Moscou et Caracas s'allient pour faire "contrepoids" aux USA
Accueilli par une pluie de contrats lors de sa visite en Russie, jeudi 25 et vendredi 26 septembre, le président vénézuelien Hugo Chavez a été choyé par les dirigeants russes. Mais malgré les promesses de coopérations - nucléaire, pétrolière, militaire -, l'homme fort de Caracas s'est bien gardé de faire le geste que Moscou attendait de lui : reconnaître les républiques séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
Convié, vendredi, par le président Dmitri Medvedev à observer le déroulement de manoeuvres militaires à Orenbourg (Oural), Hugo Chavez a seulement affirmé son soutien "entier, modeste mais tout à fait ferme" à l'intervention de Moscou en Géorgie, au mois d'août.
Le tandem au pouvoir en Russie a pourtant fait assaut d'amabilités. Reçu à dîner, jeudi, par le premier ministre Vladimir Poutine dans sa résidence de Novo Ogarievo, près de Moscou, Hugo Chavez s'est vu proposer une coopération dans le domaine de l'industrie nucléaire et un crédit d'un milliard de dollars (682 millions d'euros) pour des achats d'armes. Entre 2005 et 2007, Moscou et Caracas ont déjà signé douze contrats d'un montant de 4,4 milliards de dollars.
Après ses entretiens avec M. Poutine, M. Chavez a rejoint le président russe Dmitri Medvedev à Orenbourg. Là encore, la coopération militaire était au menu. "Je veux remercier le président vénézuélien pour l'organisation d'une visite d'entraînement pour nos bombardiers stratégiques T-160. Début novembre commenceront de larges manoeuvres militaires. Tout cela montre le caractère stratégique de nos relations", s'est félicité M. Medvedev.
Une flotte de navires de guerre russes et de bombardiers va effectuer des manoeuvres au Venezuela. Cet entraînement sans précédent depuis la guerre froide est censé faire écho à l'activité de l'OTAN à la périphérie russe.
Mus par leur détestation commune des Etats-Unis, Moscou et Caracas ambitionnent de former "un contrepoids solide à l'influence américaine", dit un communiqué du Kremlin. Grisée par sa victoire militaire en Géorgie, avide de tenir son rôle de grande puissance, la Russie met les bouchées doubles pour constituer un front du refus, alors que ses relations avec ses partenaires occidentaux sont au plus bas.
MM. Medvedev et Chavez se sont également entendus sur une coopération énergétique accrue. Un protocole a été signé entre le géant gazier russe Gazprom et la principale compagnie pétrolière vénézuélienne, Petroleos de Venezuela. Il prévoit "l'exploration de gisements, la construction d'infrastructures, la production et le raffinage du pétrole et du gaz" et offre des mécanismes pour "la coopération bilatérale non seulement au Venezuela, mais aussi dans d'autres pays d'Amérique latine, notamment en Bolivie", a précisé Gazprom. Cinq majors russes se sont engagées à développer d'ici à 2009 "le plus gros (consortium) du monde".
L'alliance de la Russie, deuxième exportateur de brut après l'Arabie saoudite, et du Venezuela, producteur de pétrole, a été mise en doute par des analystes économiques. Aucun des deux pays n'a la technologie suffisante pour mener à bien l'exploitation du brut. "Pourquoi devrions-nous aller au Venezuela ? Nous ferions mieux de développer notre propre industrie pour l'amener à un niveau mondial, de nous concentrer sur nos propres objectifs", explique Chirvani Abdoullaev, analyste en chef à la banque Alpha. De fait, la production pétrolière russe est en déclin.
Marie JEGO dans le Monde du 28 septembre 2008