La zone fertile de Gaza saccagée à jamais
« Ce matin je suis allé, avec ma famille, voir notre petit verger, à l’est de la ville de Gaza. Nous l’avons trouvé totalement détruit. Pas une seule branche verte. La plupart des arbres avaient été plantés par mes enfants. Les vergers des voisins ont subi le même sort. De très nombreux petits paysans connaissent la même situation », écrit Ahmed Sourani, l’un des responsables de l’ONG palestinienne PARC, dans un message adressé mercredi à ses amis français.
L’ONG se définit comme une organisation laïque et démocratique. Son responsable a rédigé un rapport accablant sur la situation de l’agriculture à Gaza, dont les extraits qui suivent se passent de tout commentaire :
« L’activité agricole est devenue un chaos total avec ces milliers de tanks et de véhicules militaires qui ont traversé les champs, et avec les bulldozers qui ont détruit les cultures et les plantations partout où ils sont passés. L’armée israélienne s’est acharnée sur les paysans dans les zones isolées près de la frontière. Elle a puni tous ceux qui y vivaient. Ces gens sont de petits paysans menant une vie simple et prenant soin de leurs champs, et de leurs animaux quand ils en ont. Les soldats ont battu les paysans, leur ont arraché les vêtements, bandé les yeux, attaché les mains dans le dos ; ils ont entassé toute la famille dans une seule pièce pendant de longues heures dans une situation inhumaine. Le plus triste et le plus terrible assaut contre l’agriculture est la destruction de tous les champs cultivés (…). La zone cultivable à Gaza est de 175 000 hectares dont 50 000 ont été endommagés (…). De ce fait, 50 % des paysans ont perdu leur propriété, des milliers de paysans et leurs familles se retrouvent sans travail ni logis et deviennent un fardeau pour la société. Il se trouve que la zone frontalière est la plus fertile de la bande de Gaza. Au PARC, nous sommes terriblement furieux car elle constitue le panier de nourriture des Gazaouis ; elle représente la réserve alimentaire de sécurité pour toute la région. » (…)
« Les pertes matérielles dues à la guerre ont été estimées à 2 milliards de dollars, dont 50 % pour l’agriculture… » Même le centre décisionnel du PARC n’a pas été épargné. « L’armée israélienne a frappé et endommagé le bâtiment, deux maisons, puis l’a utilisé à des fins militaires. Tous les ordinateurs ont été détruits. Les dossiers, les classeurs du PARC et des autres organisations ont été jetés dehors et dispersés dans les champs. D’autres équipements agricoles ont été dévastés et détruits. »
Propos recueillis par Hassane ZERROUKY et parus dans l'Humanité du 26 janvier 2009