ITALIE : un Congrès de clarification pour Refondation communiste

Publié le par Jihad WACHILL

C’est un Parti de la refondation communiste (PRC) divisé sur la manière de mener l’union de la gauche qui a tenu son septième congrès ce week-end, dans la cité thermale de Chianciano Terme. Au centre des débats, la « Constituante de gauche » proposée par la motion 2 du gouverneur des Pouilles, Nichi Vendola, qui n’a recueilli qu’une majorité relative (47 %) des voix des 43 535 militants ayant voté, mais qui fait l’unanimité des quatre autres motions contre elle.

Pour Nichi Vendola et la direction sortante, le PRC, sorti laminé des dernières élections législatives, doit se dissoudre dans un nouveau Parti de Gauche confédéral avec les Verts et la Gauche Démocrate, ce courant issu de DS (Démocrates de Gauche) qui a refusé la création du Parti Démocrate.

Jusqu’à dimanche, dans un climat très tendu, entre applaudissements et sifflets, tractations entre motions la nuit, le nom du secrétaire général était une incertitude. En fait, chacun est resté sur ses positions.

C’est finalement Paolo Ferrero qui a été élu dimanche soir secrétaire général du parti par le comité politique national. Ouvrier chez Fiat à l’origine et militant syndical, Paolo Ferrero a adhéré au PRC au milieu des années 90, après avoir été membre du groupe « Démocratie Prolétarienne » dans les années 80. Il ne cache pas son engagement, qui peut déconcerter, dans l’église évangélique vaudoise. Il était aussi ministre, ouvertement critique, dans le gouvernement Prodi.

Dans un premier temps, la motion qu’il soutenait prônant « une relance de Refondation communiste » n’avait obtenu que 40 % des voix des militants. Finalement, Paolo Ferrero est parvenu à trouver un accord avec trois motions minoritaires et la direction sortante, menée par Nichi Vendola et Fausto Bertinotti a été mise en minorité par 142 voix contre 134. Le congrès a également adopté une résolution, par 342 voix sur 646, affichant sans ambiguïté la rupture avec la stratégie et les pratiques politiques mises en œuvre jusqu’à présent. « La relance du Parti de la refondation communiste doit être caractérisée par un virage à gauche », expliquent les thèses politiques votées par 52 % des délégués.

Ce « virage à gauche », salué par le représentant de la motion trotskiste, Paolo Bellocchi, passe par une impossibilité « d’un accord organique » avec le Parti démocrate (PD) pour le gouvernement du pays et laisse l’interrogation sur les élections locales de l’an prochain. De plus, le document « considère fermée et dépassée la phase caractérisée par la collaboration organique avec le PD », « repousse la Constituante de gauche et n’importe quelle hypothèse de dépassement ou d’entrée du PRC dans une autre formation politique ». Un camouflet pour la direction sortante, en grande partie favorable à la constituante de gauche, mais qui avait abandonné cette option jeudi, dans le but de trouver un large accord.

Ce congrès est très marqué par la défaite des 13 et 14 avril dernier. Avec celle-ci, communiste, socialistes, Verts ont tout simplement disparu du Parlement italien, pour la première fois depuis la chute du fascisme. La faute au vote utile pour le nouveau Parti démocrate (PD) et à l’abstention dans les rangs du peuple de gauche, due à la désillusion face au bilan du gouvernement Prodi. Mais pas seulement. « Nous avons perdu le défi du XIXe siècle : cette querelle de classes et de civilisation qui a transformé le travail de marchandise pauvre et sale, de trafic de bras, de dimension biologique et privée, en épopée de rébellion et de dignité, en dimension sociale », analysait dans une présentation de sa motion aux accents poétiques, jeudi soir Nichi Vendola, alors seul candidat ouvertement déclaré au poste de secrétaire général. Certains de ses partisans souligneront que la droite est vécue comme donnant une réponse à la crise du néolibéralisme donnant du sens, par la peur et la guerre entre pauvres, en faisant « du rejet de l’autre un sens commun ».

« Si nous voyons la défaite seulement sur le long terme, c’est comme si nous n’étions pas dans l’histoire », lui rétorque le rapporteur de la motion alternative, Maurizio Acerbo. En cause, la participation de Refondation communiste sous la bannière de la Gauche - l’Arc-en-ciel (SinArc), commune avec les Verts, le Parti des communistes italiens (PdCI) et la Gauche démocrate (socialistes refusant l’entrée dans le PD).

Après son intervention samedi, Paolo Ferrero est parvenu à s’adjoindre les faveurs des positions les plus radicales en faisant l’union sur quelques points. Premièrement, un virage à gauche par le retour au lien avec les « mouvements », comme à l’époque phare de Refondation, très liée au mouvement social avant l’entrée dans le gouvernement Prodi en 2006. Deuxièmement, travailler sur « la rupture entre la gauche et la société » avant l’unité de la gauche, à partir de la « reconstruction du conflit de classes ». Dans ce cadre, le communisme, par son univers symbolique, « est encore une ressource ». Troisièmement, la présentation de Refondation communiste aux élections européennes, avec une liste rassemblant les anticapitalistes. Longuement applaudie par ses partisans, son intervention a été saluée par une partie de la salle par les chants de Bandiera rossa et Bella ciao.

La question de l'unification avec le PdCI (scission de "Refondation communiste" datant de 1998) et du rassemblement de la "diaspora communiste" (défendue par le PdCI et au moins une des trois petites motions qui ont convergé avec celle de Paolo Ferrero) semble malheureusement avoir été sacrifiée sur l'autel de l'accord entre opposants à la direction sortante par lequel s'est finalement concrétisé le changement de majorité. Encore que, la perspective de listes de rassemblement anticapitalistes pour les élections européennes (voire les élections locales?) pourraient peut-être faire rebondir favorablement le débat.

Pour les communistes français, confrontés à une stratégie similaire à celle de l’ancienne direction du PRC, les conclusions du congrès du PRC, son « tournant à gauche », sont du plus haut intérêt, alors que notre propre congrès se prépare.

Le poids du bilan, l’effondrement électoral de la coalition « arc-en-ciel » (3% au lieu de 10%), la mobilisation des communistes italiens, auront eu raison du poids de l’appareil sortant. Et si en décembre, à leur tour, les communistes français créaient la surprise ?
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Publié dans Europe occidentale

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J
Cher Jean, je trouve ton propos négatif à l'excès. Que le Congrès du PRC n'ait pas tout réglé, on en a tous conscience. Mais entre un verre à moitié plein (la situation actuelle pour schématiser), le verre vide (la situation d'avant) ou plus de verre du tout (ce qui était projeté par la direction sortante mise en minorité), je considère le verre à moitié vide comme un progrès dans le bon sens. Un progrès qui doit être une première étape et non une fin en soi, je te l'accorde. <br /> <br /> Néanmoins, depuis combien d'années espérons-nous un sursaut comparable à celui-là au niveau du PCF? Alors ne boudons pas notre plaisir, d'autant plus que cette bonne nouvelle tombe à point pour redonner espoir à bien des camarades dans l'optique du congrès du PCF.
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J
Le congrès du PRC exprime la crise profonde qui existe en Italie comme dans l'Europe entière, entre les communistes. Mais aucune issue positive n'est véritablement trouvée. Refusant l'analyse de classe de la société, le PRC, divisé sur ses alliances, ne se prononce pas sur la nocivité de la construction européenne, rien sur la nature du capitalisme financier qui domine le monde, rien sur les notions de souveraineté populaire et de d'indépendance nationale.<br /> La "rupture", et encore à 50% des délégués, ne se fait que sur des bases analogues à celles de la LCR en France.<br /> On reste loin du compte ...<br /> Il faut espérer, sans trop y croire, que l'opposition au sein du PCF présentera, avec succès, des thèses plus fondatrices d'une force populaire et révolutionnaire, en vue du congrès de décembre...
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A
merci Jihad pour cette article. J'ai juste une question: que va-t-il advenir de l'arc-en-ciel. Rifondazione va-t elle quitter cette "cosa"? <br /> Sinon, je constate deux choses: <br /> 1- en français comme en italien, les dirigeants liquidateurs aiment bien la langue de bois, sous couvert de "poésie" (lol). <br /> 2- Quand l'opposition s'unit, elle gagne. C'est pas plus compliqué que ça. Enfin si, c'est plus compliqué que ça;mais là on voit que sans nion avec les 3 motions minoritaires, Ferrero aurait perdu, et la renaissance de Rifondazione (la refondation de refondation) n'aurait jamais eu lieu. <br /> Mais, pour plagier Gerin, je dirai: camarades, encore un effort!! <br /> Rupture avec le PGE par exemple...
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