Géorgie : Rompre avec le nationalisme xénophobe
Tribune libre d'Alexandre ZOURABICHVILI, juriste, parue dans l'Humanité du 13 septembre 2008 :
Quelles peuvent être les conditions d’une paix durable au Caucase ?
La reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud était attendue depuis longtemps, en particulier par les populations de ces deux Républiques, victimes, depuis l’éclatement de l’URSS en 1991, de multiples attaques militaires lancées par les nationalistes géorgiens au pouvoir à Tbilissi. Les bombardements surprise dans la nuit du 7 au 8 août dernier, ordonnés par le président géorgien Saakachvili à l’encontre de l’Ossétie du Sud, se sont révélés particulièrement meurtriers pour la population civile. L’opération était officiellement baptisée « Champ propre ».
Deux causes complémentaires sont à l’origine de cette série d’agressions. La première tient aux efforts faits par les États-Unis pour accroître leur expansion militaire dans l’est de l’Europe, au-delà de leurs satellites polonais et tchèque, pour s’implanter durablement, avec l’OTAN, aux frontières mêmes de la Russie : en Ukraine, en Géorgie et en Asie centrale. Pour ce faire, les États-Unis utilisent des politiques locaux tels Iouchtchenko (Ukraine) ou Saakachvili, dont ils ont financé, par le biais de la NED et d’autres fondations, l’accession au pouvoir. Outre la présence de 130 instructeurs militaires, la Géorgie a reçu de Washington, pour la période 2006-2008, un crédit de 30,6 millions de dollars au titre de l’aide militaire, ainsi que 10 millions de dollars pour la préparation à l’entrée dans l’OTAN.
La seconde cause est la montée en Géorgie, dès la fin des années 1980, d’une idéologie nationaliste à tendance xénophobe. Cette idéologie s’est renforcée sous les présidences de Gamsakhourdia (1991-1992) et de Saakachvili (au pouvoir depuis 2004). Largement véhiculée dans les médias locaux, elle présente les Ossètes, non comme des citoyens géorgiens à part entière, mais comme des « invités » sans nom venus d’ailleurs du Caucase et occupant une terre géorgienne. Après la suppression en 1991 du statut d’autonomie de l’Ossétie du Sud, ont été mises en place des mesures destinées à réduire l’influence des cultures non géorgiennes de souche, en particulier dans l’enseignement : suppression de disciplines enseignées en langue ossète ou abkhaze, fermeture d’écoles, d’universités, fermeture de médias. Les mesures discriminatoires ont plus largement visé l’ensemble des minorités présentes en Géorgie : Abkhazes et Ossètes, mais aussi Arméniens, Azéris, Grecs, Kurdes, Ukrainiens… et Russes. Un exode progressif, hors du pays, de ces minorités s’est installé.
Dans ce contexte, l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud offre un cadre de sécurité et de stabilité aux populations concernées. Elle offre également l’opportunité d’un rapprochement avec la Russie par la voie d’accords, notamment économiques. On peut penser que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, sinistrées par des années de guerre et désireuses de se reconstruire, veuillent profiter de la croissance économique russe, et en particulier d’un effet d’aubaine créé par les jeux Olympiques d’hiver qui seront organisés en 2014 dans la toute proche ville russe de Sotchi (1 km de la frontière abkhaze).
Une paix durable à l’échelle de la région du Caucase requiert aussi un changement complet d’orientation à Tbilissi, en particulier l’abandon des politiques militaristes et de discrimination des minorités. Nombreux sont les Géorgiens qui ne partagent pas (ou plus) l’idéologie nationaliste xénophobe en place et qui sont avant tout préoccupés par leur niveau de vie en dégradation. Le pays, pauvre, continue d’afficher une volonté d’adhésion illusoire à l’Union européenne, un marché sur lequel il s’imagine pouvoir écouler ses tomates et son vin. Dans le même temps, la Géorgie se coupe de son grand marché naturel de proximité qu’est la Russie, actuellement en plein boom économique. En prenant appui sur les atouts de sa nature (mer et montagne) et ses liens historiques et culturels avec son grand voisin, le pays gagnerait, par exemple, à capter le marché saisonnier des millions de touristes russes qui lui préfèrent pour l’instant la Bulgarie et la Turquie voisine.
La logique du réalisme économique voudrait que la Géorgie se tourne à nouveau vers la Russie, pour des rapports étroits et mutuellement avantageux, plus que vers une Europe occidentale ou des États-Unis lointains. Cela servirait les intérêts de sa population et renforcerait les chances d’une paix durable au Caucase, au risque de déplaire à l’Oncle Sam.
Quelles peuvent être les conditions d’une paix durable au Caucase ?
La reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud était attendue depuis longtemps, en particulier par les populations de ces deux Républiques, victimes, depuis l’éclatement de l’URSS en 1991, de multiples attaques militaires lancées par les nationalistes géorgiens au pouvoir à Tbilissi. Les bombardements surprise dans la nuit du 7 au 8 août dernier, ordonnés par le président géorgien Saakachvili à l’encontre de l’Ossétie du Sud, se sont révélés particulièrement meurtriers pour la population civile. L’opération était officiellement baptisée « Champ propre ».
Deux causes complémentaires sont à l’origine de cette série d’agressions. La première tient aux efforts faits par les États-Unis pour accroître leur expansion militaire dans l’est de l’Europe, au-delà de leurs satellites polonais et tchèque, pour s’implanter durablement, avec l’OTAN, aux frontières mêmes de la Russie : en Ukraine, en Géorgie et en Asie centrale. Pour ce faire, les États-Unis utilisent des politiques locaux tels Iouchtchenko (Ukraine) ou Saakachvili, dont ils ont financé, par le biais de la NED et d’autres fondations, l’accession au pouvoir. Outre la présence de 130 instructeurs militaires, la Géorgie a reçu de Washington, pour la période 2006-2008, un crédit de 30,6 millions de dollars au titre de l’aide militaire, ainsi que 10 millions de dollars pour la préparation à l’entrée dans l’OTAN.
La seconde cause est la montée en Géorgie, dès la fin des années 1980, d’une idéologie nationaliste à tendance xénophobe. Cette idéologie s’est renforcée sous les présidences de Gamsakhourdia (1991-1992) et de Saakachvili (au pouvoir depuis 2004). Largement véhiculée dans les médias locaux, elle présente les Ossètes, non comme des citoyens géorgiens à part entière, mais comme des « invités » sans nom venus d’ailleurs du Caucase et occupant une terre géorgienne. Après la suppression en 1991 du statut d’autonomie de l’Ossétie du Sud, ont été mises en place des mesures destinées à réduire l’influence des cultures non géorgiennes de souche, en particulier dans l’enseignement : suppression de disciplines enseignées en langue ossète ou abkhaze, fermeture d’écoles, d’universités, fermeture de médias. Les mesures discriminatoires ont plus largement visé l’ensemble des minorités présentes en Géorgie : Abkhazes et Ossètes, mais aussi Arméniens, Azéris, Grecs, Kurdes, Ukrainiens… et Russes. Un exode progressif, hors du pays, de ces minorités s’est installé.
Dans ce contexte, l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud offre un cadre de sécurité et de stabilité aux populations concernées. Elle offre également l’opportunité d’un rapprochement avec la Russie par la voie d’accords, notamment économiques. On peut penser que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, sinistrées par des années de guerre et désireuses de se reconstruire, veuillent profiter de la croissance économique russe, et en particulier d’un effet d’aubaine créé par les jeux Olympiques d’hiver qui seront organisés en 2014 dans la toute proche ville russe de Sotchi (1 km de la frontière abkhaze).
Une paix durable à l’échelle de la région du Caucase requiert aussi un changement complet d’orientation à Tbilissi, en particulier l’abandon des politiques militaristes et de discrimination des minorités. Nombreux sont les Géorgiens qui ne partagent pas (ou plus) l’idéologie nationaliste xénophobe en place et qui sont avant tout préoccupés par leur niveau de vie en dégradation. Le pays, pauvre, continue d’afficher une volonté d’adhésion illusoire à l’Union européenne, un marché sur lequel il s’imagine pouvoir écouler ses tomates et son vin. Dans le même temps, la Géorgie se coupe de son grand marché naturel de proximité qu’est la Russie, actuellement en plein boom économique. En prenant appui sur les atouts de sa nature (mer et montagne) et ses liens historiques et culturels avec son grand voisin, le pays gagnerait, par exemple, à capter le marché saisonnier des millions de touristes russes qui lui préfèrent pour l’instant la Bulgarie et la Turquie voisine.
La logique du réalisme économique voudrait que la Géorgie se tourne à nouveau vers la Russie, pour des rapports étroits et mutuellement avantageux, plus que vers une Europe occidentale ou des États-Unis lointains. Cela servirait les intérêts de sa population et renforcerait les chances d’une paix durable au Caucase, au risque de déplaire à l’Oncle Sam.
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