Élections décisives au Salvador
Plus de 4 millions de Salvadoriens vont élire, dimanche, les députés et conseils municipaux de ce petit pays d’Amérique centrale. Ces élections sont d’autant plus importantes qu’elles pourraient bien préfigurer de l’issue de l’élection présidentielle qui aura lieu le 15 mars prochain. Aux portes du pouvoir depuis plusieurs années, le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN), l’ex-guérilla légalisée après les accords de paix de 1992, fait figure de favori.
Selon les dernières enquêtes, il devancerait l’ultradroite au pouvoir, ARENA (Alliance républicaine nationaliste), aux élections municipales avec 38,4 % des intentions de votes contre 26,7 %, et conserverait la capitale. Aux législatives, l’écart se creuserait davantage (40,6 % contre 26,6 %). Toujours selon les sondages, une nette préférence se dessinerait à la présidentielle en faveur de Mauricio Funes (FMLN) face à son rival de l’ARENA, Rodrigo Avila.
Une victoire du « Frente » constituerait un séisme politique et une claque cinglante pour la droite issue de la dictature militaire. Pour discréditer cette montée en puissance, le président Tony Saca s’est personnellement mouillé dans la guerre des calomnies, en accusant le FMLN d’être un allié de groupes armés. Manière de réveiller le spectre d’un retour à la guerre civile. Ce climat de stigmatisation n’a pas été sans incidence sur la campagne électorale, durant laquelle des militants ont été tués. Dernière crainte : le choix des Salvadoriens sera-t-il respecté ? Le doute est autorisé (voir entretien). Le FMLN au pouvoir serait aussi un mauvais coup pour Washington, qui n’a pas hésité à mouiller la chemise durant la campagne. Pion dans la région, le Salvador a plus d’une fois fait allégeance en participant à la guerre en Irak ou encore en signant un traité de libre commerce plus que désavantageux avec les États-Unis. La crise sociale et économique, aggravée par la dollarisation en 1999, pousse chaque jour près de 700 Salvadoriens à quitter un pays gangrené également par la violence des gangs.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 16 janvier 2009