Moral en berne pour l’Afghanistan
Kaboul : Les services de renseignement américains réaffirment que la guerre ne sortira pas le pays de la crise.
À quelques heures de la réunion prévue jeudi des ministres de la Défense de l’OTAN à Budapest pour faire le point sur l’Afghanistan, un nouveau rapport des agences américaines de renseignement sur la situation dans le pays confortait les belligérants dans un pessimisme profond. « L’Afghanistan est plongé dans une spirale négative et il est peu probable que son gouvernement soit en mesure de contrer la résurgence des taliban », estime le document largement cité mercredi par le New York Times. Ce rapport classé confidentiel évoque un effondrement du pouvoir central accéléré par la corruption au sein du gouvernement du président Hamid Karzaï et l’augmentation des attaques menées par les insurgés depuis leurs bases arrière au Pakistan. Le quotidien, qui cite des sources américaines autorisées ayant eu accès à ce texte, précise qu’il s’agit de la version quasi définitive d’un « national intelligence estimate (NIE) », document établissant une synthèse des recherches menées par les 16 agences américaines de renseignement américain, attendu pour le mois de novembre, après l’élection présidentielle. Il s’agira, ajoute le journal, de l’évaluation la plus complète de la situation en Afghanistan remise depuis des années à l’administration des États-Unis. Au-delà des attaques et attentats commis par des activistes opérant depuis le Pakistan, ce rapport affirme que nombre des problèmes les plus lourds de l’Afghanistan trouvent leur origine dans l’administration même du pays. Sa conclusion en rajoute sur l’évaluation faite la semaine dernière par l’ambassadeur britannique à Kaboul, Sherard Cowper-Coles. Ce dernier avait directement mis en cause les forces des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan dont la présence même, aurait-il affirmé, « fait partie du problème, et non de la solution ». Alors qu’approche le septième anniversaire de l’invasion américaine du pays, le diplomate a déclaré : « La sécurité s’aggrave, de même que la corruption. Et le (gouvernement afghan du président Hamid Karzaï) a perdu toute confiance… Les forces étrangères assurent la survie d’un régime qui s’effondrerait sans elles. En agissant de la sorte, elles repoussent et compliquent une éventuelle sortie de la crise. » Le gouvernement britannique a affirmé que l’opinion de Cowper-Coles ne représentait pas sa position mais, dans une interview parue dans le Sunday Times, le général Mark Carleton-Smith, plus haut gradé britannique en Afghanistan, confortait l’idée du fiasco intégral. « Nous n’allons pas gagner cette guerre. Il s’agit de réduire le conflit à un niveau gérable d’insurrection qui ne soit pas une menace stratégique et qui puisse être maîtrisée par l’armée afghane », avait-il déclaré à l’hebdomadaire.
Du côté français, l’humeur est aussi maussade. Le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées françaises, disait mercredi soir partager « totalement » le sentiment qu’il n’y avait « pas de solution militaire à la crise afghane ». Interrogé sur la main tendue du président afghan Hamid Karzaï aux taliban, le général a assuré : « Il faut faire la paix des braves et tendre la main à l’adversaire. » Cette vision politique de sortie de crise fondée sur la négociation avec les taliban couronne la reconnaissance de l’échec de la guerre américaine depuis 2001. Pourtant Washington ne veut pas changer de ligne. Au contraire le candidat Obama prône un approfondissement du conflit et l’envoi de forces supplémentaires. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates lui prépare le terrain. Il doit demander à Budapest à ses 25 alliés atlantistes d’envoyer des troupes en renfort des quelque 50 700 soldats de la force internationale (ISAF) placée sous le commandement de l’OTAN depuis 2003. Un gonflement des effectifs de l’ISAF serait également envisagé en vue de l’élection présidentielle afghane prévue au second semestre 2009, suivie de législatives en 2010. Washington ne veut pas être le seul à y contribuer. La proposition ne fait pas l’unanimité parmi les alliés. Poursuivre des offensives comme celles menées ces derniers mois au cours desquelles les civils ont été durement touchés va à l’encontre de toutes les positions prises par les états-majors sur le terrain. Et la conclusion de l’enquête militaire rendue publique mercredi par le commandement central américain reconnaissant qu’au moins 33 civils avaient été tués lors d’un raid aérien de la coalition le 22 août en Afghanistan, ne porte guère l’espoir d’un changement de cap. À écouter le général américain Michael Callan, « l’utilisation de la force a eu lieu en légitime défense », elle était « nécessaire et proportionnelle aux informations dont disposait à ce moment le commandant » des forces engagées. Une justification du massacre qui sert d’autant la résurgence des taliban.
Dominique BARI dans l'Humanité du 10 octobre 2008
À quelques heures de la réunion prévue jeudi des ministres de la Défense de l’OTAN à Budapest pour faire le point sur l’Afghanistan, un nouveau rapport des agences américaines de renseignement sur la situation dans le pays confortait les belligérants dans un pessimisme profond. « L’Afghanistan est plongé dans une spirale négative et il est peu probable que son gouvernement soit en mesure de contrer la résurgence des taliban », estime le document largement cité mercredi par le New York Times. Ce rapport classé confidentiel évoque un effondrement du pouvoir central accéléré par la corruption au sein du gouvernement du président Hamid Karzaï et l’augmentation des attaques menées par les insurgés depuis leurs bases arrière au Pakistan. Le quotidien, qui cite des sources américaines autorisées ayant eu accès à ce texte, précise qu’il s’agit de la version quasi définitive d’un « national intelligence estimate (NIE) », document établissant une synthèse des recherches menées par les 16 agences américaines de renseignement américain, attendu pour le mois de novembre, après l’élection présidentielle. Il s’agira, ajoute le journal, de l’évaluation la plus complète de la situation en Afghanistan remise depuis des années à l’administration des États-Unis. Au-delà des attaques et attentats commis par des activistes opérant depuis le Pakistan, ce rapport affirme que nombre des problèmes les plus lourds de l’Afghanistan trouvent leur origine dans l’administration même du pays. Sa conclusion en rajoute sur l’évaluation faite la semaine dernière par l’ambassadeur britannique à Kaboul, Sherard Cowper-Coles. Ce dernier avait directement mis en cause les forces des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan dont la présence même, aurait-il affirmé, « fait partie du problème, et non de la solution ». Alors qu’approche le septième anniversaire de l’invasion américaine du pays, le diplomate a déclaré : « La sécurité s’aggrave, de même que la corruption. Et le (gouvernement afghan du président Hamid Karzaï) a perdu toute confiance… Les forces étrangères assurent la survie d’un régime qui s’effondrerait sans elles. En agissant de la sorte, elles repoussent et compliquent une éventuelle sortie de la crise. » Le gouvernement britannique a affirmé que l’opinion de Cowper-Coles ne représentait pas sa position mais, dans une interview parue dans le Sunday Times, le général Mark Carleton-Smith, plus haut gradé britannique en Afghanistan, confortait l’idée du fiasco intégral. « Nous n’allons pas gagner cette guerre. Il s’agit de réduire le conflit à un niveau gérable d’insurrection qui ne soit pas une menace stratégique et qui puisse être maîtrisée par l’armée afghane », avait-il déclaré à l’hebdomadaire.
Du côté français, l’humeur est aussi maussade. Le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées françaises, disait mercredi soir partager « totalement » le sentiment qu’il n’y avait « pas de solution militaire à la crise afghane ». Interrogé sur la main tendue du président afghan Hamid Karzaï aux taliban, le général a assuré : « Il faut faire la paix des braves et tendre la main à l’adversaire. » Cette vision politique de sortie de crise fondée sur la négociation avec les taliban couronne la reconnaissance de l’échec de la guerre américaine depuis 2001. Pourtant Washington ne veut pas changer de ligne. Au contraire le candidat Obama prône un approfondissement du conflit et l’envoi de forces supplémentaires. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates lui prépare le terrain. Il doit demander à Budapest à ses 25 alliés atlantistes d’envoyer des troupes en renfort des quelque 50 700 soldats de la force internationale (ISAF) placée sous le commandement de l’OTAN depuis 2003. Un gonflement des effectifs de l’ISAF serait également envisagé en vue de l’élection présidentielle afghane prévue au second semestre 2009, suivie de législatives en 2010. Washington ne veut pas être le seul à y contribuer. La proposition ne fait pas l’unanimité parmi les alliés. Poursuivre des offensives comme celles menées ces derniers mois au cours desquelles les civils ont été durement touchés va à l’encontre de toutes les positions prises par les états-majors sur le terrain. Et la conclusion de l’enquête militaire rendue publique mercredi par le commandement central américain reconnaissant qu’au moins 33 civils avaient été tués lors d’un raid aérien de la coalition le 22 août en Afghanistan, ne porte guère l’espoir d’un changement de cap. À écouter le général américain Michael Callan, « l’utilisation de la force a eu lieu en légitime défense », elle était « nécessaire et proportionnelle aux informations dont disposait à ce moment le commandant » des forces engagées. Une justification du massacre qui sert d’autant la résurgence des taliban.
Dominique BARI dans l'Humanité du 10 octobre 2008
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