« Le Front Farabundo mise sur le travail de terrain »
Comment le FMLN aborde ces élections ?
Blanca Flor America Bonilla. Nous travaillons depuis un an et demi, à travers des consultations populaires, à la création d’un programme de gouvernement national promu par Mauricio Funes et Salvador Sanchez ( le ticket du FMLN pour la présidentielle - NDLR). À partir de là, nous avons écrit notre plate-forme législative et municipale pour la prochaine période. Il y a donc une cohérence de travail et d’intervention. Au coeur de cette plate-forme, on trouve bien sûr les grands problèmes que rencontre la population après vingt ans de gouvernement d’ARENA (Alliance républicaine nationaliste).
Quel bilan social faites-vous de la politique de la droite au pouvoir ?
Blanca Flor America Bonilla. La politique de l’ARENA a énormément fragilisé l’économie du pays et particulièrement la production alimentaire. Ces dernières années, les familles ont été déstabilisées par le phénomène migratoire en raison de la perte de milliers d’emplois. De nombreuses entreprises ont été fermées, dont 300 dans le secteur du cuir. Cela s’est aggravé avec la dollarisation qui a d’abord porté un coup terrible à l’économie familiale puis aux producteurs nationaux. Les seuls bénéficiaires ont été les banques et les secteurs commerciaux impliqués dans le traité de libre commerce (TLC) signé avec les États-Unis. C’est pourquoi notre programme se centre sur le manque d’emplois, la cherté de la vie et l’insécurité citoyenne. Il insiste aussi sur le renforcement de l’État et de la démocratie après des années d’affaiblissement
Avez-vous des craintes quant à l’impartialité du scrutin ?
Blanca Flor America Bonilla. Nous sommes face à un tribunal électoral contrôlé par ARENA. Par décret législatif, ils ont élu, il y a trois ans de cela, des alliés historiques de ce parti, transformant ainsi ce tribunal d’État en appendice politique. Trois juges sont de droite. Ils ont donc changé les règles du jeu pour prendre les décisions à trois contre quatre auparavant. Ils violent ainsi la Constitution. Nous n’avons aucun contrôle des élections alors que cette question était centrale dans les accords de paix.
La droite s’est opposée à une loi des partis permettant le contrôle des financements politiques. Le FMLN a appelé à la présence massive d’observateurs internationaux mais ils pourront difficilement mesurer à quel point le système est antidémocratique. Les documents électoraux sont délivrés par une entreprise privée dont la majorité des actionnaires sont arenistes. Quelle crédibilité alors qu’ils ont fait main basse sur le recensement électoral ? Nous n’avons même pas le droit de vérifier si les registres sont conformes au recensement électoral. Nous avons pour nous l’effort de travail de terrain et la manière dont nous gérons les villes que nous gouvernons.
Quels sont vos objectifs ?
Blanca Flor America Bonilla. Nous parions sur l’élection de 43 députés, un nombre suffisant pour adopter les futures lois, la victoire dans une centaine de villes dont la réélection de Violeta Menjivar dans la capitale.
Entretien réalisé par Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 16 janvier 2009