Fusion GDF / Suez : « La sécurité d’approvisionnement ne sera pas améliorée »
Entretien avec Jean-Pierre SOTURA, secrétaire général de l’Union fédérale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT-Énergie.
Hier matin, Henri GUAINO, le conseiller spécial de Nicolas SARKOZY, a démenti tout désengagement de l’État à l’occasion de la fusion entre Suez et GDF, désormais approuvée par les actionnaires. Comment voyez-vous les choses ?
Jean-Pierre Sotura. Dans une entreprise publique, l’État dirige notamment en en nommant les dirigeants. Avec la fusion Suez-GDF, l’État devra se contenter d’une minorité de blocage avec 35 %. Certes, nous n’allons pas nous désintéresser de ces 35 %, l’État aura son poids dans l’entreprise. Mais on ne doit pas confondre minorité de blocage et pouvoir de prendre les décisions stratégiques. L’État aura un mot à dire, mais il n’aura pas le dernier mot. On nous parle des « golden shares », ces actions spécifiques qui donnent un droit de véto sur certaines décisions stratégiques, mais ça ne correspond qu’à un élémentaire contrôle de l’État sur des outils stratégiques. On ne peut pas jouer sur les mots : l’État ne se désengage peut-être pas du capital, mais il n’aura plus le pouvoir… Dans ces circonstances, la CGT réaffirme que les exigences de service public assignées à GDF devront être assumées par le nouveau groupe.
À écouter le gouvernement ou les patrons de Suez-GDF, la fusion doit garantir la sécurité d’approvisionnement, aiguiser une concurrence bénéfique pour les consommateurs, tout en protégeant les tarifs réglementés… Qu’en dites-vous ?
Jean-Pierre Sotura. Primo, à propos de la sécurité d’approvisionnement en gaz, il n’y aura pas d’amélioration. Fonder la sécurité d’approvisionnement sur la taille des groupes énergétiques ne tient pas. Nous considérons que l’enjeu pour l’Europe, ce n’est pas tant de disposer de groupes de plus en plus grands, mais plutôt de parler d’une seule voix face aux géants de la production comme la Russie ou l’Algérie. Secundo, à nos yeux, la concurrence avec EDF ne va strictement rien apporter aux consommateurs. Les deux groupes vont chercher à se prendre des clients en faisant sortir les usagers du tarif réglementé. Et au bout du compte, plus il y aura de gens qui auront fait le choix de sortir du tarif réglementé, plus les prix pourront alors flamber. Ceci renforce nos convictions : pour la CGT, la pertinence se trouvait plutôt du côté d’une fusion entre EDF et GDF, ce qui aurait permis d’éviter de saper les tarifs réglementés. Tertio, on essaie de faire croire que les tarifs réglementés seraient condamnés à disparaître. Or, pour l’heure, il y a certes des menaces, mais aucune décision n’est prise, pas même par Bruxelles ! Depuis des mois, il y a une négociation secrète pour déterminer une formule magique qui fixerait mécaniquement les hausses des prix du gaz. Tout est organisé dans le dos des salariés et des usagers. À la CGT, nous réclamons la mise en place d’une commission pluraliste qui exerce un contrôle démocratique sur les tarifs. Alors que l’État cherche à se défausser pour ne pas assumer ses responsabilités dans les hausses de prix, il reste une réalité comptable impossible à éluder : les tarifs aujourd’hui pratiqués par GDF lui permettent d’avoir des profits à la hausse et de verser de plus en plus de dividendes à ses actionnaires.
Jean-François CIRELLI, le patron de GDF, a promis, hier matin sur France Inter, une politique de développement avec des embauches. Avez-vous reçu des assurances en matière d’emploi ?
Jean-Pierre Sotura. Non, il y a une différence entre un grand projet créateur d’emplois et une politique d’embauches pour remplacer des départs… Pour l’heure, nos inquiétudes sur les services centraux n’ont toujours pas été levées. Et plus globalement, nous n’avons pas obtenu d’engagement de maintenir, voire d’augmenter, le niveau d’emplois. La seule chose qui nous a été promise, c’est une réunion à la fin de l’année sur l’emploi. À la rentrée, il y aura des négociations où nous chercherons à conforter et à préciser les engagements pris sur les conditions d’application de notre statut.
Propos recueillis par Thomas LEMAHIEU et parus dans l'Humanité du 17 juillet 2008
Hier matin, Henri GUAINO, le conseiller spécial de Nicolas SARKOZY, a démenti tout désengagement de l’État à l’occasion de la fusion entre Suez et GDF, désormais approuvée par les actionnaires. Comment voyez-vous les choses ?
Jean-Pierre Sotura. Dans une entreprise publique, l’État dirige notamment en en nommant les dirigeants. Avec la fusion Suez-GDF, l’État devra se contenter d’une minorité de blocage avec 35 %. Certes, nous n’allons pas nous désintéresser de ces 35 %, l’État aura son poids dans l’entreprise. Mais on ne doit pas confondre minorité de blocage et pouvoir de prendre les décisions stratégiques. L’État aura un mot à dire, mais il n’aura pas le dernier mot. On nous parle des « golden shares », ces actions spécifiques qui donnent un droit de véto sur certaines décisions stratégiques, mais ça ne correspond qu’à un élémentaire contrôle de l’État sur des outils stratégiques. On ne peut pas jouer sur les mots : l’État ne se désengage peut-être pas du capital, mais il n’aura plus le pouvoir… Dans ces circonstances, la CGT réaffirme que les exigences de service public assignées à GDF devront être assumées par le nouveau groupe.
À écouter le gouvernement ou les patrons de Suez-GDF, la fusion doit garantir la sécurité d’approvisionnement, aiguiser une concurrence bénéfique pour les consommateurs, tout en protégeant les tarifs réglementés… Qu’en dites-vous ?
Jean-Pierre Sotura. Primo, à propos de la sécurité d’approvisionnement en gaz, il n’y aura pas d’amélioration. Fonder la sécurité d’approvisionnement sur la taille des groupes énergétiques ne tient pas. Nous considérons que l’enjeu pour l’Europe, ce n’est pas tant de disposer de groupes de plus en plus grands, mais plutôt de parler d’une seule voix face aux géants de la production comme la Russie ou l’Algérie. Secundo, à nos yeux, la concurrence avec EDF ne va strictement rien apporter aux consommateurs. Les deux groupes vont chercher à se prendre des clients en faisant sortir les usagers du tarif réglementé. Et au bout du compte, plus il y aura de gens qui auront fait le choix de sortir du tarif réglementé, plus les prix pourront alors flamber. Ceci renforce nos convictions : pour la CGT, la pertinence se trouvait plutôt du côté d’une fusion entre EDF et GDF, ce qui aurait permis d’éviter de saper les tarifs réglementés. Tertio, on essaie de faire croire que les tarifs réglementés seraient condamnés à disparaître. Or, pour l’heure, il y a certes des menaces, mais aucune décision n’est prise, pas même par Bruxelles ! Depuis des mois, il y a une négociation secrète pour déterminer une formule magique qui fixerait mécaniquement les hausses des prix du gaz. Tout est organisé dans le dos des salariés et des usagers. À la CGT, nous réclamons la mise en place d’une commission pluraliste qui exerce un contrôle démocratique sur les tarifs. Alors que l’État cherche à se défausser pour ne pas assumer ses responsabilités dans les hausses de prix, il reste une réalité comptable impossible à éluder : les tarifs aujourd’hui pratiqués par GDF lui permettent d’avoir des profits à la hausse et de verser de plus en plus de dividendes à ses actionnaires.
Jean-François CIRELLI, le patron de GDF, a promis, hier matin sur France Inter, une politique de développement avec des embauches. Avez-vous reçu des assurances en matière d’emploi ?
Jean-Pierre Sotura. Non, il y a une différence entre un grand projet créateur d’emplois et une politique d’embauches pour remplacer des départs… Pour l’heure, nos inquiétudes sur les services centraux n’ont toujours pas été levées. Et plus globalement, nous n’avons pas obtenu d’engagement de maintenir, voire d’augmenter, le niveau d’emplois. La seule chose qui nous a été promise, c’est une réunion à la fin de l’année sur l’emploi. À la rentrée, il y aura des négociations où nous chercherons à conforter et à préciser les engagements pris sur les conditions d’application de notre statut.
Propos recueillis par Thomas LEMAHIEU et parus dans l'Humanité du 17 juillet 2008
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