ITALIE : Pendant que le PRC s'interroge sur sa raison d'être...
ITALIE : Le Parti de la refondation communiste entame aujourd’hui en Toscane quatre jours de congrès, trois mois après la lourde élimination de toute la gauche du Parlement.
Sienne, envoyé spécial.
Chianciano Terme aura vu presque toute la gauche défiler en un mois. Cette petite ville de Toscane, historiquement gérée par le Parti communiste italien (PCI), reçoit cette fin semaine le VIIe Congrès du Parti de la refondation communiste (PRC). La petite bourgade a accueilli ces dernières semaines le congrès des Verts et l’assemblée de Sinistra democratica (Gauche démocrate, SD), formée par les démocrates de gauche ayant refusé d’intégrer le Parti démocrate (PD). Preuve que le mois de juillet était studieux pour la gauche, le Parti des communistes italiens (PdCI) organisait également son congrès la semaine dernière (voir ci-contre).
Les raisons de la défaite de la Gauche
Toutes formations confondues, la gauche est confrontée à une question : « Être ou ne pas être. » Au menu des discussions : les raisons de la défaite d’avril, où la gauche a perdu 2,5 millions de voix et a disparu du Parlement. En débat également, le dépassement des forces politiques actuelles au terme d’une « Constituante de gauche », qui irait au-delà de la fédération de partis.
C’est cette option qu’ont choisie une majorité des 45 000 militants de Refondation communiste qui ont voté lors de leurs assemblées de sections, préparatoires au congrès. 47 % des militants ont voté pour la motion 2, présentée par la précédente direction qui avait pourtant été mise en minorité lors d’un Comité politique national (CPN) houleux la semaine suivant les élections. Signée par le gouverneur des Pouilles, Nichi Vendola, la motion « Manifeste pour la refondation » appelle au dépassement de Refondation communiste pour lancer un processus constituant à gauche. « Un nouveau sujet politique » verrait le jour, qui serait « unitaire sur le plan politique et pluriel sur celui des cultures et des expériences qui le composent ». Une nouvelle gauche « ne peut naître à l’intérieur de formes vieilles », prévoit le texte. Comme une minorité dans le PDCI, une majorité chez les Verts et l’ensemble de la Gauche démocrate, l’ancien groupe dirigeant de Refondation fait l’analyse que la Gauche arc-en-ciel (SinArc) a vu le jour dans la précipitation. L’étiquette sous laquelle concourraient ensemble le PRC, le PdCI, les Verts et la SD a été perçue par les électeurs comme un cartel électoral. Il faudrait maintenant aller plus loin, affirment les partisans de cette motion.
Si une majorité relative s’est exprimée pour une constituante de gauche, cette proposition a été refusée par le reste des militants et ne pourrait donc jamais voir le jour. D’autant plus que le PdCI refuse d’entrer dans un tel processus. La motion 1, soutenue par une majorité du conseil national sortant et l’ancien ministre de la Solidarité sociale Paolo Ferrero, refuse tant une constituante de gauche que l’union des communistes du PRC et du PdCI prônée par ce dernier. Cette motion, qui a recueilli 40 % des voix, souhaite voir se poursuivre le projet initial de Refondation communiste, à savoir la recherche d’un renouvellement du projet et de l’organisation communiste en la plongeant dans le mouvement social. « La refondation continue en innovant pour poursuivre une recherche sur les nouvelles formes de la politique, qui cherche à colmater le fossé entre cultures et pratiques politiques, à partir de la subjectivité des femmes et de l’intériorité au mouvement altermondialiste. »
Pour un forum de l’opposition sociale
Consciente du besoin d’unité de la gauche, la motion 1 souhaite « construire la gauche par le bas », et veut mettre en place un « forum de l’opposition sociale », au travers de « maisons de la gauche ». Le PRC « participerait en tant que sujet collectif à la construction de la gauche unitaire et plurielle », une formulation qui se rapproche du projet de confédération des forces de gauche soutenu ces dernières années par le PdCI. Dans un contexte où aucune majorité réelle ne se dégage dans le parti, on ignore encore le profil des directions, ainsi que la ligne générale qui sera adoptée. Tout dépendra de l’attitude des partisans de trois motions minoritaires, critiques dès l’origine envers la participation au gouvernement Prodi et envers l’entrée de Refondation dans la SinArc. De plus, « alternative aux motions 1 et 2 », la motion 3 (7 % des voix), inspirée par les animateurs de la revue l’Ernesto, est favorable à la perspective d’une constituante communiste voulue par le PdCI.
L’autre question débattue sera celle des raisons de la défaite de la Gauche arc-en-ciel. Outre les aspects conjoncturels dus au vote utile pour le Parti démocrate et à la nouveauté de la SinArc, les délégués s’interrogeront sur les phénomènes de long terme à l’origine de la victoire de la droite, en Italie, mais aussi dans toute l’Union européenne (UE). Les textes font l’analyse d’une crise du néolibéralisme à laquelle la droite populiste a su répondre. « La force de la droite populiste réside dans le fait d’avoir su interpréter ces processus et d’avoir fait de la sécurité le thème central de sa propre réponse politique », explique la motion de Paolo Ferrero, la droite connectant ainsi « les nouveaux populismes nationalistes » avec la défense de « l’individualisme compétitif libéral ». En cause également, la participation au gouvernement Prodi. Pour Nichi Vendola, « la gauche est apparue prisonnière de Prodi » et n’a pas su peser sur les choix gouvernementaux et de faire appliquer les concessions progressistes qu’elle avait arrachées dans le programme de l’Unione. De l’avis de tous, c’est une culture politique de la transformation capable de mobiliser le peuple et de répondre à la droite qu’il faut construire.
Gaël DE SANTIS dans l'Humanité du 24 juillet 2008
Sienne, envoyé spécial.
Chianciano Terme aura vu presque toute la gauche défiler en un mois. Cette petite ville de Toscane, historiquement gérée par le Parti communiste italien (PCI), reçoit cette fin semaine le VIIe Congrès du Parti de la refondation communiste (PRC). La petite bourgade a accueilli ces dernières semaines le congrès des Verts et l’assemblée de Sinistra democratica (Gauche démocrate, SD), formée par les démocrates de gauche ayant refusé d’intégrer le Parti démocrate (PD). Preuve que le mois de juillet était studieux pour la gauche, le Parti des communistes italiens (PdCI) organisait également son congrès la semaine dernière (voir ci-contre).
Les raisons de la défaite de la Gauche
Toutes formations confondues, la gauche est confrontée à une question : « Être ou ne pas être. » Au menu des discussions : les raisons de la défaite d’avril, où la gauche a perdu 2,5 millions de voix et a disparu du Parlement. En débat également, le dépassement des forces politiques actuelles au terme d’une « Constituante de gauche », qui irait au-delà de la fédération de partis.
C’est cette option qu’ont choisie une majorité des 45 000 militants de Refondation communiste qui ont voté lors de leurs assemblées de sections, préparatoires au congrès. 47 % des militants ont voté pour la motion 2, présentée par la précédente direction qui avait pourtant été mise en minorité lors d’un Comité politique national (CPN) houleux la semaine suivant les élections. Signée par le gouverneur des Pouilles, Nichi Vendola, la motion « Manifeste pour la refondation » appelle au dépassement de Refondation communiste pour lancer un processus constituant à gauche. « Un nouveau sujet politique » verrait le jour, qui serait « unitaire sur le plan politique et pluriel sur celui des cultures et des expériences qui le composent ». Une nouvelle gauche « ne peut naître à l’intérieur de formes vieilles », prévoit le texte. Comme une minorité dans le PDCI, une majorité chez les Verts et l’ensemble de la Gauche démocrate, l’ancien groupe dirigeant de Refondation fait l’analyse que la Gauche arc-en-ciel (SinArc) a vu le jour dans la précipitation. L’étiquette sous laquelle concourraient ensemble le PRC, le PdCI, les Verts et la SD a été perçue par les électeurs comme un cartel électoral. Il faudrait maintenant aller plus loin, affirment les partisans de cette motion.
Si une majorité relative s’est exprimée pour une constituante de gauche, cette proposition a été refusée par le reste des militants et ne pourrait donc jamais voir le jour. D’autant plus que le PdCI refuse d’entrer dans un tel processus. La motion 1, soutenue par une majorité du conseil national sortant et l’ancien ministre de la Solidarité sociale Paolo Ferrero, refuse tant une constituante de gauche que l’union des communistes du PRC et du PdCI prônée par ce dernier. Cette motion, qui a recueilli 40 % des voix, souhaite voir se poursuivre le projet initial de Refondation communiste, à savoir la recherche d’un renouvellement du projet et de l’organisation communiste en la plongeant dans le mouvement social. « La refondation continue en innovant pour poursuivre une recherche sur les nouvelles formes de la politique, qui cherche à colmater le fossé entre cultures et pratiques politiques, à partir de la subjectivité des femmes et de l’intériorité au mouvement altermondialiste. »
Pour un forum de l’opposition sociale
Consciente du besoin d’unité de la gauche, la motion 1 souhaite « construire la gauche par le bas », et veut mettre en place un « forum de l’opposition sociale », au travers de « maisons de la gauche ». Le PRC « participerait en tant que sujet collectif à la construction de la gauche unitaire et plurielle », une formulation qui se rapproche du projet de confédération des forces de gauche soutenu ces dernières années par le PdCI. Dans un contexte où aucune majorité réelle ne se dégage dans le parti, on ignore encore le profil des directions, ainsi que la ligne générale qui sera adoptée. Tout dépendra de l’attitude des partisans de trois motions minoritaires, critiques dès l’origine envers la participation au gouvernement Prodi et envers l’entrée de Refondation dans la SinArc. De plus, « alternative aux motions 1 et 2 », la motion 3 (7 % des voix), inspirée par les animateurs de la revue l’Ernesto, est favorable à la perspective d’une constituante communiste voulue par le PdCI.
L’autre question débattue sera celle des raisons de la défaite de la Gauche arc-en-ciel. Outre les aspects conjoncturels dus au vote utile pour le Parti démocrate et à la nouveauté de la SinArc, les délégués s’interrogeront sur les phénomènes de long terme à l’origine de la victoire de la droite, en Italie, mais aussi dans toute l’Union européenne (UE). Les textes font l’analyse d’une crise du néolibéralisme à laquelle la droite populiste a su répondre. « La force de la droite populiste réside dans le fait d’avoir su interpréter ces processus et d’avoir fait de la sécurité le thème central de sa propre réponse politique », explique la motion de Paolo Ferrero, la droite connectant ainsi « les nouveaux populismes nationalistes » avec la défense de « l’individualisme compétitif libéral ». En cause également, la participation au gouvernement Prodi. Pour Nichi Vendola, « la gauche est apparue prisonnière de Prodi » et n’a pas su peser sur les choix gouvernementaux et de faire appliquer les concessions progressistes qu’elle avait arrachées dans le programme de l’Unione. De l’avis de tous, c’est une culture politique de la transformation capable de mobiliser le peuple et de répondre à la droite qu’il faut construire.
Gaël DE SANTIS dans l'Humanité du 24 juillet 2008
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