte d’attendre
Automobile : La justice vient d’ordonner la mise en place d’une expertise sur les conséquences sociales de la restructuration.
Coup de frein dans le plan social pour l’usine de pneumatique. Hier, le tribunal de grande instance d’Amiens a débouté la direction de Goodyear-Dunlop qui l’avait saisi pour faire annuler une demande d’expertise sur les conséquences de la suppression de 402 des 1 400 emplois, demandée cet été par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du site d’Amiens-Nord. Après le refus des salariés de passer aux 4 × 8, la direction avait prétexté en juillet « n’avoir d’autre choix que de licencier. »
« Cette décision de justice remet complètement en jeu le plan social, se félicite Mickaël Wamen, délégué CGT. Non seulement les délais de la direction (une liste provisoire de licenciés devait être arrêtée fin septembre et les courriers partir dès fin octobre - NDLR) ne seront pas tenus mais, selon les conclusions de cette nouvelle étude, la direction pourrait être obligée de revoir sa copie. » Légalement, la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi nécessite en effet un avis du comité d’entreprise (CE) et du CHSCT. Si le premier a été rendu au printemps, la direction se serait bien assise sur le second. La justice vient d’en décider autrement. Le cabinet de conseil indépendant qui devrait être mandaté par le CHSCT d’ici à la fin de semaine a désormais quarante-cinq jours pour répondre à une question : quel va être l’impact précis de la restructuration sur les conditions de travail dans l’usine Goodyear ?
Virgilio Mota Da Silva, délégué SUD, lui, n’a aucun doute : « Cette restructuration, ce serait une mise à mort de l’usine. » Le syndicaliste s’appuie sur les conclusions du cabinet indépendant Alpha Conseil, qui a réalisé l’expertise demandée par le CE. « Les hypothèses (émises par la direction - NDLR) peuvent mener dans l’impasse : intensification du travail pour les salariés, désorganisation générale, polyvalence mal maîtrisée, ressources trop réduites ne permettant pas un bon entretien des équipements qui, de surcroît, sont vieillissants. (…) Avec cette restructuration, il y aurait un risque réel et fort d’incapacité du site à fonctionner avec ces postes supprimés », pointe l’étude confidentielle dont l’Humanité s’est procuré copie. Pour Alpha Conseil, « il n’est pas démontré la nécessité économique de réorganiser l’entreprise ». Car l’unique raison des difficultés rencontrées à Amiens, « c’est le sous-investissement chronique » qui a engendré une chute des volumes. « Depuis 2005, les investissements réalisés accusent un retard de plus de 50 % par rapport à la moyenne des autres unités européennes de Goodyear », constate l’expertise, qui remet aussi en cause l’alarmisme de Goodyear sur la dégradation du marché. Plus grave enfin, le cabinet soupçonne la direction d’enjoliver artificiellement la viabilité économique de la restructuration. « L’augmentation du coût de production engendrée par la forte réduction des productions sur Amiens-Nord serait ainsi à peine équilibrée par les économies réalisées sur le transfert des productions dans les pays de l’Est. Dans ces conditions, il nous apparaît impossible de conclure que cette restructuration est nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de Goodyear. » Bref, on est loin, très loin de la position du PDG Olivier Rousseau : « ces délais supplémentaires dégradent encore la compétitivité de l’usine dans un marché difficile. »
Christelle CHABAUD dans l'Humanité du 18 septembre 2008
Coup de frein dans le plan social pour l’usine de pneumatique. Hier, le tribunal de grande instance d’Amiens a débouté la direction de Goodyear-Dunlop qui l’avait saisi pour faire annuler une demande d’expertise sur les conséquences de la suppression de 402 des 1 400 emplois, demandée cet été par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du site d’Amiens-Nord. Après le refus des salariés de passer aux 4 × 8, la direction avait prétexté en juillet « n’avoir d’autre choix que de licencier. »
« Cette décision de justice remet complètement en jeu le plan social, se félicite Mickaël Wamen, délégué CGT. Non seulement les délais de la direction (une liste provisoire de licenciés devait être arrêtée fin septembre et les courriers partir dès fin octobre - NDLR) ne seront pas tenus mais, selon les conclusions de cette nouvelle étude, la direction pourrait être obligée de revoir sa copie. » Légalement, la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi nécessite en effet un avis du comité d’entreprise (CE) et du CHSCT. Si le premier a été rendu au printemps, la direction se serait bien assise sur le second. La justice vient d’en décider autrement. Le cabinet de conseil indépendant qui devrait être mandaté par le CHSCT d’ici à la fin de semaine a désormais quarante-cinq jours pour répondre à une question : quel va être l’impact précis de la restructuration sur les conditions de travail dans l’usine Goodyear ?
Virgilio Mota Da Silva, délégué SUD, lui, n’a aucun doute : « Cette restructuration, ce serait une mise à mort de l’usine. » Le syndicaliste s’appuie sur les conclusions du cabinet indépendant Alpha Conseil, qui a réalisé l’expertise demandée par le CE. « Les hypothèses (émises par la direction - NDLR) peuvent mener dans l’impasse : intensification du travail pour les salariés, désorganisation générale, polyvalence mal maîtrisée, ressources trop réduites ne permettant pas un bon entretien des équipements qui, de surcroît, sont vieillissants. (…) Avec cette restructuration, il y aurait un risque réel et fort d’incapacité du site à fonctionner avec ces postes supprimés », pointe l’étude confidentielle dont l’Humanité s’est procuré copie. Pour Alpha Conseil, « il n’est pas démontré la nécessité économique de réorganiser l’entreprise ». Car l’unique raison des difficultés rencontrées à Amiens, « c’est le sous-investissement chronique » qui a engendré une chute des volumes. « Depuis 2005, les investissements réalisés accusent un retard de plus de 50 % par rapport à la moyenne des autres unités européennes de Goodyear », constate l’expertise, qui remet aussi en cause l’alarmisme de Goodyear sur la dégradation du marché. Plus grave enfin, le cabinet soupçonne la direction d’enjoliver artificiellement la viabilité économique de la restructuration. « L’augmentation du coût de production engendrée par la forte réduction des productions sur Amiens-Nord serait ainsi à peine équilibrée par les économies réalisées sur le transfert des productions dans les pays de l’Est. Dans ces conditions, il nous apparaît impossible de conclure que cette restructuration est nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de Goodyear. » Bref, on est loin, très loin de la position du PDG Olivier Rousseau : « ces délais supplémentaires dégradent encore la compétitivité de l’usine dans un marché difficile. »
Christelle CHABAUD dans l'Humanité du 18 septembre 2008
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