Accepter la leçon de la crise alimentaire

Publié le par Jihad WACHILL

OMC : Pascal LAMY confirme que le blocage n’est pas européen. Les syndicats paysans plaident pour une meilleure prise en compte de toutes les agricultures.

Pascal Lamy a fait hier une réponse de Normand sur France 2 à propos de la reprise rapide ou non des discussions de l’OMC sur la libéralisation du commerce mondial. « Je ne dirais pas que la négociation reprendra vite car je n’en suis pas sûr, mais je ne dirais pas non plus qu’elle ne peut pas reprendre (…). Je suis là pour écouter ce que les membres de l’OMC se disent, me disent », a poursuivi le directeur général de l’OMC visiblement en perte d’arrogance sans toutefois chercher à mesurer la vraie raison de l’échec : le refus de la mise en cause de leur souveraineté alimentaire par les pays les plus peuplés du monde.

À la question de savoir si les commentaires de Nicolas Sarkozy sur l’attitude du commissaire Mandelson et ses critiques sur le contenu du projet de compromis avaient fait échouer la négociation, le directeur de l’OMC a précisé qu’elles avaient échoué « sur un sujet sur lequel les Européens n’étaient pas en première ligne ».

Le sujet en question est bien la souveraineté alimentaire et les syndicats paysans ne s’y sont pas trompés en France. « La position de l’Inde et de la Chine, sur la capacité à préserver leurs agricultures face aux importations, est une avancée dans la direction de la souveraineté alimentaire comme principe d’organisation mondiale », souligne la Confédération paysanne. De son côté, le MODEF note que cet échec démontre que « le libéralisme n’est pas capable de répondre aux besoins des hommes » et estime que « la FAO est légitime pour être le maître d’oeuvre d’une nouvelle organisation mondiale de l’alimentation et des échanges ».

Après cet échec, la coordination rurale affirme que « c’est aux politiques qu’il appartient de créer les conditions économiques favorables à l’épanouissement de la recherche scientifique au service des populations, à commencer par les plus défavorisées, pour qu’elles puissent entrer dans une logique de développement économique basé sur leurs agricultures ». Estimant que « la question de la sécurité alimentaire ne pourra être résolue par la seule approche commer- ciale », le syndicat Jeunes Agri- - culteurs propose de créer « une Organisation mondiale de l’agriculture (OMA) qui remette au coeur des débats l’agriculture et les enjeux alimentaires, environnementaux, sociaux et territoriaux ».

Du côté des organisations non agricoles, ATTAC estime que cet échec de l’OMC « doit être saisi immédiatement comme une occasion de proposer d’autres règles du commerce (…). Il faut accepter la leçon de la crise alimentaire et reconnaître que la souveraineté alimentaire est un droit qui doit transcender les règles marchandes. Il faut respecter le travail : les milliers de pages de textes de l’OMC ne contiennent pas un mot sur les droits des travailleurs. Il en va de même pour l’environnement, dont la protection est considérée comme un obstacle au commerce », dénonce ATTAC.

Gérard LE PUILL dans l'Humanité du 1er août 2008
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Publié dans International

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