Jean-Claude SANDRIER : « Aucune garantie absolue de récupérer cet argent »
Député PCF du Cher, Jean-Claude SANDRIER réagit à la décision de l’État d’accorder 10,5 milliards d’euros aux banques.
Quelle est votre réaction à la décision annoncée par Christine Lagarde, lundi soir, de « prêter » 10,5 milliards d’euros d’apport aux fonds propres des banques françaises ?
Jean-Claude Sandrier. On garantit les banques mais on ne garantit ni les contribuables ni l’économie. Le gouvernement leur demande simplement d’accorder un volume de 3 % à 4 % de prêts supplémentaires, mais cela est extrêmement modeste et laissé totalement à leur discrétion. Il n’y a non plus aucune garantie absolue de récupérer cet argent. Il faudrait au contraire garantir directement les prêts aux particuliers et aux PME. Cela serait bien plus efficace et bien plus sûr, au lieu de ces recapitalisations déguisées sans garantie réelle que cette intervention produira des retombées positives pour l’économie. Nicolas Sarkozy parle de redonner des règles éthiques du capitalisme, mais rien ne nous dit non plus avec certitude que cet argent ne va pas en fait alimenter les circuits spéculatifs de banques qui se jettent à nouveau dans des fusions-acquisitions. Ensuite, la moindre des contreparties à exiger lors de recapitalisations de ce type serait de disposer d’une minorité de blocage dans le capital de ces banques, ce qui n’est absolument pas le cas. Cela ne fait que souligner l’urgence de la création d’un pôle bancaire public sous contrôle citoyen que nous proposons, qui offrirait toutes les garanties possibles que le gouvernement refuse de prendre aujourd’hui.
François Fillon a aussi annoncé le déblocage de 5 milliards de prêts aux collectivités locales. Cela compense-t-il le désengagement de l’État ?
Jean-Claude Sandrier. Avec cette mesure, le gouvernement cherche à noyer le poisson dans le débat qui s’annonce sur les moyens des collectivités. Voyant leurs difficultés, le premier ministre leur propose un « bol d’air » sus la forme d’un emprunt de 5 milliards levés pour moitié par la caisse des dépôts et consignations, et pour l’autre laissé au bon vouloir des banques privées, mais on oublie de préciser que les collectivités devront rembourser cet argent. Il ne s’agit pas d’augmenter les dotations des collectivités, au contraire l’Etat continue de les ponctionner via la baise de la compensation de la TVA, la diminution de la DSU etc., alors que les dépenses augmentent du fait des nouveaux transferts et de la crise, et que les recettes diminuent. Du fait de ce retrait de l’Etat, les impôts locaux risquent de subir une hausse moyenne de 3 à 4 %. Il faut au contraire que l’Etat, qui trouve de l’argent avec facilité pour les banques, accorde les dotations aux collectivités à la hauteur des besoins, au lieu de les pousser à l’endettement.
Entretien réalisé par Sébastien CREPEL et paru dans l'Humanité du 22 octobre 2008
Quelle est votre réaction à la décision annoncée par Christine Lagarde, lundi soir, de « prêter » 10,5 milliards d’euros d’apport aux fonds propres des banques françaises ?
Jean-Claude Sandrier. On garantit les banques mais on ne garantit ni les contribuables ni l’économie. Le gouvernement leur demande simplement d’accorder un volume de 3 % à 4 % de prêts supplémentaires, mais cela est extrêmement modeste et laissé totalement à leur discrétion. Il n’y a non plus aucune garantie absolue de récupérer cet argent. Il faudrait au contraire garantir directement les prêts aux particuliers et aux PME. Cela serait bien plus efficace et bien plus sûr, au lieu de ces recapitalisations déguisées sans garantie réelle que cette intervention produira des retombées positives pour l’économie. Nicolas Sarkozy parle de redonner des règles éthiques du capitalisme, mais rien ne nous dit non plus avec certitude que cet argent ne va pas en fait alimenter les circuits spéculatifs de banques qui se jettent à nouveau dans des fusions-acquisitions. Ensuite, la moindre des contreparties à exiger lors de recapitalisations de ce type serait de disposer d’une minorité de blocage dans le capital de ces banques, ce qui n’est absolument pas le cas. Cela ne fait que souligner l’urgence de la création d’un pôle bancaire public sous contrôle citoyen que nous proposons, qui offrirait toutes les garanties possibles que le gouvernement refuse de prendre aujourd’hui.
François Fillon a aussi annoncé le déblocage de 5 milliards de prêts aux collectivités locales. Cela compense-t-il le désengagement de l’État ?
Jean-Claude Sandrier. Avec cette mesure, le gouvernement cherche à noyer le poisson dans le débat qui s’annonce sur les moyens des collectivités. Voyant leurs difficultés, le premier ministre leur propose un « bol d’air » sus la forme d’un emprunt de 5 milliards levés pour moitié par la caisse des dépôts et consignations, et pour l’autre laissé au bon vouloir des banques privées, mais on oublie de préciser que les collectivités devront rembourser cet argent. Il ne s’agit pas d’augmenter les dotations des collectivités, au contraire l’Etat continue de les ponctionner via la baise de la compensation de la TVA, la diminution de la DSU etc., alors que les dépenses augmentent du fait des nouveaux transferts et de la crise, et que les recettes diminuent. Du fait de ce retrait de l’Etat, les impôts locaux risquent de subir une hausse moyenne de 3 à 4 %. Il faut au contraire que l’Etat, qui trouve de l’argent avec facilité pour les banques, accorde les dotations aux collectivités à la hauteur des besoins, au lieu de les pousser à l’endettement.
Entretien réalisé par Sébastien CREPEL et paru dans l'Humanité du 22 octobre 2008
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