SANOFI pratique la saignée sur les visiteurs médicaux

Publié le par Jihad WACHILL

Santé : le groupe pharmaceutique a annoncé hier la suppression de 927 emplois. Grève suivie à près de 100 % par les visiteurs médicaux.

Le coup était redouté, sa violence dépasse ce qui avait été envisagé : devant un comité d’entreprise extraordinaire, la direction de Sanofi-Aventis France a annoncé hier un plan social prévoyant la suppression de 927 postes. Au coeur de la cible : les visiteurs médicaux. Un tiers de leur effectif total, soit 817 emplois sur 2 481, est condamné à disparaître. Cent dix postes du siège de la filiale commerciale sont également touchés. La direction fait porter le chapeau de cette hémorragie à la politique gouvernementale de réduction des dépenses de santé, et en particulier au développement des génériques. Les labos cessant la promotion de leurs médicaments dès lors que leurs brevets sont arrivés à expiration et qu’ils sont remplacés par des génériques. Sanofi-Aventis s’abrite aussi derrière la mise en cause du rôle des visiteurs médicaux, accusés d’être responsables d’un excès de prescriptions, et donc de dépenses pour l’assurance maladie. Le métier de visiteur est « mis en danger », affirme le directeur des ressources humaines du groupe, Pierre Chastagnier.

Un discours recalé par les syndicats et les salariés concernés, en grève hier à « près de 100 % » sur tout le territoire, selon Jacky Lebrun, l’un de leurs porte-parole (CGT). « L’industrie pharmaceutique a mis à mal l’image du métier de visiteur médical », accuse l’intersyndicale, lui reprochant de l’avoir fait dériver de « l’information thérapeutique et scientifique » des médecins vers « un marketing agressif et démédicalisé ». Sanofi-Aventis se contente de faire valoir le « top 10 » des médicaments les plus chers, assurant la plus forte profitabilité, dénoncent les syndicats, en soulignant le rôle essentiel que devraient pourtant pouvoir jouer les visiteurs pour la sécurité de la population.

Mais, si le « plan social » est contesté, c’est « surtout », confie Jacky Lebrun, parce que Sanofi-Aventis « a fait 7 milliards de bénéfices » (en 2007, au niveau mondial) et s’apprête à « verser plus de dividendes cette année » à ses actionnaires. Il y a plus « scandaleux » encore : les énormes « indemnités » (voir encadré) versées aux dirigeants de l’entreprise. La saignée opérée chez les visiteurs, comme les menaces pesant sur le site de production de Vitry-sur-Seine, relève en réalité de cette stratégie à court terme privilégiant la rentabilité financière, estime la CGT, qui considère que le caractère « stratégique » de l’industrie pharmaceutique devrait amener le gouvernement à intervenir.

Yves HOUSSON dans l'Humanité du 3 octobre 2008
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