Abdullah NAIBI : « Construire une alternative démocratique face aux islamistes »
Abdullah NAIBI est responsable du Mouvement pour l’avenir de l’Afghanistan, démocrate et progressiste.
Comment interprétez-vous les dernières déclarations du président afghan qui s’adressait au mollah Omar et à l’Arabie saoudite ?
Abdullah Naibi. Ce n’est pas la première fois que Hamid Karzaï fait appel aux taliban pour la réconciliation nationale. Les contacts ont toujours existé entre les différentes composantes des moudjahidin au pouvoir à Kaboul et les taliban. Le chef du Front national uni, Burhanuddin Rabbani, qui est une alliance des groupes non pachtounes des moudjahidin proches de l’Iran et de la Russie, a récemment divulgué ses contacts avec le mollah Omar dans le cadre de ce qu’il a appelé la fraternité islamique. D’autre part, la tenue de la grande loya jirga de la paix et de la sécurité des tribus pachtounes de part et d’autre de la frontière afghano-pakistanaise, il y a un an et demi, qui devait jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement de Karzaï et les taliban, s’est terminée par un échec. Tant que l’État pakistanais, organisateur et soutien historique des taliban, ne montre pas une volonté politique concernant la situation en Afghanistan, il n’y aura pas de paix et de stabilité dans cette région.
Il y a deux ans, Karzaï avait demandé à l’Arabie saoudite de jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement afghan et les taliban, Ryad ayant des relations très étroites avec le Pakistan. Cette fois-ci, c’est une demande des Britanniques via Karzaï. Mais, vu la prépondérance des islamistes au sein des services secrets pakistanais, je ne pense pas que ces négociations puissent aboutir.
Que peut-on dire sur la stratégie des taliban ?
Abdullah Naibi. Les taliban ont toujours formulé l’établissement d’un calendrier de retrait des forces armées étrangères de l’Afghanistan comme condition préalable à toute négociation. La situation économique catastrophique du pays, l’incapacité des autorités afghanes, la corruption qui règne à Kaboul créent un climat propice à la propagande des taliban et du parti islamique de Gulbuddin Hekmatyar. La stratégie des taliban a toujours été soutenue par le Pakistan. C’est une stratégie de déstabilisation de l’État afghan et d’affaiblissement de tout processus de formation d’un État solide en Afghanistan.
Que peut faire le mouvement démocratique afghan ?
Abdullah Naibi. Les deux forces politiques en présence, les moudjahidin au pouvoir et les taliban qui s’y opposent, ont le même caractère idéologique réactionnaire et antidémocratique. Les forces démocratiques et progressistes n’attendent rien de ce conflit entre deux composantes des forces moyenâgeuses. L’alternative démocratique est ce que nous appelons la formation d’un grand parti démocratique, patriotique et progressiste, qui réunit toutes les forces démocratiques afghanes pour l’instauration d’un vrai État démocratique en Afghanistan. Ces forces sont divisées, mais il y a un travail pour essayer de surmonter les divergences. Elles ont besoin du soutien de ceux qui veulent un véritable règlement du problème. Le Mouvement pour l’avenir de l’Afghanistan attend des instances du Parlement européen chargé du problème afghan l’ouverture de discussions pour étudier les nouvelles possibilités politiques dans notre pays.
Entretien réalisé par Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 1er octobre 2008
Comment interprétez-vous les dernières déclarations du président afghan qui s’adressait au mollah Omar et à l’Arabie saoudite ?
Abdullah Naibi. Ce n’est pas la première fois que Hamid Karzaï fait appel aux taliban pour la réconciliation nationale. Les contacts ont toujours existé entre les différentes composantes des moudjahidin au pouvoir à Kaboul et les taliban. Le chef du Front national uni, Burhanuddin Rabbani, qui est une alliance des groupes non pachtounes des moudjahidin proches de l’Iran et de la Russie, a récemment divulgué ses contacts avec le mollah Omar dans le cadre de ce qu’il a appelé la fraternité islamique. D’autre part, la tenue de la grande loya jirga de la paix et de la sécurité des tribus pachtounes de part et d’autre de la frontière afghano-pakistanaise, il y a un an et demi, qui devait jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement de Karzaï et les taliban, s’est terminée par un échec. Tant que l’État pakistanais, organisateur et soutien historique des taliban, ne montre pas une volonté politique concernant la situation en Afghanistan, il n’y aura pas de paix et de stabilité dans cette région.
Il y a deux ans, Karzaï avait demandé à l’Arabie saoudite de jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement afghan et les taliban, Ryad ayant des relations très étroites avec le Pakistan. Cette fois-ci, c’est une demande des Britanniques via Karzaï. Mais, vu la prépondérance des islamistes au sein des services secrets pakistanais, je ne pense pas que ces négociations puissent aboutir.
Que peut-on dire sur la stratégie des taliban ?
Abdullah Naibi. Les taliban ont toujours formulé l’établissement d’un calendrier de retrait des forces armées étrangères de l’Afghanistan comme condition préalable à toute négociation. La situation économique catastrophique du pays, l’incapacité des autorités afghanes, la corruption qui règne à Kaboul créent un climat propice à la propagande des taliban et du parti islamique de Gulbuddin Hekmatyar. La stratégie des taliban a toujours été soutenue par le Pakistan. C’est une stratégie de déstabilisation de l’État afghan et d’affaiblissement de tout processus de formation d’un État solide en Afghanistan.
Que peut faire le mouvement démocratique afghan ?
Abdullah Naibi. Les deux forces politiques en présence, les moudjahidin au pouvoir et les taliban qui s’y opposent, ont le même caractère idéologique réactionnaire et antidémocratique. Les forces démocratiques et progressistes n’attendent rien de ce conflit entre deux composantes des forces moyenâgeuses. L’alternative démocratique est ce que nous appelons la formation d’un grand parti démocratique, patriotique et progressiste, qui réunit toutes les forces démocratiques afghanes pour l’instauration d’un vrai État démocratique en Afghanistan. Ces forces sont divisées, mais il y a un travail pour essayer de surmonter les divergences. Elles ont besoin du soutien de ceux qui veulent un véritable règlement du problème. Le Mouvement pour l’avenir de l’Afghanistan attend des instances du Parlement européen chargé du problème afghan l’ouverture de discussions pour étudier les nouvelles possibilités politiques dans notre pays.
Entretien réalisé par Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 1er octobre 2008
Publicité