Le président de l’ANC devant les juges
Afrique du Sud : Jacob ZUMA comparaissait hier pour une affaire de corruption. À un an de la présidentielle, ses alliés dénoncent une cabale.
Plus qu’une affaire judiciaire, c’est un procès hautement capital qui a débuté, hier, à Pietermaritzburg, dans le Kwazulu-Natal, avec la comparution de Jacob Zuma, président de l’ANC et candidat aux plus hautes fonctions de l’Afrique du Sud en 2009. Inculpé en décembre dernier, il devra répondre de seize chefs d’inculpation, dont corruption, fraude, blanchiment d’argent, racket et évasion fiscale, dans le cadre d’une affaire marathon impliquant Thint, la filiale sud-africaine du groupe d’armement français Thales.
Le soutien des couches populaires
Devant les portes du tribunal de nombreux militants et sympathisants ont manifesté leur soutien à Jacob Zuma. Outre le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, le chef de la puissante Confédération syndicale sud-africaine (Cosatu), Zwelinzima Vavi, ainsi que des membres du Parti communiste (SACP), parties intégrantes de la triple alliance au pouvoir, étaient également présents. Une mobilisation qui n’est pas étrangère au degré de popularité dont jouit Jacob Zuma auprès des couches populaires et au sein de l’organisation, conscientes que de l’avenir du dirigeant historique de l’ANC dépend celui du pays.
Saisissant l’hypermédiatisation de l’événement, Jessie Duarte, la porte-parole de l’ANC, a une nouvelle fois déclaré que Jacob Zuma « n’est pas poursuivi mais persécuté » par la justice, selon une idée largement répandue chez les partisans de « JZ ».
Des manoeuvres pour l’écarter du pouvoir ?
Ce n’est en effet pas la première fois que Jacob Zuma se retrouve sur le banc des accusés. En mai 2006, il avait été acquitté par la haute cour de Johannesbourg dans le cadre d’une affaire sulfureuse de viol d’une jeune femme séropositive. Le scandale pour lequel il comparaît aujourd’hui défraye la chronique depuis désormais près de sept ans. Ces deux procédures lui ont d’ailleurs coûté, en juin 2005, son fauteuil de vice-président de l’Afrique du Sud. Mais tout en acceptant les mises à l’écart et les affronts subis, Jacob Zuma et ses partisans n’ont eu de cesse de crier au « complot » et à la « vendetta ». Si cette théorie n’a jamais été étayée de preuves, les coïncidences sont, il est vrai, pour le moins troublantes. En 2002, la désormais fameuse affaire des pots-de-vin éclate quelques jours seulement avant que s’ouvre le 51e Congrès de l’ANC. Éclaboussé par cette histoire puis par celle du viol, Jacob Zuma aurait été ainsi mis hors course de la présidence de l’ANC et, surtout, de celle de la République sud-africaine, au profit d’un Thabo Mbeki - pourtant critiqué - ou de l’un de ses proches. Ces dernières années, ce scénario s’est étrangement répété à chaque rendez-vous déterminant de l’organisation ou de la vie politique du pays. De quoi alimenter la thèse selon laquelle, dans les plus hautes sphères, on manoeuvre pour écarter du pouvoir un Jacob Zuma trop partisan de la triple alliance. Assiste-t-on à une cabale pour briser celui qui incarne un changement de cap à gauche ? Pour les alliés de « JZ », la chose est entendue.
Du côté de ses détracteurs, on n’hésite pas à voir dans les recours déposés par les avocats de Jacob Zuma, ses attaques contre la justice et ses critiques concernant les méthodes de certains corps de la police des ingérences propres à déstabiliser la fragile démocratie sud-africaine et ses différents pouvoirs. Le principal concerné, quant à lui, a toujours fait savoir qu’il ne briguerait pas la présidence de la nation arc-en-ciel et démissionnerait de son poste de leadership de l’emblématique ANC, s’il venait à être condamné.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 5 août 2008
Plus qu’une affaire judiciaire, c’est un procès hautement capital qui a débuté, hier, à Pietermaritzburg, dans le Kwazulu-Natal, avec la comparution de Jacob Zuma, président de l’ANC et candidat aux plus hautes fonctions de l’Afrique du Sud en 2009. Inculpé en décembre dernier, il devra répondre de seize chefs d’inculpation, dont corruption, fraude, blanchiment d’argent, racket et évasion fiscale, dans le cadre d’une affaire marathon impliquant Thint, la filiale sud-africaine du groupe d’armement français Thales.
Le soutien des couches populaires
Devant les portes du tribunal de nombreux militants et sympathisants ont manifesté leur soutien à Jacob Zuma. Outre le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, le chef de la puissante Confédération syndicale sud-africaine (Cosatu), Zwelinzima Vavi, ainsi que des membres du Parti communiste (SACP), parties intégrantes de la triple alliance au pouvoir, étaient également présents. Une mobilisation qui n’est pas étrangère au degré de popularité dont jouit Jacob Zuma auprès des couches populaires et au sein de l’organisation, conscientes que de l’avenir du dirigeant historique de l’ANC dépend celui du pays.
Saisissant l’hypermédiatisation de l’événement, Jessie Duarte, la porte-parole de l’ANC, a une nouvelle fois déclaré que Jacob Zuma « n’est pas poursuivi mais persécuté » par la justice, selon une idée largement répandue chez les partisans de « JZ ».
Des manoeuvres pour l’écarter du pouvoir ?
Ce n’est en effet pas la première fois que Jacob Zuma se retrouve sur le banc des accusés. En mai 2006, il avait été acquitté par la haute cour de Johannesbourg dans le cadre d’une affaire sulfureuse de viol d’une jeune femme séropositive. Le scandale pour lequel il comparaît aujourd’hui défraye la chronique depuis désormais près de sept ans. Ces deux procédures lui ont d’ailleurs coûté, en juin 2005, son fauteuil de vice-président de l’Afrique du Sud. Mais tout en acceptant les mises à l’écart et les affronts subis, Jacob Zuma et ses partisans n’ont eu de cesse de crier au « complot » et à la « vendetta ». Si cette théorie n’a jamais été étayée de preuves, les coïncidences sont, il est vrai, pour le moins troublantes. En 2002, la désormais fameuse affaire des pots-de-vin éclate quelques jours seulement avant que s’ouvre le 51e Congrès de l’ANC. Éclaboussé par cette histoire puis par celle du viol, Jacob Zuma aurait été ainsi mis hors course de la présidence de l’ANC et, surtout, de celle de la République sud-africaine, au profit d’un Thabo Mbeki - pourtant critiqué - ou de l’un de ses proches. Ces dernières années, ce scénario s’est étrangement répété à chaque rendez-vous déterminant de l’organisation ou de la vie politique du pays. De quoi alimenter la thèse selon laquelle, dans les plus hautes sphères, on manoeuvre pour écarter du pouvoir un Jacob Zuma trop partisan de la triple alliance. Assiste-t-on à une cabale pour briser celui qui incarne un changement de cap à gauche ? Pour les alliés de « JZ », la chose est entendue.
Du côté de ses détracteurs, on n’hésite pas à voir dans les recours déposés par les avocats de Jacob Zuma, ses attaques contre la justice et ses critiques concernant les méthodes de certains corps de la police des ingérences propres à déstabiliser la fragile démocratie sud-africaine et ses différents pouvoirs. Le principal concerné, quant à lui, a toujours fait savoir qu’il ne briguerait pas la présidence de la nation arc-en-ciel et démissionnerait de son poste de leadership de l’emblématique ANC, s’il venait à être condamné.
Cathy CEÏBE dans l'Humanité du 5 août 2008
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