Le droit au logement embourbé dans les promesses

Publié le par Jihad WACHILL

Habitat : Le collectif d’associations créé après le médiatique campement du canal Saint-Martin, en 2006, dénonce l’inertie des politiques en matière d’hébergement et de logement très social.

Elles y ont cru. Elles se disent aujourd’hui dépitées. La trentaine d’associations réunies en collectif pour la défense du droit au logement ont dit et répété leur désarroi, hier, quant au traitement réservé aux personnes sans abri ou mal logées. Depuis deux ans, rien - ou si peu - n’a avancé en matière de logement et d’hébergement, ont-elles dénoncé avant d’être reçues par le premier ministre.

« Nous nous sommes fait balader »

Leurs mots parlent de trahisons. À l’automne 2006, les Enfants de Don Quichotte campaient sur les bords du canal Saint-Martin, ont-elles rappelé. L’opération avait accéléré la prise en compte du mal-logement. Dans la foulée, les parlementaires avaient même adopté à l’unanimité la loi DALO, qui faisait du logement un droit opposable (lire ci-après). « Une avancée incontestable », souligne Hervé Ruggiero, directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). « Nous nous sommes engagées alors avec le sentiment d’être écouté », poursuit-il au nom des organisations. Mais les problèmes ont persisté et aujourd’hui le ton a changé. À l’heure de dresser le bilan, les espoirs font place à la rancoeur. « Nous nous sommes fait balader. Les politiques menées sont illisibles, incohérentes et contradictoires. »

Le collectif avait proposé cent mesures, jugées prioritaires dans le cadre d’un plan de relogement des sans-abri et des mal-logés. Neuf, seulement, ont été engagées. À peine la moitié de celles que François Fillon avait dit qu’il prendrait en urgence, en février dernier. « Nous demandions un dispositif de prévention des expulsions dans chaque département et l’interdiction de toute expulsion sans solution d’hébergement », illustre Claude Chaudière, porte-parole de l’Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (UNIOPSS). Sans effet. Christine Boutin, ministre du Logement, refuse même le moindre moratoire en la matière.

Un projet de loi « régressif »

Le volet portant sur l’hébergement des personnes à la rue n’est guère plus réjouissant, poursuit François Soulage, président du Secours catholique. « Certes, on a créé de l’hébergement de stabilisation, mais en le ponctionnant sur les places consacrées jusqu’alors à l’hébergement d’urgence. » Surtout, le dispositif sature. « Les logements très sociaux restent très insuffisants. Aucune sortie par le haut n’est possible. » Résultat : les centres d’accueil s’engorgent et laissent à la rue des milliers de personnes.

L’avenir ne réconforte pas plus les organisations. Christine Boutin leur a remis son avant-projet de loi pour le logement et la lutte contre les expulsions. « Aucune de nos propositions n’y figure », assure encore Hervé Ruggiero, tandis que Christophe Robert, de la Fondation Abbé-Pierre, y voit bien pire qu’une stagnation. « C’est un projet régressif. Il vide la loi SRU de son sens en assimilant l’accession à la propriété aux 20 % de logements sociaux obligatoires dans chaque commune. » Pour lui, l’impossibilité d’atteindre les objectifs promis est aujourd’hui une évidence. « Comment y parvenir, quand le gouvernement prévoit de baisser de 10 % le budget du logement et de la ville en 2009 ? »

Le collectif, hier, n’annonçait encore aucune action pour s’opposer à la situation. Mais dans la salle de la conférence de presse se trouvaient une dizaine de personnes sans abri qui, elles, levaient déjà le poing.

Marie-Noëlle BERTRAND dans l'Humanité du 18 septembre 2008
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Publié dans France - Logement

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