François BRUN : « Ces sans-papiers régularisés restent très précaires »
Sociologue du travail au CNRS, François BRUN se satisfait de la régularisation, annoncée vendredi, de 850 salariés. Mais dénonce l’obtention de cartes de séjour par l’emploi. Entretien.
Comment réagissez-vous à l’annonce de la régularisation des travailleurs sans papiers ?
François Brun. C’est une excellente nouvelle sur le plan humain, pour tous ces gens qui vont avoir une nouvelle vie. Mais ces régularisations posent une question : vers quelle politique migratoire allons-nous ? Il ne faudrait pas tomber dans le travers inverse de 1997. À l’époque, les régularisations se sont faites sur critères familiaux. Aujourd’hui, elles se font par le travail. Mais, dans le même temps, le gouvernement réduit considérablement l’obtention de titres de séjour « vie privée et familiale »…
L’important n’est-il pas que ces sans-papiers soient régularisés ?
François Brun. Je répète que c’est une excellente nouvelle. Mais l’inconvénient de la régularisation par le travail c’est que le jour où ces gens ne bossent plus, ils peuvent être renvoyés chez eux ! C’est congruent avec la politique migratoire de Nicolas Sarkozy. Le droit au séjour aligné sur le travail encourage à accepter les conditions proposées par l’employeur. Si celui-ci leur demande de rester une heure de plus sans être payés, ils ne discuteront pas. Au-delà de la régularisation, il faut que la lutte soit aussi contre la précarisation.
Qui concerne tous les travailleurs…
François Brun. Il existe aujourd’hui une politique généralisée de précarisation des travailleurs. Le gouvernement et les employeurs sont très contents d’avoir des sans-papiers qui sont dans des situations dépendantes telles qu’ils acceptent n’importe quelles conditions de travail. Les sans-papiers régularisés seront pratiquement dans le même schéma. S’ils perdent leur emploi, ils risquent de ne pas obtenir le renouvellement de leur carte de séjour d’un an. Vous imaginez tout ce que l’employeur peut leur demander… Si le gouvernement a cédé, même au compte-gouttes, c’est bien parce qu’ils savent que ces sans-papiers régularisés restent très précaires. D’autant que, dans le même temps, la machine à fabriquer des sans-papiers fonctionne toujours à plein… La main-d’oeuvre des sans-papiers et des nouveaux régularisés représente de l’or pour les employeurs.
Quels secteurs sont les plus touchés par ces conditions de travail désastreuses ?
François Brun. Dans le bâtiment, le nettoyage, la restauration, les conditions sont souvent horribles. L’un des pires secteurs est celui de la confection. Ce sont pour l’essentiel des Chinois, qui peuvent travailler jusqu’à 12 à 16 heures par jour. Pour l’instant, ces travailleurs ne se sont pas manifestés dans les luttes actuelles. L’agriculture est aussi particulièrement touchée. Le Collectif de défense des travailleurs étrangers dans l’agriculture (Codetras) y est très actif. Dans les services domestiques, ça n’est vraiment pas reluisant, on peut parler de cas d’« esclavagisme moderne ».
A-t-on une idée du nombre de travailleurs sans papiers ?
François Brun. Non, je ne me risquerai pas à donner un chiffre. Mais le gouvernement estime entre 200 000 et 400 000 le nombre de sans-papiers sur le sol français. Et la très grande majorité travaille, bien évidemment.
Entretien réalisé par Marie BARBIER et paru dans l'Humanité du 4 août 2008
Comment réagissez-vous à l’annonce de la régularisation des travailleurs sans papiers ?
François Brun. C’est une excellente nouvelle sur le plan humain, pour tous ces gens qui vont avoir une nouvelle vie. Mais ces régularisations posent une question : vers quelle politique migratoire allons-nous ? Il ne faudrait pas tomber dans le travers inverse de 1997. À l’époque, les régularisations se sont faites sur critères familiaux. Aujourd’hui, elles se font par le travail. Mais, dans le même temps, le gouvernement réduit considérablement l’obtention de titres de séjour « vie privée et familiale »…
L’important n’est-il pas que ces sans-papiers soient régularisés ?
François Brun. Je répète que c’est une excellente nouvelle. Mais l’inconvénient de la régularisation par le travail c’est que le jour où ces gens ne bossent plus, ils peuvent être renvoyés chez eux ! C’est congruent avec la politique migratoire de Nicolas Sarkozy. Le droit au séjour aligné sur le travail encourage à accepter les conditions proposées par l’employeur. Si celui-ci leur demande de rester une heure de plus sans être payés, ils ne discuteront pas. Au-delà de la régularisation, il faut que la lutte soit aussi contre la précarisation.
Qui concerne tous les travailleurs…
François Brun. Il existe aujourd’hui une politique généralisée de précarisation des travailleurs. Le gouvernement et les employeurs sont très contents d’avoir des sans-papiers qui sont dans des situations dépendantes telles qu’ils acceptent n’importe quelles conditions de travail. Les sans-papiers régularisés seront pratiquement dans le même schéma. S’ils perdent leur emploi, ils risquent de ne pas obtenir le renouvellement de leur carte de séjour d’un an. Vous imaginez tout ce que l’employeur peut leur demander… Si le gouvernement a cédé, même au compte-gouttes, c’est bien parce qu’ils savent que ces sans-papiers régularisés restent très précaires. D’autant que, dans le même temps, la machine à fabriquer des sans-papiers fonctionne toujours à plein… La main-d’oeuvre des sans-papiers et des nouveaux régularisés représente de l’or pour les employeurs.
Quels secteurs sont les plus touchés par ces conditions de travail désastreuses ?
François Brun. Dans le bâtiment, le nettoyage, la restauration, les conditions sont souvent horribles. L’un des pires secteurs est celui de la confection. Ce sont pour l’essentiel des Chinois, qui peuvent travailler jusqu’à 12 à 16 heures par jour. Pour l’instant, ces travailleurs ne se sont pas manifestés dans les luttes actuelles. L’agriculture est aussi particulièrement touchée. Le Collectif de défense des travailleurs étrangers dans l’agriculture (Codetras) y est très actif. Dans les services domestiques, ça n’est vraiment pas reluisant, on peut parler de cas d’« esclavagisme moderne ».
A-t-on une idée du nombre de travailleurs sans papiers ?
François Brun. Non, je ne me risquerai pas à donner un chiffre. Mais le gouvernement estime entre 200 000 et 400 000 le nombre de sans-papiers sur le sol français. Et la très grande majorité travaille, bien évidemment.
Entretien réalisé par Marie BARBIER et paru dans l'Humanité du 4 août 2008
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